‹ Nouvelles odesChapitre 7 sur 51 · ODE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ODE QUATRIÈME

« O MURS ! 6 créneaux ! ^ tourelles !

« Remparts ! fossés aux ponts mouyans !

« Lourds faisceaux de colonnes frêles !

« Fiers châteaux ! modestes couvens !

« Qoitres poudreux , salles antiques ,

« Où gémissaient les saints cantiques , « Où riaieift les banquets joyeux !

« Lieux où le cœur met ses chimères !

« Églises où priaient nos mères , « Tours où combattaient nos aïeux !

« Parvis où notre orgueil s*enflamme !

« Maisons de Dieu ! manoirs des rois !

« Temples que gardait Toriflamme , a Palais que protégeait la croix !

a Réduits d'amour ! arcs de victoires !

« Vous qui témoignez de nos gloires , « Tous qui proclamez nos grandeurs !

« Chapelles , donjons y monastères I a Murs voilés de tant de mystères !

« Murs brillans de tant de splendeurs !

« O débris ! ruines de France ,

ODE IV. a9

a Que notre amour eji yaiu. défend !

« Séjours de joie ou de souffrance , « Vieux momunens d^un peuple enfant !

« Restes , sur qui le tems s'ayance !

« De rArmorique k la. Pjroyence , .

« Vous que Tlkoaneureut pour.abri!

« Arceaux tombés l vo&tes bidsées I « Vestiges des races passées !

« Lit sacré d^un fleure tari !

« Oui , je crois , quand je tous contemple , « Des héros entendre l'adieu; ^ « Souvent , dans les débm du temple , ^

« Brille comme un rayon du dieu.

« Mes P9S erraua cherchent la trace « De ces fiers guerriers dont Faudace .

a Faisait un trâne d'un paTois j « Je demande y oubliant les heures ,

3o LA BANDE NOIRE.

« Au TÎeil éclio de iQors «temenres a Ce qui 'lui reste de leur Totx.

« Souvent ma muse av^entorière ,

a S'eniYrant'de réTes.sôuéaîna >

« Ceignit la cuirasse guerrière ,

« Et Fëcharpe des paladkis.^'

« S'armant d^un fer rangé de- ronillè ,

<c Elle déroba leur dépouille.

a Aux lambris du long corridor 5

« ]Ë)t Terg des régions nouvelles ,

« Pour prqsser son coursier sans ailes y

« Os4 chausser Uépeixm d'or.

« J'aimais le manoir dont la route « Cache dans les bois ses détours , « Et dont la porte sous la voûte « S'enfonce entre deux larges tours y

ODE IV. 3i

« J'aimais l'esBaim d'oiseaux fraélres « Qui, sur lestoiu, dans lesatënèbres , ' « Vient grouper ses noirs bataillons ^ « Ou y leyant des voix sépulcrales , « Tournoie en mobiles spirales « Aiitour des légers pavillons.

« J'ahBâîs la tour , verte de lierre ^

« Où tremble la cloche du soir;

« Les marches de la croix de pierre

« Où le voyAgeur vient s'asseoir ; .

« L'église veillant sur les tombes ,

« Ainsi qu'on voit d'humbles colombes

« Couver les fruits de leur amour;

« La citadelle crénelée ,

« Ouvrant ses bras sur la vallée ,

« Comme les ailes d'un vautour.

« J^aimais le b^roî des alarmes ; .

« La cour oi»SQniiaieiit les dairona ;

a La salle où , déposant leurs armes , . ^

« Se rasseitiblaient les hauts barons l

a Les vitraux éclatans ou sombres ^ >

« Le cayeau froid où , dans les «mbres^ >

a Sous des murs que 1^ tems iJmIIV

«'Les preux , sourds au yent <jui -murmure ,

« Dorment , couchés dans leur araittre , *

« Comme la veille d'an combat.

« Aujourd'hui , parmi les cascades y

« Sous le d6me des bois touffus ,

« Les piliers , les sveltes arcades ,

a Hélas ! penchent leurs fronts confus;

« Les forteresses écroulées y

« Par la chèvre errante foulées ,

« Courbent leurs têtes de granit -,

« Restes qu^on aime et qu'on vénère !

« L*aigle à leurs tours suspend son aire , « L'hirondelle y cache son nid.

« Comme cet oiseau de passage ,

« Le poète , dans tous les tems ,

« Chercha y de Toyage en Yoyagc ,

« Les ruines et le pointems.

« des débris , chers à la patrie ,

« Lui parlent de chevalerie -,

« La gloire . habite leurs nëans ;

tt Les héros peujdient ces décombres ^ —

« Si ce ne sont plus que des ombres , .

« Ce sont des ombres de géans !

dt O Français ! respectons ces restes !

« Le ciel' bénit les fils pieux

« Qui gardent y dans lés jours funestes ,

« L'héritage de leurs aïeux.

« Gomme une gloire dérobée j

a Ckimptons cliaque pîeire tombée }

« Que le tems suspende sa loi ;

« Rendons les Gaules à la France ,

« Les souyenirs à l'espérance ,

« Les vieux palais au jeune roi ! ... u

— Tais-toi , lyre ! Silence y 6 lyre du poète ! Oh ! laisse en paix tomber ces débris glorieux Au gouffre où i\ul ami ,• dans sa douleur muette ,

Ne les suivra long-tems des yeux !

Témoins que les vieux tems ont laissés dans notre Age,

Gardiens d'un passé qu'on outrage >

Ah ! fuyez ce siècle ennemi !

Croulez ^ restes sacrés y ruines solenneiks ! Pourquoi veiller encor, dernières senlindles

D'un camp, pour jamais endormi?

Ou plutôt, — que du tems la marche soit hâtée. Quoi donc ! n'ayonfr-nous point parmi nous ces héros Qui chassèrent les rois de leur tombe insultée ,

Que les morts ont eus pour ]K>urreaux ?

Honnemr à ces yaillans que notre orgi;^eil renomme !

Gloire à. ces hrayes ! Sparte et Rome

Jamais n*ont tu d'exploits plus beaux !

Gloire ! ils ont triomphé de ces funèbres pierres ! Ils ont brisé des os ! dispersé des poussières !

Gloire ! ils ont proscrit des tombeaux i

Quel Dieu leur inspira ces travaux intrépides ?

Tout joyeux du néant par leurs soins décourert ,

Peut-être ils ne voulaient que des sépulci^s vides , Gonmie ils n'avaient qu'un ciel désert j - -

Ou , domptant les respects dont k mort nous fascine, liCur main peut-être , en sa racine y Frappait quelque auguste arbrisseau;

Et , courant en espoir à d'autres hécatombes , Leur sublime courage , en attaquant ces tombes , S!e8sayait à Taincre un berceau. *

Qu'ils viennent maintenant , que leur foule s'élance. Qu'ils se rassemblent tous , ces soldats aguerris 1 Voilà des ennemis dignes de leur vaillance ! —

Des ruines et des débris.

Qu'ils entrent sans effroi sous ces portes ouvertes -,

Qu'ils assiègent ces tours désertes ^

Pour eux il n'est point de danger 5 Les héros qui veillaient surxes hautes murailles , Lçs ombres qui jadb ont gagné des batailles ,

Ne Combattent que l'étranger.

* On sait qu'à Pépoque de noire révolution , la Tiolaiion ^ des tombes royales précéda les attentats régicides , dont U plus odieux peut-être fat celui qui s'exécuta lentement et comme à f^aisir sur un enfant.

Ce siècle entre les tems veut être solitaire.

Allons ! frappez ce<{ murs , clés ans enoor vainqueurs.

Non 9 qu^îl ne reiie rien des vieux jours sur la terre :

n n'en reste rien dans nos cœurs !

Cet héritage immense , où nos gloires s'entassent ,

Pour les nouveaux peuples qui passent ,

Est trop pesant à soutenir y Il retarde leurs pas , qu'un même élan ordonne. • Que nous fait le passé ? Du tems que Dieu nous donne,

Nous ne gardons que l'avenir.

Qu'oiy^e nous vante pltis nos crédules ancêtres ! Ils vo^nent leurs devoirs où nous voyons nos droits. Nous avons nos vertus ! Nous égorgeons les prêtres ,

Et nous assassinons les rob ! . . . — Hélas ! il est trop vrai y Tantique Honneur de France,

La Foi , sœur de l'humble Espérance ,

Ont fui notre âge infortuné ^

Des anciennes vertus le crime a pris la place ; n cache leurs sentiers , comme h. ronce efface Le seuil d*un temple abandoniié. "

Quand de ses soutenirs la France dépouillée ,

Hélas ! aura perdu sa vieille majesté ^

Lui disputant encor quelque pourpre souillée »

Us riront de sa nudité !

Nous f ne profanons point cette mère sacrée $

Ckinsolons sa gloire éplorée ,

Chantons les astres éclipsés^ Car notre jeune muse , a£fr<3fntant Tanarchi^ Ne veut pas secouer sa bannière , blanchie*

De la poudre des tems passésv

Domestica facta, Horace.

Nous eûmes nos forfaits ,.lAais nous eùmM nos gloires.

HoLMONDURA-HD.

Page 1