A ALBERT DELPIT
Les moissonneurs aux bras hâlés Étalent dans l'aire des blés, Les blés tombés sous leur faucille, Les blés mouvants aux lourds épis Qui s'étendent comme un tapis, Par la plaine où le soleil brille.
Allumant dans l'or de leurs flots La pourpre des coquelicots!
Je songe aux beaux garçons partis pour la bataille, La lèvre souriante et défiant la mort.
Et qui dorment, là-bas, aux frontières du Nord, Fauchés par la mitraille!
Traînant le cylindre pesant Qui roule et tourne en écrasant, Et fouettant leur ventre qui fume.
Dans un vol de mouches — les bœufs Vont le front bas, et derrière eux, Comme sous le marteau l'enclume, La terre sonne à temps égaux Aux coups cadencés des fléaux.
Je songe aux beaux garçons partis pour la bataille. Le cœur gonflé d'espoir et défiant la mort. Et qui dorment, là- bas, aux frontières du Nord, Fauchés par la mitraille!
Sous le fléa'i retentissant Le grain jaillit en bondissant Et la glume vole à la ronde!
Que l'on porte moudre au moulin
GEORGES GOUBDON
Le bon blé qui fait le bon pain, Le bon pain qui nourrit le monde; Le blé dont les chaumes luisants Servent de lit aux paysans!
Je songe aux beaux garçons partis pour la bataille, La lèvre souriante et défiant la mort, Et qui dorment, là-bas, aux frontières du Nord, Fauchés par la mitraille !
Sans coiffures et sans sabots, — Et sans soucis, les blonds marmots Se roulent en riant dans l'aire; Et les couvant avec amour, L'heureuse mère songe au jour Où, forts et grands comme leur père, Ils pourront, eux aussi, les gars.
Battre la gerbe à tour de bras ! . . .
Je songe aux beaux garçons partis pour la bataille, La lèvre souriante, et défiant la mort. Et qui dorment, là-bas, aux frontières du Nord, Fauchés par la mitraille!
[Les Villageoises.)
La Chanson du Tonnelier