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AUGUSTE JEHAN

Extrême-Orient

Un soir, — l'été dernier, — je te chantais une ode Vieille comme le temps, — mais si jeune d'amour ! — Quand je revis soudain se dresser la pagode, La pagode bizarre où je dormis un jour.

Et des souvenirs chauds et charmants d'exotisme M'ont pris, comme la houle un bateau démâté, M'entraînant, alangui sous leur fier despotisme Dans l'immense Océan des Regrets révolté.

Je revoyais alors de splendides rivages Où le soleil intense a de brûlants baisers ; Où, sur le sable d'or semé de coquillages. Vient jaser une brise aux souffles embrasés.

Je revoyais aussi l'insecte qui bourdonne. Les étonnantes fleurs aux pénétrants parfums ; Et l'opium qu'un boy triste et pensif vous donne, — Lent poison ranimant les souvenirs défunts; —

Les femmes à la marche étrange et languissante, Mâcheuses de bétel ployant sous leurs paniers ; Et la jeune congaï dont la voix glapissante Appelle le passant sous les frais bananiers.

Dans les miroitements bizarres de mon rêve. Je revoyais la vague agressive des mers ; Le flot qui se balance et chante sur la grève. Mousseux, phosphorescent, plein d'effluves amers.

Et les rhythmes marins me ramenaient sous l'arbre Où j'étendais ma natte, alangui de sommeil. Tout près de la pagode aux murailles de marbre Que venait empourprer quelque rayon vermeil.

Puis, c'était la chanson aigre de la cigale, Dans l'herbe aux lents frissons, sous le vert cocotier, Pendant que le soleil, comme un feu de Bengale, Le soir, incendiait l'horizon tout entier.

Au loin, le gong vibrait, le tam-tam et les conques, Bruits vagues dans l'air chaud, monotone concert, Et sur l'eau du Sonkoï, lentes glissaient les jonques, A travers les bambous, sous le ciel découvert.

Mes sens se remplissant de mille choses vagues Retrouvaient le chemin des horizons amis, Voltigeaient et sautaient des turbulentes vagues Aux nénuphars tremblants sur les lacs endormis.

Pendant que m'emportait la vision étrange Et que se déroulaient des pays entrevus. Ton souffle, brise chaude, exhalait un mélange De parfums d'Orient, pénétrants, imprévus.

Et dans ton grand œil noir où mon désir s'abîme.

Se miraient des soleils et des cieux colorés.

Des constellations qui brillent sur la cime

Et les flancs toujours verts de monts inexplorés . . .

( Voluptés et Parfums.)

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