VICTOR PITTIÉ
Bibliographie. — Les Jeunes Chansons (Alphonse Lemerre, Paris, 1887); — Fantasias^ poèmes algériens (Alphonse Lemerre, Paris, 1900).
En Préparation: Un volume de vers.
M. Victor Pittié a collaboré à de nombreux journaux et revues.
M. Victor Pittié, né le 27 juin 1862 à Calais, est fils du général poète Francis Pittié, auteur du Roman de la vingtième anne'e et de A travers la vie, mort en 1886, secrétaire-général de la Présidence de la République et chef de la maison militaire du Président Grévy. M. Victor Pittié a longtemps servi dans l'administration en qualité de sous-préfet et de secrétaire-général de préfecture. Il occupe actuellement une importante situation industrielle. S'étant de bonne heure adonné à la poésie, il a publié jusqu'ici deux volumes de vers, favorablement accueillis: Les jeunes Chansons ( 1 887) et Fantasias, poèmes algériens (i 900).
L^^^TÙzir
Chanson intérieure
Tout au fond de mon cœur gémit une chanson
Mystérieuse, et douce, et tendre, et dont le son,
Pareil au bruit du vent sous les branches, me semble.
Dans son étrangeté, triste et joyeux ensemble.
Oh ! la belle chanson ! L'air en est incertain.
Et vague, et pleure en moi comme un appel lointain.
Je ne sais qui la fit ; c'est une mélopée
De gaietés et de pleurs sans cesse entrecoupée
Qui berce l'âme et doucement baigne les sens,
Et murmurant les mots dont échappe le sens.
Semble faire, de sa musique cadencée.
Un accompagnement sonore à la pensée.
J'aime cette chanson. Son rythme caressant
Plaît à mon cœur, qui soudain va s'attendrissant
Lorsque j'écoute, ainsi qu'un air de mandoline,
Les modulations de cette voix câline,
Qui me parle, et dont le langage aérien
Comprend tout et dit tout sans pourtant nommer rien,
Écho chargé d'amour, délicieuse haleine
Qui verse en moi tous les parfums de Madeleine.
J'aime cette chanson. C'est elle qui toujours
Très musicalement berce mes pas, mes jours,
Et qui, rythmant ainsi ma vie harmonisée,
De ce monde où je vais me fait un Elysée
Oii calme, et dédaigneux des tumultes, je fais
Se dérouler ma vie en des accords parfaits.
{Les Jeunes Chansons.)
LÉON RIOTOR
Bibliographie. — Poèmes Légendaires: Le Pêcheur d'Anguilles, frontispice de G. de Feure (1893, e'puisé); — Le Sage Empereur, avec une préface sur la liberté poétique (1895, ^'puise') ; — Fidélia, fleurons d'Ed. Rocher (1889, épuisé') ; — Jea7ine de Beauvais, titre de Frédéric Front (1889, épuise'). — Roman: Agnès (1900); — L'Ami Inconnu (1895); — Le Pressentiment, préface de Papus(i895,(?^«z*«f/); — Le Pays de la Fortune, dessins de Léofanti (1891); — La Vocation merveilleuse du célèbre cacique Piédouche (1898); — Les Raisons de Pascalin (1894); — La Fem?ne et l'Argent (1901); — La Mère du Héros (1905) ; — En Auto (1909). — Théâtre: L'Excuse, un acte (avec Félice Cavallotti, 1890); — Noce Bourgeoise, un acte, avec Ernest Raynaud (Théâtre d'Application, 1892). — Essais: Les Enfers Bouddhiques, avec 12 planches hors texte, divers dessins et trois préfaces de Renan, Foucaux et Ledrain (1895); — Le Paràbolain, Le Sceptique Loyal, fleurons de Grasset (1895, épuisé)', — Sur deux Nomarques des Lettres (1894, épuisé); — Des bases classiques allem.andes (1896, épuisé); — Essai sur Puvis de Chavannes, avec un portrait, deux planches en héliogravure et divers dessins (1896, épuisé); — Le Mannequin, préface d'Octave Uzanne, illustrations de Frédéric Front et divers (1900); — Auguste Rodin, statuaire, avec un dessin inédit (1900); — J--B. Carpeaux, statuaire, 24 illustrations (1906) ; — Les Arts et les Lettres, i^ série, préface de Gustave Geffroy, frontispice et lettre autographe de Puvis de Chavannes (1901); — Les Arts et les Lettres, 2^ série, dessin et lettre Auguste Rodin (1903); — Les Arts et les Lettres, 3® série, bois de P. Vibert, lettre de Willette (1908); — L'Art à l'École (1908).
M. Léon Riotor a collaboré à de nombreux quotidiens et périodiques français et étrangers.
M. Léon Riotor, né à Lyon en 1865, débuta dans les lettres vers 1883. Son activité littéraire s'est déployée en divers sens. Dans ses poèmes: Jeanne de Beauvais (1887), Fide'lia (1889), Le Pécheur d'Anguilles (1893), Le Sage Empereur (1895), "^ se montre partisan résolu de toutes les libertés poétiques. Romancier, il est tantôt historien et satiriste avec Les Raisons de Pascalin (1894), Le Célèbre Cacique Pie'douche (1898), tantôt psychologue attendri dans L' Ami Inconnu (1895), Agnès (1900), La Mère du He'ros (1905), ou fantaisiste dans: Le Pays de la Fortune (1891), Le Pressentiment (1895), La Femme et l'Argent (1901). Enfin, critique d'art, on lui doit de nombreuses conférences sur L'Art dans la Rue et la Maison, la fondation avec Puvis de Chavannes, de V Album des Musées (1891), la cofondation du Syndicat de la Presse Artistique, de l'Association syndicale des Critiques et du Cercle des Arts. Administrateur de la Société des Poètes français, membre du Jury du Prix Sully Prudhomme et trésorier de la Société des Gens de Lettres, il est un des fondateurs, avec M. M. Emile Blémont et Charles Couyba, de la Bourse Nationale des Lettres ou Prix de Rome des Poètes. *)
On peut encore citer parmi ses ouvrages : Sur deux Nomarques des Lettres (1894), Les Enfers Bouddhiques, Le Parabolain et le Sceptique Loyal (1895), ^^^ bases classiques allemandes. Essai sur Puvis de Chavannes (1896), Auguste Rodin, statuaire. Le Mannequin (1900), Les Grands Artistes: J.-B. Carpeaux (1906), L'Art à l'École, et une histoire anecdotique et critique de l'art contemporain: Les Art et les Lettres (1901-1903-1908).
„M. Léon Riotor, a écrit M. Gustave GefFroy, a été un fantaisiste spirituel et un raisonneur logicien, inflexible, souvent juste, avec Les raisons de Pascalin et La Vocation merveilleuse du célèbre cacique Pie'douche, et c'est par là, je crois bien, comme avec le poème généreux et noble du Sage Empereur, qu'il a le mieux expliqué son humeur à la fois chagrine et amusée au spectacle du monde social, et son intelligence très droite et très fine, éprise d'équité et de bonheur pour tous . .." (Préface du i^r volume des Arts et des Lettres?)
') Voir : Anthologie des Poètes Français Contemporains, Tome III, Pg. iio.
La Sagesse est lente . . .
(fragment.)
Il se mêle aux amants rustiques,
O Mélippe, Tityre, agrestes pastoureaux,
divins amants des bois, des ruisseaux, des bergères,
sautez et folâtrez sur les mousses légères,
faites vibrer encor vos flûtes de sureaux,
égrenez à l'envi vos chansons les plus claires ;
les rossignols, en tournoi singulier, vous attendent, filant leurs notes, les fillettes ont des quenottes à rendre gris un écolier . . .
„Pour la fête, nous sommes prêtes, chantent les gentes bergerettes, en rond avecque nos houlettes, dansons au pied du peuplier ! . . ."
Et les voilà, mine ravie,
qui tournent, vont, rondent folastrement,
se moquant, las ! d'un malheureux amant
à qui sa Belle fut ravie . . .
— „Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,
chagrin d'amour dure toute la vie ...
Tant que cette eau coulera doucement
je t'aimerai, me répétait Sylvie . . .
l'eau coule encore, elle a changé pourtant ! . . ."
Très chère, loin de nous laissons le monde vain, tresse des fleurs des champs, mon amante joyeuse, aux torrents enchanteurs de ta toison soyeuse, et courons nous mêler en nous tenant la main aux ébats tournoyants de la bande rieuse ; . . .
les gazons verts sont émaillés de fleurs, moins scintillantes, moins voyantes, que les fillettes chatoyantes avec leurs jupons de couleurs.
LÉON RIOTOR : •
„Pour la fête, nous sommes prêtes, chantent les gentes bergerettes, décolletons nos gorgerettes, que le plaisir sèche les pleurs ..."
Et les voilà, mine ravie,
qui tournent, vont, rondent folastrement,
entraînant, las ! un malheureux amant
à qui sa Belle fut ravie . . .
— „Tu m'as quitté pour prendre un autre amant,
que t'ai-je fait, trop ingrate Sylvie ! . . .
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,
chagrin d'amour dure toute la vie . . .
reviens, Sylvie, à mon cœur qui t'attend ! . . ."
(Le Sage Empe?eu}'.)
ADOLPHE VARD
Bibliographie. — Poésie: Heures noires et Nuits blanches (Monnier de BrunhofF, Paris, 1887); — L'Ame volée (Bayeux, Paris, 1891); — Le Rêve de Muguette, L'Ame vole'e^ 3e édition, augmentée d'un avant-propos. (A. -G. Lemale, Le Havre, 1902). — Prose: La Légende des Bois de la Belle- Fille; — Le SerTnent de l' Horloger ; — Tracassin-le- Sorcier^ légende normande (Jules Gentil, Verneuil, 1897); — Fleur de Sureau^ légende (Jules Gentil, Verneuil, 1898).
Adolphe Vard a collaboré à la Neustrienne^ à V Europe Littéraire^ etc.
Adolphe Vard (Félix-Marie-Adolphe), né à Aubevoye (Eure) le 15 août 1832, d'une ancienne famille normande, d'origine anglaise, fut élevé par un vieux prêtre auquel son père l'arracha, dès l'âge de quatorze ans, pour le faire travailler comme aide-maçon.
Compagnon à dix-sept ans, puis, à dix-neuf ans, homme de peine chez un jardinier, il partit en 1852 pour aller présenter au comité de lecture de la Comédie Française une pièce qu'il venait d'achever. L'administrateur, qui se trouvait être alors Arsène Houssaye, se contenta de lui donner des encouragements. De retour à Aubevoye, Vard devint employé de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, „où il remplit pendant trente années consécutives la plus humble des fonctions et la moins rétribuée, celle de graisseur de wagons, travaillant dimanches et fêtes, douze heures par jour, et six mois de nuit, chaque année. ..."
Pendant ses rares instants de loisir, il trouva moyen de tout apprendre. Il Hsait nos grands écrivains, se les assimilait et continuait de s'essayer à la poésie. Enfin, en 1886, il put faire valoir ses droits à la retraite. Il publia alors son premier recueil de vers: Heures noires et Nuits blanches. En 1889,
ADOLPHE VARD
grâce à l'aide de ses amis Le Vavasseur et Paul Harel, il put faire imprimer un poème rustique : Le Rêve de Muguette. En 1891, Les Abeilles Normayidcs publiaient L'Ame vole'e^ poème fantastique, et, depuis, diverses revues insérèrent d'Adolphe Vard des études locales, des légendes, et des nouvelles en prose : La Légende des bois de la Belle-Fille, Le Serment de V Horloger^ Tracassin-le- Sorcier y Fleur de Sîireazi, etc.
„La poésie de M. Adolphe Vard, a dit un critique, parfaite en sa forme, tour à tour anecdotique, batailleuse, acerbe, tendre, philosophique, idyllique ou épique, possède un charme étrange ... Et elle abonde en citations, en allusions à l'antiquité païenne ou sacrée... Cet ouvrier est un érudit."
Vard est mort, tout récemment, le 14 mai 1908, à l'âge de soixante-quinze ans, d'un cancer qui l'a fait cruellement souffrir. Les lignes qu'on va lire et qu'il traça d'une main mourante, montrent la trempe héroïque, et la réelle grandeur, de l'âme de ce simple qui fut un philosophe et un sage.
JS^^.