LA ROMANCE DE CARTIER
L’étonnante vogue de la romance O Canada mon pays, mes amours ! composée en 1835 par Georges-Etienne Cartier, est due pour beaucoup sans doute à l’air, de provenance anonyme, sur lequel on le chante. Cette composition d’un jeune homme de vingt ans indique, en tout cas, un patriotisme sincère, sinon un réel talent poétique. La voici, telle que publiée par M. Huston dans le Répertoire National :
Comme le dit un vieil adage :
Rien n’est si beau que son pays ;
Et de le chanter c’est l’usage :
Le mien je chante à mes amis, (bis)
L’étranger voit avec un œil d’envie Du Saini-Laurent le majestueux cours ;
A son aspect le Canadien s’écrie :
O Canada ! mon pays, mes amours !
Mon pays, mon pays, mes amours ! (bis)
Maints ruisseaux et maintes rivières
Arrosent nos fertiles champs ;
Et de nos montagnes altières
On voit de loin les longs penchants, (bis) Vallons, coteaux, forêts, chutes, rapides,
De tant d’objets est-il plus beau concours ? Qui n’aimerait tes lacs aux eaux limpides O Canada ! mon pays, mes amours !
Mon pays, mon pays, mes amours ! (bis)
Les quatre saisons de l 'année Offrent tour à tour leurs attraits,
Au printemps, l’amante enjouée Revoit ses fleurs, ses verts bosquets, (bis) Le moissonneur, l’été, joyeux, s’apprête A recueillir le fruit de ses labours Et tout l’automne et tout l’hiver on fête.
O Canada ! mon pays, mes amours !
Mon pays, mon pays, mes amours ! (bis)
Le Canadien comme ses pères,
Aime à chanter, à s’égayer ;
Doux, aisé, vif en ses manières,
Poli, galant, hospitalier, (bis)
A son pays il ne fut jamais traître,
A l’esclavage il résista toujours,
Et sa maxime est la paix, le bien-être Du Canada, son pays, ses amours.
Son pays, son pays, ses amours, (bis)
Chaque pays vante ses belles ;
Je crois bien que l’on ne ment pas ;
Mais nos Canadiennes comme elles Ont des grâces et des appas, (bis)
Chez nous la belle est aimable, sincère ;
D’une Française elle a tous les atours,
L’air moins coquet, pourtant assez pour plaire.
O Canada ! mon pays, mes amours !
Mon pays, mon pays, mes amours ! (bis)
O mon pays ! de la nature Vraiment ta fus l’enfant chéri ;
Mais d’Albion la main parjure En ton sein le trouble a nourri, (bis)
Puissent tous tes enfants enfin se joindre,
Et, valeureux, voler à ton secours !
Car le beau jour déjà commence à poindre,
O Canada ! mon pays, mes amours !
Mon pays, mon pays, mes amours ! (bis)
On a le pressentiment des imprudences de 1837 dans le dernier de ces couplets.
Vers l’année 1860, M. Cartier, alors premier ministre du Canada-Uni, remit à M. Ernest Gagnon une « version définitive » de sa romance patriotique. Cette version (avec transcription mélodique et accompagnement de M. Gagnon) fut publiée peu de temps après.
Le vers suivant du quatrième couplet :
“A l’esclavage il résista toujours”,
y est remplacé par celui-ci :
“De liberté jaloux il fut toujours.”
Le sixième et dernier couplet est complètement retranché !
“Soyons amis, Cinna ! ”...
Chacun sait que, sous le régime de la constitution de 1840, Cartier, réconcilié, devint l’ami de la Couronne britannique en même temps que le protecteur dévoué, éclairé et habile de ses nationaux. Il prit une part active aux travaux législatifs concernant l’abolition de la tenure seigneuriale, la décentralisation judiciaire, la codification des lois, la construction des voies de transport, et déploya toutes les ressources de son génie dans l’organisation de la Confédération des provinces anglaises de l’Amérique du Nord. En récompense de ses nombreux et éminents services, il fut créé baronnet par la Reine Victoria en 1868.
Né à Saint-Antoine de la rivière Chambly, le 6 septembre 1814, l’illustre homme d’Etat canadien mourut à Londres, Angleterre, le 20 mai 1873.
N. B. — Un contemporain de Cartier disait qu’on entendait souvent le premier ministre fredonner, dans les corridors du Parlement, sa romance : O Canada, mon pays, mes amours !
M. J. -B. Labelle, de Montréal, écrivit plus tard une mélodie sur ces paroles, et cette dernière version musicale est plus connue que la première.