ODE SEIZIEME
« DoKS-tu 7. . . réveiUe-toi , mère de notre mère I « D'ordinaire en dormant ta bouche remuait 3 « Car ton son^meil souvent ressemble a ta prière. « Mais, oe soir , on dirait la madone tde pierre ; « Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.
« Pourquoi Gouiber ton front plus bas que de coutume? « Quel mal avons-nous fait, pour ne plus nous chérir ?
i4a LA GRAND' MERE.
a Vois y la lampe pâlit y râtre scintille et fume ^
« Si tu ne parles p£& , le feu qui se consuÎDoe ,
«( Et la lampe , et nous deux , nous allons tous mourir!
« Tu nous trouveras morts près de la lampe éteinte. « Alors , que diras-tu quand tu t'ëvieilleras ? « Tes enfans à leur tour seront sourds à ta plainte. « Pour nous rendre la yie , en invoquant ta sainte, a II faudra bien long-tems nous serrer dans tes bras!
a Donne-nous donc tes mains dans nos mains rëcbairflees. « Chante-nous quelque cbant de pauvre troubadour, a Dis-nous ces chevaliers qui, servis par les fées, « Pourbouquetsàleurdaméapportaieutdestrophées, a Et dont le cri de guerre était un nom d'amour.
« Dis-nous quel divin signe estfunesteaux fantômes; a Quel hermite dans l'air vit Lucifer volant;
« Quel rubis étincelle au front du roi des Gnomes^ « Et SI le noir démon craint plus, dans ses royaumes , « Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.
« Ou montre-nous tja bible y aux figures dorées ; a Les saints, yétus de blancs, protecteurs desbameaux, « Les vierges , de rayons dans leur joie entourées , c Et ces feuillets , où luit , en lettres ignorées , « Le langage inconnu qui dit à Dieu nos maux.
« Mère ! . . — Hélas ! par dégrés s'affaisse la lumière , « L'ombre joyeuse ^anse autour du noir foyer , tt Les esprits vont peut-être entrer dans la ckaumière. . . « Oh ! sors de ton sommeil , interromps ta prière 5 « Toi qui nous rassurais , veux-tu nous effrayer ?
« Dieu ! que tes bras sont froids! rouvre les yeux. . . naguère (( Tu nous parlais d'un monde , où nous mènent nos pas»
i44 LA GRAND^MÈRE. ODE XVI.
a Et de- cîel, et de tombe , et de vîe «pbëilière , « Tu parlais de la mort. . . dis-ïious , ô notre mère ! « Qu'est-ce donc que latiiort?. . — Tu né ndus réponds pa^
Leur gémissante voix longtems se plaignit seple. La jeune aube parut sans réveiller Faïeule.
La cloche frappa l'air de ses funèbres coups, Et , le soir , un passant , par la porte entr'ourerte Vît , devant le saint livre et la couche déserte , Les deux petits enfants qui priaient à genoux.
Hic prœteritos commémora dies , œtemos meditare.