A M. ALFRED CERESOLE
Au flanc du rocher qui s'effrange, Irréchauffable en sa pâleur, Je connais une fleur étrange, Sans parfum, presque sans couleur.
De loin, on dirait d'un fossile Dans la froide pierre incrusté, Et qui vaguement se profile En sa morne rigidité.
De prè?, c'est frêle et tendre chose:
Il semble, à qui l'osa cueillir, Entendre le rocher morose Se plaindre, et doucement gémir.
Quand les nuits d'été sous leurs voiles Ont enveloppé les sommets, Lorsqu'au ciel il pleut des étoiles Dont l'éclat s'efface à jamais, . . .
Sans doute en ces hautains parages Tombent des astres égarés ; A l'air frais des glaciers sauvages, Leurs rayons d'or se sont givrés;
Dans la pierre ils ont pris racine; Le roc pour eux s'est attendri; Ils sont de céleste origine, Car le roc stérile a fleuri.