PIE IX, PONTIFE
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction Apostolique.
Nous avons reçu avec joie votre Lettre du dix-huit octobre dernier, par laquelle vous nous adressiez un exemplaire de la Lettre écrite par vous au Clergé de votre Diocèse, et publiée le huit du même mois. C'est avec grande raison. Vénérable Frère, que vous déplorez les lamentables malheurs que la dernière inondation vient de faire si tristement déborder sur la France ; et que , fidèle au devoir d'un Évoque catholique, vous exhortez instamment et pressez les fidèles de réveiller en eux la charité chrétienne pour porter aux malheureux toute l'aide et le secours que réclament ces grands désastres. C'est de tout notre cœur aussi que nous vous félicitons de ce que, remplissant la charge d'un bon et dévoué Pasteur, vous n'avez épargné ni soins, ni sages conseils , ni sacrifices , afin que les fidèles de votre diocèse fussent promptement secourus dans une si grande infortune.
Vous avez également dépeint dans votre Lettre et déploré avec autant de force que de raison, les maux innombrables, dignes de toutes nos larmes, qui, dans ces temps mauvais, affligent et troublent d'une manière si déplorable l'Eglise catholique et la société humaine. Vous exposez
et TOUS réprouvez énergiquement l'odieuse guerre qu'ont déclarée à Dieu, à son Eglise et à la sainte doctrine, les incrédules de tout pays, les sectes condamnées et les fauteurs de révolutions. C'est avec douleur que vous énumérez et que vous flétrissez les manœuvres coupables et multipliées, les opinions dangereuses, les erreurs , les doctrines perverses par lesquelles ces ennemis de Dieu et des hommes, ces audacieux contempteurs de toute vérité et de toute justice, voudraient, s'ils le pouvaient, ruiner le catholicisme , ébranler les fondements de la société civile, corrompre les esprits , pervertir les âmes, abolir tous les droits soit humains, soit divins, propager partout le crime et fomenter le vice.
Poursuivez cette tâche. Vénérable Frère; employez votre courageuse piété, votre sollicitude épiscopale, votre zèle de plus en plus grand; consacrez toutes les forces et l'ardeur de votre esprit à l'énergique défense de la cause religieuse, à la poursuite de tant de pernicieuses erreurs, et au salut de votre peuple. Ne vous lassez point de persuader, ainsi que vous l'avez fait déjà, à tous les fidèles qui vous sont confiés, qu'ils ne cessent jamais d'offrir au Dieu riche en miséricorde, leurs plus ferventes prières, pour le triomphe de sa sainte Eglise et la conversion de tous les pécheurs.
Et recevez , en témoignage de notre particulière affection, la Bénédiction Apostolique, que, du fond de notre cœur, nous vous donnons, Vénérable Frère , à vous, à tout le Clergé, et aux fidèles laïques commis à votre vigilance.
Donné à Ron)e, le 8 novembre de l'année 1866, de notre Pontificat la 21^.
PIE IX Pape.
summopere reprobas ac detestaris teterrimum sane bellum Deo ejusque sanctae catholicae Ecclesiae ac doctrinae ubique tum ab incredulis, tum a cujusque generis damnatarum sectarum , et rebellionum hominibus illatum , et dolenter recenses , ac damnas multipliées nefariasque machinationes , opiniones , errores, pravasque doctrinas , quibus Dei , hominumque hostes, et oranis veritatis justitiaeque osores rem catholicam, si fieri unquam posset, penitus evertere , civilisque societatis fundamenta labefactare , omniumque animos , mentesque corrumpere, et jura omnia divina et humana delere, et vitia quaeque, ac scelera propagare et fovere connituntur.
Perge, Venerabilis Frater, pro egregia tua pietate, et episcopali soUicitudine omnes praestantis tui ingenii vires majore usque studio adhibere ad sanctissimae nostrae religionis causam viriliter tuendam , ad tôt pestiferos errores profligandos , atque ad tui gregis salutem procurandam. Ne intermittas vero, ut jam fecisti , fidelibus tuae curae traditis , inculcare , ut nunquam désistant fervidas diviti in misericordia Deo offerre preces pro Ecclesiae suae sanctae triumpho , et omnium peccatorum conversione.
Ac praecipuae Nostrae in te benevolentiae pignus accipe Apostolicam Benedictionem, quam intimo cordis affectu tibi ipsi, Venerabilis Frater, cunctisque Clericis, Laicisque fidelibus tuœ vigilantiae concreditis peramanter imperlimus.
Datum Romae apud S. Petrum die 8 novembris, anno 1866, Pontificatus nostri anno vicesimo primo.
Plus p. p. IX.
L'ATHEISME
ET
LE PÉRIL SOCL^L
La lettre que j'ai publiée sur les Malheurs et les signes du temps a soulevé de grandes clameurs : je n'en ai pas été surpris. On ne signale pas de tels périls, en un temps comme celui-ci , sans importuner ceux qui ne voudraient ni voir ni entendre, sans irriter ceux qui voudraient qu'on ne vît pas et qu'on n'entendît rien.
J'aurais pu désirer plus d'équité dans les appréciations de mon acte, je ne pouvais m'attendre à moins de colère.
Par une tactique connue , employée naguère contre un grand acte pontifical, on a résumé cette Lettre tout entière dans des formules exagérées jusqu'à l'absurde, et là-dessus on s'est donné pleine carrière.
Je me suis tu, et j'ai laissé tout dire; et cependant j'ai tout lu attentivement : pas moins de cent articles de journaux ou revues sont sous mes yeux en ce moment. Il en paraissait hier encore. J'ai eu là un triste spectacle.
J'ai vu à l'œuvre la presse anticbrétienne; j'ai vu ce que je ne savais pas à ce degré, — car, absorbés dans les détails et les mille œuvres de nos diocèses, nous ne
pouvons toujours suivre d'assez près la marche deTimpiété; — j'ai vu comment cette presse parle chaque jour à la société française, de quelles doctrines elle abreuve, par quels sophismes elle égare, vers quels abîmes elle pousse.
Il s'est fait là à mes yeux une explosion soudaine de tout ce qui se dit en détail et s'inocule tous les jours lentement au pays, d'erreurs, d'irréligion, de mensonges, dans ces revues périodiques et dans ces feuilles quotidiennes dont l'incessante action est si puissante.
C'a été une nouvelle et douloureuse démonstration de ce que j'ai affirmé, et, pour moi, un signe des temps plus redoutable que ceux que j'ai signalés.
Et maintenant qu'on a tout dit, et que j'ai laissé la parole et le champ libre à mes contradicteurs, je dois parler de nouveau moi-même. Je le ferai, avec une tristesse profonde, je l'avoue, mais avec la détermination tranquille qui convient, quand on aime assez son pays pour lui dire la vérité , même au péril de déplaire;
Quand on a la conscience de parler pour remplir un grand devoir; pour avertir, non pour blesser; pour montrer l'abîme, avant qu'on y tombe ;
Quand on est évêque enfin, c'est-à-dire gardien pour sa part des vraies et saines doctrines, et qu'on a sous les yeux un immense péril religieux, un immense péril social.
J'ai écrit ma dernière Lettre précisément pour dénoncer ces périls , pour montrer le terme extrême du mouvement irréligieux auquel la guerre contre le Pape
DEFEXSE DE LA RELIGIOM. 205
a donné tout à coup une si grande violence : mais c'est ce qu'on a voulu le moins voir dans ma Lettre, et ce à quoi on n'a rien répondu. Il était plus commode de déplacer le débat en dénaturant ma pensée.
Mais c'est en vain. 11 est en ce moment dans le monde un point fixe qui attire tous les regards, et dont nul , quel qu'il soit , ne peut détourner sa pensée. C'est Rome et le Pape.
L'heure est solennelle. Nous touchons à une crise dont le dénoùment, quel qu'il soit, sera mémorable dans l'histoire. 11 s'agit de savoir si le trône dix fois séculaire du Chef suprême de l'Eglise catholique disparaîtra du monde , et ce que va devenir le glorieux protectorat de la Papauté exercé par la France depuis Charlemagne.
Il faut donc replacer la question sur son vrai et grand terrain , et c'est pourquoi j'élève encore la voix.
Je signalerai de nouveau , et avec plus de netteté et de force, si je le puis , la coïncidence avec la guerre faite au Pape d'une guerre effroyable faite à Dieu. Je n'en ai montré dans ma dernière Lettre que quelques signes; j'exposerai ici la situation tout entière : les plus funestes doctrines faisant explosion à la faveur d'une politique révolutionnaire, les grandes écoles de radicale impiété, l'athéisme, le matérialisme, et les théories les plus subversives de toute morale , s'étalant avec audace, se propageant avec une ardeur redoublée par les malheurs du Pape et par l'espérance d'un triomphe impie — et cela non-seulement en France , mais d'un bout de l'Italie à l'autre — et menaçant de
déborder comme un torrent, quand la dernière digue aura été rompue.
Puis, je dirai, et, je Fespère, avec une clarté qui ne permettra plus qu'aux aveugles de ne pas voir , quelles sont les conséquences sociales, inévitables et prochaines peut-être, d'un pareil mouvement d'impiété.
Mais auparavant, je dois examiner, d'une manière incidente et sommaire, quoique en touchant le fond des choses, les contradictions que j'ai rencontrées , et tout ce bruit qui s'est fait autour de ma lettre. Cette partie accessoire se rattache d'ailleurs intimement à la question elle-même. 11 ne s'agit pas certes d'une défense personnelle : les plus grandes vérités sont seules ici en cause.
Cet écrit aura donc trois parties :
1° La récente controverse;
2" Le péril religieux;
3° Le péril social.
Il y a, dans tout cela, l'ensemble d'une situation des plus graves qui furent jamais, et sur laquelle ni le clergé, ni les Chrétiens, ni les honnêtes gens, quels qu'ils soient, ne peuvent fermer les yeux.