‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 33 sur 49 · PROSTITUTION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

PROSTITUTION INTELLECTUELLE

5) L'éclectisme est une décrépitude ... il a abouti à » MM. Victor Cousin et Jules Simon. «

Nous verrons de plus , quand nous parlerons du péril social, quel sort cette école réserve à l'Université.

Telles sont les négations de Dieu, de Tàme, delà vie future, que ces messieurs appellent " la foi nouvel! « qui doit régénérer le monde ^ » .

Comment supporter après cela la sopbistique de M. Renan , osant dire : « Le matérialisme est un non- « sens. L'atbéisme est une erreur de grammaire. Le « matérialiste voit Fesprit à sa manière. L'athée est un 5) esprit timide qui recule devant les formules élevées ^5)

Non : si, comme le disent les francs matérialistes , « il n'y a pas d'âme " ; ou si, comme l'affirment les matérialistes recouverts de panthéisme, «l'âme n'est qu'une 5) résultante de l'organisme v , par une conséquence nécessaire, l'âme périt avec l'organisme.

La Revue du Progrès le dit nettement : « L'âme y) étant reconnue fictive, l'immortalité de l'âme doit î) l'être du même coup *. 5)

Il est donc clair que, quand matérialistes, positivistes, panthéistes , parlent de l'immortalité de l'âme , cela doit s'entendre non de l'immortalité de la personne humaine , mais simplement , selon les paroles de

* Etude de philosophie positice,

2 Revue du Progrès, novembre 1863, p. 159.

3 Revue des Deux-Mondes.

* Revue du Progrès, novembre 1863, p. ï^^.

312 XOLVELLES OEUVRES CHOISIES.

M. Renan , d'une immortalité idéale de Diomme dans ses œuvres, et dans le souvenir de ses semblables.

«Le sage sera immortel, car ses œuvres vivront. . , 15 Les OEUVRES échappent seules à la caducité univer- 5î selle. . . L'homme méchant, sot ou frivole, mourra 5) tout entier. ^ — « Je ne vois pas de raison pour qu'un 1) papou soit immortel '. »

Et si cette doctrine paraît désolante , écoutez la réponse : « A cela, disent les positivistes, nul remède '.»

« Ceux-là ", reprennent les panthéistes, « ceux-là « seuls arrivent à trouver le secret de la vie, qui savent 5) étouffer leur tristesse intérieure, et se passer d'espé- 5) rances ^ » Et encore : « Si la vérité est triste, nous « aurons pour consolation de l'avoir trouvée selon les « règles'^. "

Et les matérialistes : « Sans doute la vie future est « une espérance qui console Fhumanité depuis des siè- « clés, un dogme enseigné par beaucoup de religions, 5) et cru par un nombre immense d'individus. Mais tout » cela nous importe peu, à nous philosoj^hes '\ «

J'ai entendu dire que la préface de la Vie de Jésus commençant par ces mots : et Te souviens-tu du sein « de Dieu où tu reposes 55 , etc. , avait fait pleurer plus d'une femme sensible. Mais comment, en lisant le livre, n'ont-elles pas vu à quel degré le romancier panthéiste, par ces phrases sentimentales et autres , se moque d'elles

1 Préface àeJob, p. xci. — Renie des Deux-Mondes, isniviev 1860, '■^ Conservation, Révolution, Positivisme, p. 303.

3 M. IU:\A\, Le Livre de Job, p. lwxvii.

4 Le même, Discours d'ouverture.

^ Revue du Progrès, novembre 1863, p. 169.

et de tout le monde ? Car enfin, si, parvenues à la page où l'auteur dit : u Qui sait si le dernier terme du pro-

V grès , dans des millions de siècles , n'amènera pas la « conscience absolue de l'univers, et dans cette con-

V science le réveil de tout ce qui a vécu' ?» elles avaient compris la théorie enveloppée dans ces paroles , à coup sûr elles auraient vu que cette préface n'est autre chose qu'une moquerie. Si en effet la conscience de l'indilidu ne doit se réveiller, supposé qu'elle se réveille, que dans des millions de siècles , lorsque la conscience absolue de l'univers se réveillera elle-même , la conscience de l'individu mort et celle de l'univers dorment donc jusque-là : comment alors un individu mort peutil aujourd'hui se souvenir, et se souvenir au sein de Dieu , qui lui-même, selon l'auteur, n'est pas fait encore , et n'a pas la conscience complète de lui-même ! La phrase sentimentale de M. Renan n'a donc pas d'autre sens , d'après ses doctrmes , que celui-ci : Te souviens-tu — toi qui ne peux pas te souvenir — et au sein de Dieu qui n'est pas encore ? — N'est-ce pas là une trop impertinente et amère dérision ?

Que de fois, si on serrait ainsi de près la ])hraséologie creuse de cet écrivain , on arriverait à voir qu'il se moque presque toujours de lui-même et des antres î

Je dois ajouter que ces doctrines sur la fin des choses ne sont pas les seules qui aient cours aujourd'hui en France , parmi les esprits : les vieilles erreurs de la métempsycose et des existences successives, erreurs qu'on aurait pu croire à jamais évanouies, sont remises

1 Vie de Jésus, i». 288.

en circulation , comme on peut le voir notamment par le livre de M. Jean Reynaud , Ciel et Terre, par celui de M. Enfantin, publié récemment, la Vie éternelle , et par les discours très-instructifs prononcés sur certaines tombes, lesquels on peut lire de temps à autre dans les colonnes de V Opinion nationale et du Siècle.

11 est encore une autre espèce de métempsycose, et les matérialistes l'exposaient récemment ainsi :

ce La matière est impérissable, la mort n'est qu'une 5) forme de la vie. Quand le corps se disjoint et se dis- » sont dans le Grand-Tout j, chacun de ses atomes, T) dont la cohésion formait l'existence , s'unit par Taffi- » nité aux atomes de même nature dispersés par la 3) mort, cette chimiste de la vie. 3) Par l'affinité ou l'amour, les atomes bons se réagrégent à de bons atomes ; les atomes mauvais à de plus mauvais encore ^ Et c'est là ce qui constitue la loi du progrès pour l'humanité !

Telles sont donc les doctrines qui ont cours aujourd'hui parmi nous, non pas timidement , obscurément : non, cela est propagé hautement et marche tête levée ; et c'est le second fait qu'il importe de mettre maintenant dans une pleine lumière.

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