POST-SCRIPTUM
J’ai oublié de dire que le personnel de l’École normale Laval prit une part active dans le mouvement militaire qui se manifesta par tout le Canada
en 1861, à la suite de l'affaire du Trent. Les élèves de P École se constituèrent régulièrement en « compagnie », selon le vœu et les conseils du Principal, M. l’abbé Langevin, dont l’esprit était ouvert à tous les progrès de bon aloi. Le major Suzor fut nommé instructeur militaire de l’École normale, et l’on me fit l’honneur très immérité de m’élire capitaine, — élection qui fut bientôt suivie d’une nomination régulière par arrêté du gouverneur-général en conseil. La même pièce officielle faisait entrer la compagnie des élèves de l’École normale Laval dans les cadres du neuvième bataillon des carabiniers volontaires appelés «Les Voltigeurs Canadiens», avec le rang de septième compagnie du dit bataillon.
Le pays n’avait plus rien à craindre.
Notre colonel était Charles-Léonidas de Salaberry, fils de Charles-Michel de Salaberry, le héros de Châteauguay. C’était un très bel homme, qui avait réellement le physique de l’emploi.
La compagnie dont j’étais le peu habile capitaine avait un petit arsenal à l’École même, le gouvernement nous ayant fourni des carabines, et aussi des capotes pour les parades d’hiver.
Nous fûmes passés en revue sur les plaines d’ Abraham, comme des réguliers. Nous ne mîmes pas deux balles dans chaque fusil, comme
firent les soldats de Wolfe, attendu que nous n’avions que des cartouches blanches à brûler ; mais les évolutions et le tir furent d’une remarquable précision, et notre colonel complimenta l’instructeur Suzor sur le succès de la journée.
N otre compagnie eut aussi le très grand honneur de faire escorte à Monseigneur Baillargeon à son départ pour Rome, au mois d’avril 1862. Rangés sur le quai conduisant au steamer, mes normaliens, en tenue militaire, présèntèrent les armes au vénéré prélat avec un ensemble admirable. Sabre au clair, ému comme sur un champ de bataille, je commandai ma compagnie d’une voix formidable, et, ce jour-là, je me trouvai, moi aussi, «des accents que je ne me connaissais pas».
Ajoutons, pour en finir avec ces souvenirs militaires, que M. Louis Fréchette composa en l’honneur de notre colonel, Charles-Léonidas de Salaberry, des couplets dont je me chargeai de faire la musique, et qui furent édités, avec une page ornée de branches de lauriers, par Vincent Cazeau, de regrettée mémoire.
Voici un fragment de ce chant, que quelques-uns des anciens élèves de l’École se rappellent peut-être encore :
Allons, Voltigeur, en avant !
Vole à la gloire,
A la victoire !
Allons, Voltigeur, en avant !
Vole à la gloire, bannière au vent !
Va protéger et nos champs et nos villes Sous le drapeau qui possède ta foi !
Tu trouveras de nouveaux Thermopyles :
Léonidas est encore avec toi !