ODE CINQUIÈME
Quoi ! toujours une lyre et jamais une épëe ! Toujours d'un 'voîle obscur ma vîe enveloppée ! Point d'arène guerrière à mes pas éperdus ! . . . Mais chercher de Dayid les traces effacées !
Consumer tous mes jours en stériles pensées y Toute mon ame en chants perdus !
Et cependant , lÎTrëe aux tyrans qu'elle brave , La Grèce aux Rois chrétiens montre sa Croix esclaye ! Et l'Espagne à grands cria appelle nos exploits ! ^ Car elle a de l'erreur connu Ti^resse amèrc) Et, comme un orpkelin qu'on airrache à sa mère, Son vieux Trâne a perdu l'appui des vieilles Lois.
Je rêve quelquefoî^ que je saisis ton glaive ,
O mon père ! et je vais , dans Tardeur qui m'enlève ,
Suivre au pays du Cid nos glorieux soldats ,
Ou faire dire aux fils de Sparte révoltée Qu'unFrançaiSys'Ene put rendre aux Grecs un Tyrtée,
Sut leur rendre un Léonidas.
Songesvains ! Mais du moins ne crois pas que ma muse Ait pour tes compagnons des chants qu'elle refuse,
ODE V. 43
Mon père ! le Poète est fidèle aux Guerriers. Des honneurs immortels il reyét la victoire ; Il chante sur leur vie ; et l'aftiaint de la Gloire Gomme toutes les fleurs aime tous les lauriers.
Fr^Dçais I des combats la pidnie tous décore : Courbés sous un tyran ^ tous étiec grands encore. Ce Chef prodigieux ipar tous s^est éleyé } Son immortalité «ur nos gloires se fonde , Et rien n'efïacera des annales du monde Son nom , par y#s glaives gravé.
Ajoutant une page à toutes les histoires , Il attelait les Rois au char de ses victoires^ Dieu dans sa droite aveugle avait mis le trépas ^ L^univers haletait sous son poids formidable ;
G>mme ce qu'un enfant a trace sur le sable , Les empires confus s'effaçaient sous Kes pas.
Flatte par sa fortune , Q fut puni par elle.
L'imprudent confiait son destin yaste et frêle A cet orgueil , toujours sur la terre expié.
Oit donc , en* sa f#lie , aspirait ta pensée , Malheureux ! qui youlais , dans ta route insensée , Tous les trônes pour marchepied? .
Son jour vint : on le vit , vers la France alarmée, Fuir y traînant après lui comme un lambeau d'armée, Chars , coursiers et soldats y pressés de toutes parts. Tel, en son vol immense atteint du plomb funeste, Le grand aigle , tombant de l'empire céleste , Sème sa trace au loin de son plumage epars.
ODE V. 45
Qu'il dorme maintenaift dans son lit de poussière ! On ne Toit plus , autour de sa couche guerrière , Vingt courtisans royaux épier son réveil ; L'Europe y si long-tems sous son bras palpitante , Ne compte plus y craintive , en sa pénible attente y Les heures de son noir sonuneil.
Reprenez , à Français y votre gloire usurpée. Assez dans tant d'exploits on n'a vu qu'une épée ! Assez de la louange il fatigua la voix !
Mesurez la luiuteur du géant sur la poudre. . . Quel aigle ne vaincrait y armé de votre foudre? £t qui ne serait grand y du haut de vos pavois ?
L'astre heureux de Brennus luU encor sur vos tètes. La Victoire eut toujours des Français à ses fêtes.
La paix du monde entier dépend de leur repos. Sur les pas des Moreau , des G>ndé , des Saintrailles , Ce peuple glorieux , dans les champs de batailles A toujours usé ses drapeaux.
Toi , mon père y ployant ta tente voyageuse , Conte-nous les écueils de ta route orageuse , Le soir , d'un cercle étroit en silence entouré. Si d^opulens trésors ne sont plus ton partage , Va , tes fils sont contens de ton noble héritage : Le plus beau patrimoine est un nom révéré.
Pour moi , puisqu'ilfautvoir , e t mon coeur en murmurej Pendre aux lambris poudreux ta vénérable armure; Puisque ton étendard dort près de ton foyer , Et que» sousPhumble abri de quelques vieux portiquç$
ODE r. 47
Le coursier , qui m'emporte aux luttes poétiques, Laisse rouiller ton char guerrier;
Eiègue à mon luth obscur l'éclat de ton ^>ée ; Et du moÎBS, qu'à maToii,'de ta vie occupée, Ce beau souvenir prête un charme solennel; Je dirai tes combats aux muses attentives, ^ Connue un enfant , joyeux parmi ses sœurs craintives , Traîne, débile et fier, le glaive paternel.
(t^(i$ tihd.
Il y avait à Home uu antique usage : la veille de l'exécution des condamnés à mort , on leur donnait, à la porte de la prison, un repas public appelé le Repas libre,
Ghateavbrund. Les Martyrs, liv. xxii.
^ Il est aise de voir que la composition de cette ode est antérieure à la mémorable guerre d^Espagne.