À ANDRÉ THEURIET
La vigne embaume le coteau,
Déjà chante la caille; Près de mûrir, le vin nouveau
Dans la grappe travaille.
Et sous les voûtes du cellier, Dès l'aurore, le tonnelier
Prépare la futaille.
Il courbe le cercle assoupli,
Et sur l'écorce noire, A bien lier l'osier poli
Il met toute sa gloire:
Et J'on voit les copeaux voler, Et dans l'air on entend siffler
Sa pesante doloire !
Le tonneau prend forme. Au milieu,
Un clair feu de bruyère Flambe ! la douve sous le feu
Gémit et se resserre ; Voilà qu'il arrondit son flanc Où la flamme fait en ronflant
Le bruit d'une chaudière!
Vivat! enfin le voici prêt:
Quelle belle apparence !
Des meilleurs bois de la forêt
Il conserve l'essence:
Les vins prendront à son odeur Ce fin bouquet, que l'amateur
Hume avec complaisance.
Voilà le tonneau préparé.
Que faut-il qu'on y mette?
Sera-ce le vin blanc sucré Que le soleil paillette?
Ou le vin aux lueurs de sang
Qui rougit la cuve en moussant Et qui monte à la tête ?
Ou plutôt renfermera-t-il
De la Champagne fine?
Liqueur à l'arôme subtil
Qu'un rayon illumine, Douce et généreuse liqueur Qui chauffe et rajeunit le cœur
Au fond de la poitrine!
Le tonnelier n'est jamais las, Et songeant que l'automne
Approche, il frappe à tour de bras Tant que l'ouvrage donne;
Il frappe et chante à l'unisson.
Et du refrain de sa chanson Tout le cellier résonne!
[Les Villageoises.)
GEORGES GOURDON
Sursum Corda !