‹ Nouvelles pages anthologiquesChapitre 18 sur 72 · GUSTAVE BOREL-GIRARD · texte numérisé non relu

GUSTAVE BOREL-GIRARD

En voyant, après les offices, Ces fidèles qui chaque jour Font au Seigneur leurs sacrifices De foi, de larmes et d'amour.

Pauvres, dont l'extrême indigence Vainement cherche un autre lieu Où puisse leur âme en silence Contempler la face de Dieu;

Humbles mères laborieuses Qui, parmi de vulgaires soins, N'ont point d'heures silencieuses Pour prier tout bas sans témoins;

Isolés, qui de leurs semblables Ou délaissés ou méprisés, Ont soif des biens inaltérables, Seul réconfort des coeurs brisés;

Que disent-ils? Leurs lèvres tremblent On n'entend plus qu'un bruit confus; Ainsi les abeilles s'assemblent Autour des troènes touffus;

Mais après la sublime extase.

Lorsqu'ils s'éloignent de l'autel, On sent que leur cœur, comme un vase, S'est empli d'amour immortel.

Ah! pourquoi les fermer, nos maisons de prière?

Mon Dieu, qu'il serait doux D'y venir quelquefois, loin des bruits de la terre,

Te parler à genoux I

J'ai vu naguère un simple temple A tous les regards exposé, Qui de la colline contemple Un beau petit lac irisé.

C'était l'heure où le jour qui tombe Est plein d'arômes et d'accords; J'errais pensif de tombe en tombe.

Car c'est là que dorment les morts.

Dans le fouillis des herbes folles, Je lisais un suprême adieu, Quelque nom, de pieux symboles, Un verset du Livre de Dieu.

Derrière les cimes bleuâtres Le soleil s'était abaissé.

Animant de reflets rougeâtres I-e lac par le vent caressé.

Et, le cœur plein de mille choses Qu'on ne raconte qu'à son Dieu, Oubliant nos règles moroses :

„Entrons, me disais-je, au saint lieu! . . ."

Sous ma main la porte résiste.

Et rien ne me répond, hélas !

Qu'une voix profonde, un peu triste, Qui me disait: Ne sais-tu pas?

En vain sur moi ton front se penche, ^ Un seul jour on franchit mon seuil; Je suis l'église du dimanche; La semaine, je suis en deuil.

Ah! pourquoi les fermer, nos maisons de prière?

Mon Dieu, qu'il serait doux D'y venir quelquefois, loin des bruits de la terre,

T'adorer à genoux !

PAUL COLLIN

Bibliographie. — Musique de Chambre^ poésies (Hachette, Paris, 1 868) ; — Glas et Carillons, poésies (Hachette, Paris, 1874); — Du Grave au Doux, poésies (Hachette, Paris, 1878); — Les Heures Paisibles (Hachette, Paris, 1883); — Poèmes Musicaux (Tresse & Stock, Paris, 1885); — Mes Petits Concerts, poésies (Alphonse Lemerre, Paris, 1892); — Poésies Russes (Alphonse Lemerre, Paris, 1893); — Fleurs de Givre, poésies (Alphonse Lemerre, Paris, 1899). — En outre : La Fille de Jaïre, poème couronné par l'Académie des Beaux-Arts [Prix Rossini], musique de M^ie de Grandval (1878) ; — Radegonde, poème couronné par l'Académie des Beaux- Arts (1897); — Matre'na Kotschoubeï, poème couronné par l'Académie des Beaux-Arts (1898) ; — Don Procopio, adapté de l'italien, musique de Bizet; — La Ronde des Songes, musique de M^e de Grandval ; — Atala, opéra, musique de J. Folville ; — Zaïre, opéra, musique de Ch. Lefebvre ; — Jtidith, drame lyrique, musique de Ch. Lefebvre ; — Hedda, opéra, musique de Fernand le Borne ; — Narcisse, musique de Massenet ; — Le Poè?ne d' Octobre, musique de Massenet ; — Rébecca, musique de César Franck; — U Enlèvetnent de Proserpine, musique de Th. Dubois ; — La Naissance de Venus, musique de G. Fauré ; — L'Étoile, musique de Henri Maréchal ; — Le Miracle de Naïm, musique de Henri Maréchal ; — Éloa, musique de Ch. Lefebvre ; — Melka, musique de Ch. Lefebvre ; — Ulysse et les Sirènes, musique de Paul Puget ; — Pajidore, musique de Gabriel Pierné ; — Noce au Village, musique d'Arthur Coquard ; — Moïse sauvé des Eaux, musique de R. de Boisdefifre ; — Cendrillon, musique de L. de Maupeou ; — La Belle au Bois dormant, musique de Ch. Silver ; — Tobie, musique de Ch. Silver ; — La Fille du Calife, musique de Lacheurié ; — Arnica, musique de Mascagni.

M. Paul Collin a collaboré à VArtt'sle, à la Revue Brittanm'que, au Ménestrel, etc.

M. Paul Collin (Paul-Adrien-François), poète et auteur dramatique, est né à Couches (Eure) le 12 juillet 1843. Venu tout jeune à Paris, il fit de brillantes études au Lycée Bonaparte (aujourd'hui Lycée Condorcet) et suivit les cours de la Faculté de Droit. Il obtint le diplôme de licencié (1864) et fit un stage d'avocat à la Cour d'appel.

Lors de la guerre de 1870, M. Paul Collin fut incorporé, comme sergent-fourrier d'ordres, au 27e régiment de marche. C'est alors qu'il écrivit sous les obus les poésies intitulées Grand' Gardes.

Destiné par sa famille au notariat, il préféra se consacrer aux lettres et débuta, dans les revues, par des pièces telles que Chevaux de Bois et Renouveau, qui lui valurent, entre autres encouragements, ceux de Victor Hugo et de Victor de Laprade. Arsène Houssaye et Amédée Pichot l'accueillirent à V Artiste et à la Revue Britannique.

Citons parmi ses ouvrages de poésie publiés jusqu'à ce jour : Musique de Chambre (1868), Glas et Carillons (1874), Du Grave au Doux (1878), Les Heures Paisibles (1883), Poèmes Musicaux (1885), Mes Petits Concerts (1892), Poésies Russes (1893), Bleîirs de Givre (1899).

Poète délicat, d'un tour classique et d'un style facile, bien que d'une scrupuleuse correction, M. Paul Collin, ainsi qu'on l'a fait remarquer, est de l'école des „intimistes". Son talent souple et varié, son vers musical, firent rechercher sa collaboration par des compositeurs tels que Bizet, Massenet, César Franck, Gabriel Faure, Paul Puget, Henry Maréchal, Gabriel Pierné, etc. M. Paul Collin a également écrit des poésies destinées à s'adapter aux œuvres musicales de certains grands compositeurs étrangers qui, grâce à lui, ont pu être connues en France, et parmi lesquelles il convient de citer celles de : Tschaïkowsky, Mendelssohn, Schubert, Haendel, Haydn, Bach, F. Hiller, Wulner, Rheinberger, etc.

Excellent musicien lui-même, M. Paul Collin a fait paraître dans différentes revues parisiennes des articles de critique musicale remarqués.

Il est depuis 1889 officier de l'Instruction Publique.

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Trop d'obéissance

Quand j'avais huit ans, elle en avait quatre. Pour bien affirmer mes droits de garçon, Je me permettais souvent, sans la battre. De la rudoyer de belle façon.

Alors, elle allait chercher sa famille.

Pour qu'à ma colère on mît le holà.

^Monsieur, embrassez la petite fille, (Dit, un jour, son père) et puis aimez-la."

L'aimer ? , . . J'obéis, quand on me commande. Docile, à l'aimer je me résolus; Oui. Mais, à présent, la petite est grande. Ce sont les parents qui ne veulent plus.

{^Glas et Carillons^

Lever du Soleil au Mont Blanc

C'est le mont Blanc ! c'est lui ! Les nuages épais Dont l'ombre sur ses flancs s'était amoncelée Ont disparu. Voyez. Dans sa gloire et sa paix. Il offre au jour naissant sa neige immaculée.

Pour y verser l'éclat de son front radieux Le soleil a fait choix de ce miroir sublime, Et peu à peu dissipe, en montant dans les cieux. Les brouillards dont le voile enveloppait sa cime.

PAUL COLLIN

De même, quand un homme a, par un noble effort, Levé son cœur plus haut que les fanges humaines ; Quand il a, dominant les caprices du sort, Maintenu son espoir aux régions sereines,

Autour de lui le doute amasse en vain sa nuit. Pour étouffer l'ardeur du zèle qui l'enflamme; Toute ombre s'évapore et tout nuage fuit, Quand le regard de Dieu se lève sur son âme ! . . .

(^Du Grave an Doux.)

Sur le tombeau de Madame Marie * * *

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