DÉCRET
tt Nous, grand maître de l'Ordre maçonnique en France, I Vu la pi.*, de convocation de la loge Y Avenir, 0.-. de Paris, » pour sa tenue générale du mardi 26 juin 1866, etc., etc.; I Avons décrété et décrétons :
■fi Art. 1"!^. La loge l'Avenir , de l'O.*. de Paris, est provisoi-
* rement suspendue.
» Art. 2. Notre grand maître adjoint, le F.*. Lenglé, est chargé t de la notification et de l'exécution du présent décret.
I Donné en l'hôtel du Grand Orient de France, ce V^^ juil- » let 1866 (E.-. V.-.).
> Le grand maître de l'Ordre maçonnique en France, ti Mellinet.
» Par le grand maître :
» Le grand maître adjoint, » Lenglé. s
II paraît que la loge ipaçonnique de V Avenir n'a tenu qu'un
religion , serait Tinstrument le plus inique et le plus violent de cette tyrannie pour tous les enfants des familles populaires en France : s'il le faut, je le démontrerai quelque jour.
Enfin , pour achever ce triste tableau , n'est-ce pas hier encore que le héros de la démagogie italienne, cet homme ridicule , mais dont l'influence est plus grande de beaucoup que le personnage lui-même, Garibaldi , renouvelait à Florence, avec une insolence applaudie des ministres de Victor-Emmanuel , ses anciennes menaces contre l'Eglise , contre Rome et le Pape ? « Mes 55 amis 55 , disait-il à ses chemises rouges, " tant que les 55 prêtres ne seront pas vaincus , la patrie ne sera ni 55 libre ni heureuse. 5) Vainement ajoutait-il qu'il ne voulait la mort de personne : on sait comment ce programme a été pratiqué à Naples et ailleurs.
Et n'est-ce pas le même homme qui disait aux étu-
corapte médiocre de ce décret ; car voici dans quels termes cette loge a annoncé sa suspension aux autres loges :
« Or.-, de Paris, 23 août 1866.
7) Dans ma précédente p.*-, j'avais le regret de vous annoncer n que nos trav.*. étaient provisoirement fermés par ordre de notre 5) très-ill.'. G.*. AI.-.. Fidèles en cela aux plus vieilles traditions V de la franc-maçonnerie , n'ayant rien à brûler, continuons à ado- T. rer dans nos cœurs l'objet sacré de notre culte, et, un Jour, ceux D qui nous trouvent aujourd'hui trop hardis diront de nous que » nous avons bien mérité de ?ios FF.'..
«Veuillez agréer, T.*. C*. F.*., mes salutations les plus frat.*.
■n Le secret.', de la loge l'Avenir, I G. Trébois, » Rue Saint-Beuoît, 8. »
(Le Progrès , de Lyon.)
diaiits de Pavie : « Mes amis, il faut écraser le vampire « sacerdotal. 11 faut exterminer les robes noires. 11 faut 5) extirper de l'Italie le chancre de la Papauté. 11 faut 5) écraser les prêtres sur le pavé des rues. » Aujourd'hui qu'il revient de la guerre triomphant de dix défaites, il s'adoucit un moment et se contente de dire : « N'allez )) plus à la messe. Si vous allez à la messe , vous four- 5) nissez aux prêtres le moyen de vous nuire. « Puis se tournant vers les enrôlés romains , et retrouvant tout à coup son accent accoutumé : « L'année ne s'écoulera » pas, je l'espère, sans que vous rentriez à Rome, déli- 5) vrée du joug odieux des prêtres. « M. Ricasoli , le chef du cabinet italien, était là et applaudissait. Les journaux le disent : si cela n'est pas, qu'il le démente.
Je m'arrête ici , Messieurs ; vous comprenez que je, n'ai pris que le sommet des choses, et que si je voulais entrer dans tout le détail, j'aurais des révélations effroyables à vous faire.
L'avenir un jour remarquera cet accord profond et menaçant entre les doctrines irréligieuses et les doctrines révolutionnaires, et aussi la coïncidence de tous ces fléaux de l'ordre physique, moral et social, avec cette guerre acharnée faite à Dieu , et ce dernier attentat contre l'Eglise, dont le terme fatal, marqué par les révolutionnaires, s'avance sous les yeux des Chrétiens frappés de stupeur et d'immobilité.
Messieurs, je ne puis me défendre de le dire : Nos ennemis ont un art étrange de nous endormir dans la torpeur : nous sommes là les bras croisés et la bouche muette, n'osant plus même essayer les protestations de
rhonneur. Sans doute ces protestations seront peutêtre impuissantes , mais du moins elles seront vengeresses. Oui, vengeresses; car ce que Thonneur et la conscience auront flétri le sera à jamais , à jamais les coupables en porteront au front la marque indélébile. Alais non , comme si tout devait se consommer dans le silence, on regarde et Ton se tait, et Ton attend, comme stupéfiés , rinévitable catastrophe , de même que ces jours-ci , du haut de nos ponts , nous regardions , impuissants et mornes , le fleuve qui montait , montait toujours, et enfin emportait tout.
Et cependant Dieu nous avertit, et on ne comprend pas. Dieu nous frappe, et on ne comprend pas. Les pestes sur les animaux et sur les hommes, les guerres et les tremblements de terre, les inondations se succèdent, et on ne comprend pas. L'ordre moral et social est bouleversé , et on ne comprend pas. Les doctrines les plus perverses sont proclamées, les principes vacillent comme des astres égarés sur nos têtes, et on ne comprend pas. — On comprendra un jour , mais trop tard ; car, bon gré mal gré, il faut que la grande loi providentielle du monde s'accomplisse, et, pour les sociétés comme pour les individus, ainsi que le disait le paganisme lui-même, la justice suit toujours, d'un pas lent quelquefois, mais sûr, l'iniquité.
Cette loi sans doute a ses mystères ; Dieu l'applique
comme il l'entend, et nous ne saisons pas ses secrets.
Mais la loi, la grande loi de justice est certaine,
et nul n'y échappe : tôt ou tard le mal appelle le
malheur.
JUSTITIA ELEVAT GEKTES, AIISEROS AUTEM FACIT POPULOS
PECCATUM : la justice élève les peuples, mais le péché les rend malheureux.
L'histoire le proclame aussi haut que le Livre sacré.
Chaque siècle l'atteste à son tour, chargé, dirait-on, par la Providence de crier aux générations inattentives, comme ce grand coupable des temps antiques :
Discite justitiam moniti , et non temnere divos !
Qu'on se révolte tant qu'on voudra, qu'on entasse sophisme sur sophisme, on ne chassera pas la Providence du monde, ni la justice de Dieu de l'histoire.
Et l'histoire n'aura pas assez d'exécration pour ceux qui auront amené et consommé les attentats dont nous sommes témoins. On saura ce qu'il en coûte à un siècle pour avoir porté la main sur le Christ du Seigneur, et ce qui tombe autour de cette colonne ébranlée de l'ordre, de la justice , de la société.
Oui, on m'appellera, si l'on veut, un prophète de malheur, peu m'importe! mais ce qui se prépare en Europe est effroyable. Je ne le verrai peut-être pas, mais je l'annonce.
Que les défenseurs du Pape, de quelque point de l'horizon qu'ils soient venus, le sachent bien, ils ont été les défenseurs de la société en péril.
Si les catlioliques de tous les pays, je dirai même, si les Chrétiens de toutes les communions, si les hommes d'ordre, quels qu'ils soient; si tous les hommes qui pensent, qui ont une intelligence et un cœur, se laissent aveugler et endormir, si on ne comprend pas qu'il
y a aujourd'hui un grand accord à faire de tous les honnêtes gens pour le bien public, tout est perdu.
Quant à ceux qui croient qu'en se mettant à la tête de toutes les forces subversives on les contiendra, ils sont dans une erreur fatale. Si ce n'était aussi effrayant, vous m'amuseriez, quand je vous vois monter sur le flot débordé pour guider le fleuve.
0 légèreté de l'esprit français , si prompt à se troubler quelquefois, et si prompt aussi à oublier les causes de son épouvante !
Je le demande à tous ces hommes qui volontiers se mettent aujourd'hui un bandeau sur les yeux : Xe vous souvenez-vous pas quelles étaient en 1848 vos erreurs?
Certes, elles étaient fondées.
Eh bien! je vous le demande : De bonne foi , aujourd'hui, croyez-vous les doctrines qui vous épouvantaient alors abdiquées, et les hommes qui les devaient mettre en pratique convertis?
Le sol n'est-il plus miné sous vos pas?
Le fleuve révolutionnaire , grossi par tous les triomphes delà Révolution en Europe, est-il moins menaçant?
Et si les forces qui contiennent encore l'explosion manquaient et venaient à être emportées, l'explosion en serait-elle moins terrible ?
Messieurs, dans un tel état de choses, au milieu de tous ces malheurs du passé et de ces craintes pour l'avenir, je me sens pressé de vous dire que le temps est venu de faire monter vers Dieu, avec plus d'instance •que jamais , le cri de nos prières.
Dieu, quelquefois si redoutable dans ses justices,
est pins admirable encore dans ses miséricordes. Il frappe, mais il guérit : Percutit et sanat ; il plonge dans les abîmes, mais il en retire aussi quand son heure est venue : Dediicit ad inferos et reducit. Il a fait les nations guérissables : Sanahiles fecit nationes orhis terrarum ; et il y a encore dans notre pays assez de forces généreuses et de vertus pour vaincre le mal , si on sait s'en servir pour le bien.
Oui, prions, Messieurs, prions! Nous ne savons plus assez prier. Nous ne savons plus élever nos yeux et nos mains vers le ciel. Nous oul)lions trop quelle ressource puissante est la prière. La prière fléchit le ciel et détourne la justice divine.
ODieu, n'accomplissez pas vos menaces! 0 Dieu! ne faites pas tomber sur nous votre bras irrité ! Délivrez-nous du mal , Seigneur , du mal , cause première de nos châtiments, et de ces châtiments eux-mêmes; et rendez enfin la paix à nos tristes jours : Libéra nos a malo; dapacem. Domine, in diehus no s tris.
A ces causes, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
1° Jusqu'à la fin du Carême prochain, tous les prêtres réciteront à la sainte messe les oraisons Pro quacum" que necessitate. (Missel, p. lvii.)
2° A tous les saints , on chantera le psaume Lin : DeuSj in nomine tuo salvnm mefac, ainsi que i'invocation : Auxilium Christianorum , avant la bénédiction; et la prière Parce, Domine, après la bénédiction.
3* Nous invitons toutes les communautés religieuses
et toutes les âmes pieuses de notre diocèse à faire chaque semaine une communion pour appeler sur FEglise et sur la France toutes les bénédictions de Dieu.
Veuillez agréer, Messieurs, la nouvelle assurance de mon profond et religieux dévouement.
FÉLIX, Évêque d'Orléans.
Orléans, ce 9 octobre 1866.
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