‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 27 sur 27 · AU MARIAGE DU PRINCE CZARTORYSKI · texte numérisé non relu

AU MARIAGE DU PRINCE CZARTORYSKI

ET

DE LA PRINCESSE MARGUERITE DANS l'Église de chantilly

Dans ce moment heureux et solennel, où tout ce qui vous environne vous est cher , et adresse en secret au Ciel pour vous tant de vœux si tendres et d'ardentes prières, permettez que j'élève la voix au nom de la religion pour vous parler de votre union et de vos devoirs, et vous promettre que le Dieu qui va paraître sur cet autel, et qui tient dans ses mains les destinées des hommes, y sera pour vous un Dieu de miséricorde et de paix.

L'affection qui vous unit, et (]ue Jésus-Christ va bénir, vous présage des jours heureux; et les qualités heureuses, noliles, royales, je puis le dire sans flatterie, que le Ciel a mises dans vos cœurs, nous l'ont Tou. I. 38

espérer aussi que votre félicité ne sera pas mêlée d'amertume; et, bien qu'il n'y ait guère ici-bas de beaux jours sans nuages, c'est pour nous un besoin de penser et de dire que le soir de votre vie ne sera pas sombre après un matin si pur.

Tous les cœurs s'ouvrent en ce moment à ces doue es espérances; tous les regards se reposent sur vous avec attendrissement, pleins de confiance que vous recueillerez dans la joie pure d'une société sainte toutes les prospérités que nos vœux appellent sur votre alliance. Heureux époux , parents non moins heureux , peut-être un jour le Ciel vous donnera de revivre au delà du tombeau dans une postérité qui aura consolé votre vieillesse, et recueilli de vos mains, pour le transmettre à son tour, le triple héritage d'honneur, de vertu antique et de religion, que vous ont transmis ceux dont vous avez reçu la vie.

Pourquoi faut-il que tous ne soient pas ici pour vous bénir? Et, sans vouloir attrister la joie de ce jour, comment oublier ceux qui manquent à la fête, et qu'elle eût rendus si heureux? Une mère, qui fut, dans sa trop rapide apparition sur la terre, un ange de paix et de sérénité pour tous; un père, que j'ai vu, jusque dans son dernier âge, ferme comme la colonne d'un temple ébranlé, et l'appui généreux de tous les siens ; fidèle entre les plus fidèles, personnification touchante de cette infortunée Pologne, sœur de la France, si obstinée dans ses longs et douloureux espoirs, et qui manque toujours si tristement à l'Église , à la France , à l'Europe !

Et que (lire de tant d'autres âmes chéries, sanctiflôes par la Croix, qui vous bénissent d'un meilleur séjour, dont l'image plane en ce moment sur vous, et parmi lesquelles je ne puis oublier surtout celle que j'ai connue de plus près, qui fut de toutes la |)lus clirétienne, c'est-à-dire la plus simple et la {)lus grande? Oui , vous êtes tous deux, en ce jour, bénis du ciel et de la terre.

Et n'est-ce pas déjà pour votre alliance un premier bonheur, qu'elle ne se fasse pas sur une terre étrangère? Laissez-moi dire, Prince, que cela est vrai pour vous-même ; car la France est pour vous la patrie adoplive , en attendant qu'enfin sauvée plie-même, et aidée de Dieu , elle vous rende à la vôtre.

Du reste, vous trouverez dans la royale famille qui vous reçoit en ce jour avec un si afTectueux empressement, de quelque côté que vous jetiez les regards, vous trouverez des vertus qui vous sont personnellement chères : la fidélité à la religion, le dévouement à la patrie, le goût des plus nobles travaux de l'esprit , et cette valeur magnanime qu'ont connue les mers lointaines et les plages de l'Afrique, et que récemment encore cachait et révélait à la fois le vieux nom de Robert le Fort.

Vous trouverez surtout en celui qui vous confie aujourd'hui sa fille bien-aimée, un père digne de ce grand nom, un père et un ami. Sa modestie et mon respect pour lui me défendent de le louer en sa présence ; mais ce qu'il ne peut m'empêclier de dire dans le plus simple langage, c'est qu'on admire et on respecte en lui ce qui est si grand et si rare ici-bas,

l'abnégation, et, par conséquent, la parfaite sûreté de l'âme.

Voilà sous quels favorables auspices la Religion est heureuse de vous bénir. Tous deux disciples de cette religion sainte, tous deux pénétrés d'amour et de vénération pour elle, trouvant tous deux près d'elle la garantie de votre bonheur, de ce bonheur intime si nécessaiie à tout homme ici-bas, plus nécessaire encore peut-être à ceux dont la vie est plus exposée aux regards des peuples et aux coups de la fortune ; et tous deux, enfin, lui offrant en ce jour le plus consolant des spectacles, celui de la jeunesse embellie par l'innocence, et l'alliance du bonheur avec la vertu. ■ Et maintenant que l'Eglise m'ordonne de mêler à la pompe de ce jour le souvenir de toutes les obligations qu'il vous impose, je redirai avec confiance ses pieuses leçons.

Cette Mère tendre des chrétiens, qui va vous unir au nom du Ciel, veut que le lien qu'elle forme entre vous soit inviolable, et que des pensées augustes, toutes saintes, et mille fois plus élevées que la terre , ennoblissent et divinisent même vos affections. Elle vous révèle que cette union du temps n'est que l'image de l'union plus douce encore qui n'aura pour vous, dans le sein de Dieu, ni temps ni fin. Elle espère que si la Providence vous donne une sainte et heureuse fécondité, vous formerez ces jeunes cœurs, qu'elle vous rendra si chers, à la pratique de tous les devoirs, par vos leçons et surtout par vos exemples. Et regardez autour de vous, près de vous : quelle sainte auto-

rite ces divins enseignrmenls ne trouvent-ils pas dans la bouche d'un père! et sur les lèvres d'une mère, quelle ineffable persuasion !

Enfin l'Eglise veut que vous vous souveniez que le sacrement que vous allez recevoir est (jrand , selon la parole de saint Paul : Sacramentum maynum est ; que r alliance que vous allez contracter est honorable : Honorahile conmihium ; et qu'enfin le lit nuptial est sans tache : Thorus immaculatus.

Sainte religion des Chrétiens ! il n'y a que toi qui saches parler sur ces choses un si pur et si divin langage!

C'est donc sous les regards de cette religion sainte que vous allez vous donner l'un à l'autre, et tous deux au Seigneur!

C'est sa bénédiction qui va vous élever tous deux à la hauteur de vos nouveaux devoirs, et vous inspirer la conformité des affections les plus douces et des vertus, les plus saintes. Désormais, parla grâce de cette vénérable alliance, et selon la peinture aimable que nous en fait un ancien docteur, vous porterez ensemble le joug du Seigneur : on vous verra, et combien de teb exemples, venus de haut, sont, aujourd'hui surtout, nécessaires et salutaires! on vous verra prier, vous prosterner ensemble ; vous viendrez ensemble adorer Dieu dans sa maison, ensemble écouter sa parole, participer ensemble au banquet sacré, et toujours ensemble, soulager les indigents , consoler les affligés ou visiter les malades, comme vous l'avez déjà fait tous deux tant de fois; aimer, en un mot, le pauvre peuple, afin

qup l'on continue à vous bénir t( us deux comme les anges tufélaires de la vertu et du malheur.

Et nuiintenant, ô mon Dieu! le moment est venu, bénissez-les! faites que ces mains ne soient pas trop impuissantes pour faire descendre sur eux l'abondance de vos bénédictions les plus tendres et les plus paternelles; ou plutôt, bénissez-les vous-même!

Bénissez leurs familles ! J'y vois partout la grandeur et la douleur; ce je ne sais quoi d'achevé dont parlait ici même, au vainqueur de Rocroy, ce Bossuet dont le souvenir se retrouve encore dans ces lieux qu'il a chantés, dans ces jardins dont les eaux, disait-il, ne se taisaient ni jour ni nuit. Mais que les temps sont changés ! Du moins, laissez-moi dire que vous retrouvez quelque chose de la douceur et de la splendeur passées, dans cette noble et charmante hospitalité que vous offre l'amitié fraternelle.

Oui, ô mon Dieu! bénissez-les tous; et puisque, ;grâce à votre bonté et à l'accord des honnêtes gens, l'injustice des lois d'exil est enfin tombée devant la Maison de France , mettez partout l'union, cetl'e union profonde, inviolable, qui peut seule ménager dans l'avenir, à cet illustre et pauvre vaisseau battu des vagues qui se nomme la France, je ne dis pas seulement une rade, mais le port dans la tempête.

Bénissez leurs patries ! car les infortunes des temps sont montées si haut, qu'il ne suffît plus de compatir aux malheurs privés; c'est pour de grandes et héroïques nations, déchirées, meurtries, encore sanglantes, qu'il faut prier aujourd'hui !

Surtout, bénissez-les tous deux! car enfin c'est votre bonté qui les a destinés tous deux à cette douce et forte union, où l'on est appuyé et où l'on appuie tour à tour.

Bénissez cette pieuse et aimable princesse ! conservez-lui cette candeur que l'ombre de la dissimulation épouvante, cette charité qui a été l'inspiration d'un cœur français sur la terre étrangère, pour les œuvres les plus secourables aux victimes de nos désastres; enfin, cette piété fervente, qui est son plus cher trésor, doux héritage de sa mère, de son aïeule, et du sang de saint Louis !

Il m'est consolant de redire sur elle les vœux des anciens patFiarches : oui , elle sera toujours chérie comme Rachel, prudente comme Rebecca, fidèle et pure comme Sarab !

Bénissez celui qui doit lui servir de guide et d'ami à travers la vallée des larmes ! 11 sera pour elle un guide sûr et un ami constant : j'en ai pour garants l'élévation de son âme , la fermeté de ses principes chrétiens, et cette haute loyauté qui, peinte sur son front et dans ses regards, commande dès le premier abord l'attachement et la confiance. L'amour de son Dieu et l'amour de son pays, voilà le fond de son âme. Il s'y ajoute en ce moment un troisième amour, qui sera le baume exquis de son existence et le parfum de son cœur, et, s'il en était jamais besoin, son meilleur refuge au jour des grandes tristesses de la vie.

Bénissez-les ! Bénissez aussi tous ceux qui les entourent, tous ces amis si fidèles ! tous ces nobles témoins

600 XOUVKLLKS OEUVRES CHOISIES.

de leur alliance. Bénissez-nous tous! Eh! n'avonsnous pas tous besoin de vos bénédictions? Qui peut s'assurer de rester debout sur cette terre qui tremble ,. s'il n'est béni de Dieu ?...

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