‹ Nouvelles pages anthologiquesChapitre 24 sur 72 · CHARLES PITOU · texte numérisé non relu

CHARLES PITOU

Et voilà qu'elle accourt! ... et s'élance vers moi! Sur le livre maudit, ignorant mon effroi, L'immonde bête fait des sauts et se démène.

Et, l'horreur grossissant les choses, je crois voir Dans la chambre, qu'emplit l'ombre vague du soir, Une main aux grands doigts velus, qui se promène

Les Fleurs du Ciel

Lys, Roses et Bleuets, diamants des corbeilles. Doux nids d'amour où vont butiner les abeilles !

O fleurs, légers berceaux des frêles papillons, Opale, azur, aurore, ô parfums, ô rayons 1

Réunissez vos fronts dans une apothéose. Reines pour qui la vie est un douce chose.

O Bleuet scintillant au calice de miel Qu'en sa fuite jeta dans l'espace Ariel !

Etoile de saphir, ô fleur d'azur . . . mystère, Prodigue tes clartés célestes sur la terre!

Sans regret, donnez-nous vos parfums tour à tour. Vous qu'un baiser fit naître aux lèvres de l'Amour.

O Roses qui dormez sur le sein des amantes! Encensoirs embaumés, cassolettes charmantes!

O toi, qu'Hercule fit tomber du haut des cieux. Goutte d'un lait divin, nectar délicieux.

Larme changée en fleur, Lys, âme virginale, Ouvre ta robe blanche à l'aube matinale.

Bleuets, Roses et Lys, laissez autour de vous Voltiger la phalène et le sylphe jaloux . . .

Déroulez, déroulez vos amoureuses tresses

Sur les cheveux épars de nos belles maîtresses.

Aux baisers du printemps étalez vos couleurs, Répandez vos parfums, ô déesses des fleurs!

Réunissez vos fronts dans une apothéose, Reines pour qui la vie est une douce chose.

O fleurs, légers berceaux des frêles papillons, Opale, azur, aurore, ô parfums, ô rayons !

Lys, Roses et Bleuets, diamants des corbeilles. Doux nids d'amour où vont butiner les abeilles.

{^Les Feux follets.

ALEXANDRE EGLI

M. Alexandre Egli, né à Genève le 21 décembre 1852 d'un père Zuricois et d'une mère Genevoise, fit ses éludes à l'Académie et à l'Université de Genève. Entré tout jeune dans l'enseignement, il fut nommé en 1874 professeur de grec et de latin au collège d'Aigle; puis, en 1883, professeur de langue et de littérature françaises au collège de Vevey.

Il est actuellement professeur de littérature française à l'Ecole Supérieure (Gymnase de Jeunes Filles) de la Ville de Lausanne.

M. Alexandre Egli est un délicat poète qui a publié des vers dans de nombreuses revues et dans diverses anthologies. Il a collaboré notamment aux Poésies Genevoises (1874), à la Muse Romande (1890 — 189 1), aux Chants du Pays (1904), etc.

Vrt^, tdttjoitts ùir&uf.

, . . il jac ,mon

ût^ se if7/tef'?f- (isû'M^ 4tci^ctt ,

Sn-L Ito^e/'o'cù. 'èf non Dou/ej,',s J'cy^aii udtrS '(a. /i^f^^cc■yfx<^i1f-

ALEXANDRE EGLI

Vieux Amants

Quand tu seras vieille et défaite, Quand je serai défait et vieux.

Nous irons dans quelque retraite Nous^cacher loin de tous les yeux,

Veux-tu ? — Nous ferons bien les choses : Nous aurons un domaine à nous; Tu pourras y cueillir des roses, Et moi, j'y planterai des choux.

La maison sera chaude et gaie.

Et tout autour, de verts sentiers S'en iront, en longeant la baie De clématite et d'églantiers.

Et dans cet îlot de verdure

Nous nous ferons, pour être heureux

Un paradis en miniature

Où nous vivrons en amoureux.

Et j'aurai pour toi des tendresses.

Des soins discrets, — des soins constants;

Et tu me rendras mes caresses ;

Et nous aurons toujours vingt ans.

De l'amour joyeux invalides, Nous oublîrons de notre mieux.

Toi, mes doul'eurs, et moi, tes rides:

Nous serons d'adorables vieux!

D'abord, nous vivrons de ménage, Et nous n'aurons, si tu m'en crois, Qu'une chambre, au premier étage, La çhambjre intime d'autrefois!

La maison sera propre et nette, Et le jardin bien arrosé.

Le matin. Madame, en cornette, Et Monsieur, fraîchement rasé,

Déjeuneront en doux colloque, A loisir, et quand il leur plaît, De pain blanc, d'un œuf à la coque, Et de café trempé de lait.

Puis, nous aurons beaucoup d'ouvrage:

Fleurs à soigner, fruits à cueillir; Lapins à mettre au pâturage; Le pot-au-feu, qui doit bouillir.

Et puis, des questions très graves:

La chatte, qui n'a pas mangé!

Ne faut-il pas semer les raves?

Le baromètre a-t-il bougé ? . . .

— Mais par tes soins la table est mise, Et nous allons commettre à deux Le gros péché de gourmandise Ce suprême plaisir des vieux!

A table, c'est moi qui découpe, Te servant les meilleurs morceaux, Après avoir empli la coupe De vieux bourgogne ou de bordeaux.

Et tu ne seras point sévère.

Si mes baisers font trop de bruit; Et nous boirons au même verre, . . .

Tâchant. . . de mordre au même fruit?

Puis ayant fait en sybarites Un bout de sieste après dîner, Nous irons, amants émérites, Dans le jardin, sans nous gêner,

Sous les berceaux de clématite En tourtereaux nous becqueter, Ou bien cueillir la marguerite, l^t gravement la consulter.

ALEXANDRE EGLI

Enfin, le soir, mettant lunettes, — Car de si près il n'y voit pas, — Philémon lira les gazettes A Baucis, qui fera des bas.

Et gagnant notre lit bien tendre Ensemble, à l'heure du berger, Dans l'ombre nous croirons entendre Les Amours joufflus voltiger.

Ainsi, dans nos rêves candides, Rajeunissant de notre mieux, En dépit des ans et des rides, Nous serons d'adorables vieux!

Edelweiss

Page 1