‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 23 sur 49 · DANS LE MONDE QUE D^AME DANS L'^HOMME · texte numérisé non relu

DANS LE MONDE QUE D^AME DANS L'^HOMME

Et hier encore un écrivain cité par le Siècle^ disait : «Des doctrines malsaines sont dans l'air ; l'athéisme 5) tend à s'introduire en France. De toutes parts on le 5) constate avec douleur. «

Je le répète : L'effort suprême de l'impiété la plus ardente aujourd'hui est là, à ce point capital, l'existence de Dieu.

On ne veut plus de Dieu , ni de la Providence , ni de la prière, ni d'aucune religion. « La question î) , dit

1 Philosophie religieuse, p. 101, 102.

2 22 octobre.

V Avenir national^ « n'est pas ici entre la religion ca- •>•> tholique et la religion protestante, mais entre les » libres penseurs et les sectateurs de toutes les reliw gions positives ^ •>■) .

K Les vieilles institutions religieuses » , dit M. Renan dans le Journal des Débats y « ont le choix entre ^g'- « chir ou mourir^ . »

Ainsi , ce n'est pas seulement le Christianisme , c'est Dieu , Dieu lui-même qu'on veut chasser du monde entier, de la raison, de la science, de la conscience, de la société. Voilà le but de l'athéisme contemporain.

En un mot, le monde sans Dieu, l'homme sans âme, l'éducation sans croyances , la société sans religion , tel est le programme , selon l'épigraphe d'un livre publié cette année-ci même en Hollande : Exstinctis cliis j, exstincto Deo, successit Humanitas '.

Et maintenant, cette grave situation, il faut que je la mette, dans le détail et dans le vrai des choses, sous les yeux de mes lecteurs.

Je ne connaîtrais rien de plus dangereux, et parmi le clergé, et parmi les Chrétiens, et parmi les honnêtes gens, quels qu'ils soient, que l'ignorance, l'aveuglement ou l'apathie devant une telle situation.

Rien ne doit détourner de pareilles questions, plus vitales que les plus graves questions politiques.

Je rappellerai donc quel fut, quel est encore tous les jours le langage des maîtres dans les grands orga-

1 25 octobre 1886.

2 Préface des Apôtres, l'^ avril 1860.

2 Revue médicale, 15 février 1866.

nés de la publicité ; comment ce langage est compris et traduit par les disciples ; et à quel degré ces doctrines d'athéisme sont propagées et descendent des sommets de la société dans les masses populaires.

Les trois foyers ardents d'athéisme , les trois écoles auxquelles on peut ramener toutes les autres, sont, en France : Fécole positiviste, Técole panthéiste et Fécole matérialiste. Je les appelle des écoles d'athéisme parce que , avec quelques nuances dans leurs formules , elles s'accordent toutes à nier le Dieu vivant , distinct du monde, le Dieu personnel, le Dieu créateur, le Dieu que l'humanité a toujours adoré. Voici mes preuves, et les textes : je demande à mes lecteurs de les lire courageusement jusqu'au bout.

Quant aux écrivains dont je cite les textes, si, malgré tous mes soins, je ne les avais pas bien compris, si j'avais exagéré leurs paroles, si, à mon insu, je leur faisais dire ce qu'ils n'ont pas voulu dire, qu'ils me détrompent : j'accepte , je sollicite toutes les rectifications : on ne pourra pas me faire un plus grand plaisir ici qu'en me montrant que je me suis trompé.

1° Le Positivisme.

Cette école, dont je ne veux parler qu'au point de vue qui m'occupe, l'athéisme, professe, malgré ses étranges protestations, la plus complète négation de Dieu.

En théorie, elle rejette Dieu absolument ; elle le déclare une fiction, une hypothèse, c'est-à-dire une pure supposition, sans certitude ni réalité ;

Une hypothèse, soit théologique, soit métaphysique, comme ils disent : car les positivistes repoussent la philosophie rationnelle comme la Religion, tout dogme philosophique comme tout dogme religieux ;

Une hypothèse inutile, qui n'explique rien, ni l'origine du monde ni celle de l'homme ;

Une hypothèse impossible, que la science contredit et détruit.

Pour eux, Dieu n'est pas seulement en dehors de la science , il est antipathique et contradictoire à la science ; l'idée de Dieu ne correspond à rien d'existant : Dieu n'existe pas.

En conséquence , ils introduisent l'athéisme , et , par suite, le matérialisme le plus absolu, dans toutes les sciences humaines, et après avoir ainsi fait l'éducation et l'esprit humain athées, ils veulent faire la société tout entière athée, en détruisant toutes les religions, pour substituer au culte de Dieu le culte, disons mieux, l'idolâtrie de l'Humanité : l'Humanité, qui est, selon

eux, LE GRAND ÊTRE, LA SUPRÊME EXISTENCE, LE SEUL OBJET DU CULTE.

Tel est le dogme nouveau qu'ils apportent au monde, et qui doit servir de base à une réorganisation complète de la société.

Le fondateur de cette école, en ce qu'elle a de neuf, car l'athéisme et le matérialisme sont bien vieux, c'est M. Auguste Comte, ancien répétiteur et examinateur à l'Ecole polytechnique, mort il y a quelques années seulement. Les disciples du positivisme l'avouent hautement pour leur chef. « Nous sommes disciples d'Au-

V guste Comte, nous le proclamons aussi haut que posw sible. C'est à lui que nous rapportons ce que nous

V sommes, si nous sommes quelque chose ; ce que nous )) pouvons, si nous pouvons quelque chose '. «

« Auguste Comte est le chef de cette doctrine ^. » ce II n'y a qu'un positivisme, celui d'Auguste Comte ^» « Quiconque a des prétentions à la philosophie, doit « absolument connaître au moins l'essence et l'esprit « de l'œuvre fondée par Auguste Comte ^. «

Or, l'œuvre fondée piir M. A. Comte, le positivisme, se résout dans le plus radical athéisme et dans le plus complet matérialisme. Malgré l'étrange obscurité de la langue qu'il s'est faite dans les nombreux écrits qu'il a publiés et que son école traduit et réédite chaque jour, cela du moins est parfaitement clair.

Au mois d'octobre 1851^ il y eut au Palais-Royal une grande réunion positiviste, où AI. Comte exposa, pendant cinq heures, la doctrine de son école. Quelle fut sa grande formule?

K Au nom du passé et de l'avenir « , il déclara exclus irrévocablement de la direction des affaires, comme ARRIÉRÉS ET PERTURBATEURS, tous ceux qui Croient en Dieu, catholiques y protestants , déistes.

Quant au Dieu du passé , M. Comte reconnaît « qu'il « a rendu des services provisoires. Mais c'est fini : « L'Humanité se substitue à Dieu. «

1 Paroles de philosophie jjositive, p. 57.

2 M. le docteur Boiirdet, p. vu. Paris, 1863.

3 Lettre de M. le docteur Robiuet à M. Frédéric Morin, 24 septembre J866.

'^ La Libre Pensée, 11 novembre 1866.

« L'HuMAiviTÉ doit seule réparer l'impuissance de 5) Dieu. «

Voici cette formule; je cite les paroles mêmes de M. Comte :

« Au nom du passé et de l'avenir, les serviteurs )) théoriques et les serviteurs pratiques de V Humanité 5) viennent prendre dignement la direction générale des w affaires terrestres, en excluant irrévocablement de la )) suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu, )) catholiques^ protestants, ou déistes, comme arriérés

« ET perturbateurs. "

Cette formule est si capitale dans le système, qu'elle a été rééditée en tête du Catéchisme positiviste, traduit en anglais par MM. Congrève et Bridges, dans une Etude de philosophie positive y et en tête du Système de politique positive.

Et ces jours-ci même, un disciple de M. Comte la répétait en ces termes :

« L'idée de Dieu est devenue aujourd'hui aussi anar-

» chique que rétrograde ' . 5)

Un autre, après avoir présenté l'idée de Dieu comme déjà bien ébranlée, ajoute : « Cela ne suffît pas, il faut » lui porter les derniers coups ^ »

Les derniers coups ayant été portés, extincto Deo, il faut le remplacer.

Dans un des derniers ouvrages du maître, celui qui couronne l'œuvre par « la construction décisive de la

1 Etudes de Philosophie positive, p. 183. - M. A. Naquet, Revue encyclopédique de la méthode, p. 52.

5 religion positive ' 55 , dans VAjJjyel aux conservateurs je lis ces paroles :

" Le positivisme a définitivement construit la reli- « gion de V Humanité^ seule capable de consacrer et 5) de régler Tordre et le progrès compromis par le y> théologisme épuisé^. «

a En un mot : L'Humanité se substitue définitiveî) ment à Dieu, sans oublier jamais ses services provi- V soir es ^ î)

ce L'HUiMANiTÉ doit seule réparer l'impuissance de « DlEU\ »

Il faut donc laisser le culte de Dieu pour adopter le culte de l'Humanité.

Mais qu'est-ce que cette Humanité? C'est ce le Grand 1) Être » . Et qu'est-ce que le Grand Être ? ce Le Grand » Etre est l'ensemble d^es êtres passés, présents, fuy) turs. 5) Xon pas de tous les êtres passés, présents, futurs, car il n'entre dans la composition du Grand Etre que les humains; et encore pas tous, mais seulement ceux ce qui concourent librement à perfectionner •>i l'Etre universel « . Ceux-là, on les nomme «c des êtres « convergents « . Et le positivisme définit l'Humanité ce l'ensemble continu des êtres convergents » .

Voilà ceux dont le culte sera substitué au culte de

* Sixième circulaire annuelle adressée par l'auteur du Système de philosophie positive, et du Système de politique positive, à chaque coopéruteur du libre subside institué pour le sacerdoce de l'Humanité, Paris, 15 Moïse 67 (15 janvier 1855).

2 Préface , p. xiii.

3 Catéchisme positiviste .

^ Appel, p. 30.

Dieu. Mais ce culte sera toute leur immortalité, car l'homme n'a pas d'âme.

Ainsi , bien qu'il n'y ait pas de Dieu dans la doctrine positiviste, il y aura cependant une religion, la religion de l'Humanité. Il y aura « le culte individuel de )) l'Humanité, d'après I'intime adoration de ses meil- « leurs jiEPRÉSEiVTAivTs ^ ; et le culte public de l'Huma- « nité, exigeant pour ses développements des tem- « ples^ » ; le fondateur du positivisme va même jusqu'à réclamer l'église Sainte-Geneviève pour y introniser cette religion : a Aucun scrupule 73, dit-il, « ne peut 55 empêcher de consacrer le Panthéon à sa vraie desti- )) nation \ )■>

En résumé, c'est l'adoration de l'homme substituée à l'adoration de Dieu. L'apothéose antique imaginée par la bassesse romaine est renouvelée par le positi- ,visme. Des hommes sanguinaires et voluptueux, tels que César, Auguste, Adrien, il n'y manque qu'Antinous... puis Cromwell, Louis XI, Boccace, Rabelais, l'Arioste , ont place dans ce Panthéon.

Est-ce impiété? est-ce folie? C'est l'une et l'autre.

C'est l'impiété punie par la folie.

Quelques personnes s'imagineront peut-être que de telles indignités sont rendues inofîensives par leur absurdité même, et ne sauraient devenir contagieuses. Qu'elles se détrompent.

* Appel aux conservateurs, p. 41.

2 Ibid., p. 118.

3 Ibid., p. 119. — Si l'on veut voir du res(e quel sera, dans sa réalisation, ce culte de l'humanité, et, comme disent les positivistes,

On m'avait dit aussi, lorsque j'ai publié mon Ave?'tissement aux Pères de famille ^ que je m'exagérais le

tt la solennelle idéalisation du Grand Etre s , on peut consulter le Calendrier positiviste (4«^ édition).

Voici un extrait de ce calendrier :

ce —

lermo 2e mo 3 mo 4^ mo 5" mo e*- mo 7'' mo 8 mo 9' mo 10« mo

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