‹ Nouvelles petites études de la natureChapitre 7 sur 7 · OOO NOUVELLES PETITES ETUDES · texte numérisé non relu

OOO NOUVELLES PETITES ETUDES

de M Putnain. Tous les gens du canton se réunirent aussitôt , accompagnés de leurs chiens , armés de fusils , et munis de paille , de feu et de soufre , pour attaquer leur ennemi commun : différentes tentatives furent faites pour le déloger de cet antre sauvage ; mais les chiens revinrent blessés ou intimidés , et , ni la fumée de la paille à laquelle on avait mis le feu, ïiiles vapeurs du soufre enflammé ne purent parvenir à lui faire quitter sa retraite. Fatigué de tous ces essais inutiles, et qui duraient depuis plus de douze heures , M. Putnam proposa à son nègre de descendre dans ce souterrain et de tirer un coup de fusil à la louve ; sur le refus de ce domestique de remplir une mission aussi périlleuse , le général prit la résolution de tuer de ses propres mains ce cruel animal , de peur qu'il ne parvînt à s'échapper par quelque fente ou crevasse iuconnue du rocher.

S 'étant pourvu en conséquence de plu-

sieurs bandes d'écorce de bouleau pour s'éclairer dans cette caverne ténébreuse , il quitta ses habits , et s'étant attaché aux jambes une corde au moyen de laquelle il était possible de le tirer en arrière à un signal convenu, il entra dans cette grotte, la tète la première , tenant à la main une torche allumée. L'ouverture de la caverne , qui donne sur le côté oriental d'une haute chaîne de rochers , est d'environ deux pieds carrés ; elle forme d'abord une descente oblique de quinze pieds , puis s'étend horisontalement à dix de plus, et ensuite s'élève par degrés de seize pieds vers son extrémité. Les côtés de cette grotte consistent en deux fragments de rocs solides et très unis, -qui semblent avoir été séparés l'un de 4'autre par un tremblement de terre ; la voûte et la base de l'antre sont en pierre , de sorte que son entrée , qui dans l'hiver *est couverte de glace, est très glissante, ill n'v a aucun endroit de ce souterrain dans

lequel un homme puisse se tenir debout , ou qui ait plus de trois pieds de largeur. Lorsque M. Putuam se fut traîné jusqu'à la partie horizontale de la caverne , les plus épaisses ténèbres se manifestèrent devant la pâle lumière produite par la flamme de sa torche , et tout , dans ce séjour obscur , était silencieux comme l'antre de la mort : en avançant avec précaution , il parvint à la hauteur dont nous venons de parler, etla monta sur ses mains et sur ses genoux jusqu'à un endroit d'où il aperçut les yeux de la louve , qui était cachée à l'extrémité de l'antre. Réveillée par la lueur de la flamme , elle grinça des dents , poussa un hululement aftreux ; sur quoi le général secoua la corde comme pour avertir de le ramener dehors. Les gens placés à l'ouverture de la grotte , en entendant les hurlemens de la louve , s'imaginèrent que M. Putnam courait un danger imminent , et le tirèrent à eux avec tant de promptitude que sa

chemise se releva sur sa figure , et qu'il eut la peau du ventre cruellement déchirée. Quoicju'il en soit , il persista courageusement dans sa résolution, et,' après s'être rajusté et avoir chargé de lingots son fusil, il descendit une seconde fois dans la grotte. A sa seconde approche , la louve prit une contenance féroce et terrible en hurlant , roulant ses yeux enflammés , faisant craquer ses dents , et baissant sa tète entre ses jambes; mais au moment où elle allait s'élancer sui' le général , il lui déchargea un coup de fusil dans le crâne , et fut aussitôt retiré de la caverne. Après s'être reposé un instant, et avoir donné le temps à la fumée de se dissiper , il descendit de nouveau dans la grotte : appliquant alors sa torche au museau de l'animal, il le trouva sans vie; puis , le saisissant par les deux oreilles , et agitant de nouveau la corde , il le ramena avec lui , au grand étonnement de tous les spectateurs.

Le renard est le plus ûa et le plus rusé de tous les animaux de proie : « Le choix du lieu de son domicile , l'art de faire ce manoir , de le rendre commode , d'en dérober l'entrée , fait observer M. de BufFon , sont autant d'indices d'un sentiment supérieur. Le renard en est doué , et tourne tout à son profit ; il se loge au bord des bois, à portée des liameaux ; il écoute le chant des coqs et le cri des volailles; il les savoure de loin , il prend habilement son temps , cache son dessein eC sa ïnarche, se glisse , se traîne, arrive, et fait rarement des tentatives inutiles. S'il peut franchir les clôtures , ou passer par-dessous , il ne perd pas un instant ; il ravage la basse-cour , il y met tout à mort, se retire ensuite lestement en emportant sa proie , qu'il cache sous la mousse , ou qu'il porte à son terrier; il revient quelques moments après en chercher une autre, qu'il em-

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» porte et cache de même, mais dans un » autre endroit ; ensuite une troisième , » une quatrième , etc. , jusqu'à ce que le )> jour ou le mouvement dans la maison » l'avertisse qu'il faut se retirer et ne plus » revenir. » Il fait la même manœuvre dans les pipées et dans les boqueteaux, où l'on prend les grives et les bécasses au lacet ; il devance le pipeur , va de très grand matin , et souvent plus d'une fois par jour, visiter les lacets , les gluaux, emporte successivement les oiseaux qui se sont empêtrés, les dépose tous en différens endroits , surtout au bord des chemins, dans les ornières", sous de la mousse , sous un genièvre , les y laisse quelquefois deux ou trois jours , et sait parfaitement les retrouver au besoin. Il chasse les jeunes levrauts en plaine, saisit quelquefois les lièvres au gîte, ne les manque jamais lorsqu'ils sont blessés; déterre les lapereaux dans les garennes, découvre les nids de perdrix , de cailles, prend la

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La chasse des loups est im passe-temps favori des grands seigneurs dans beaucoup de pays ; et on a fait observer avec beaucoup de justesse que cette chasse ne fait pas honte à la raison , et qu'elle n'arrache aucunes larmes à l'humanité : c'est un acte vraiment méritoire que celui de purger la terre d'un fléau aussi dévastateur ; et c'est pour y parvenir qu'on a eu recours à la force et à des stratagèmes de toute espèce.

Le Renard.

Le renard a les formes plus déliées que le loup, et il est beaucoup moins gros que cet animal; sa queue est plus longue et plus touffue , mais la direction oblique de ses yeux et la forme de ses oreilles sont semblalbes à celles du loup. Sa tète paraît proportionnellement plus forte. Il a l'humeur folâtre ; mais on ne peut jamais parvenir à l'apprivoiser entièrement; et^ comme tous les animaux à demi-privés , il mord ù la plus légère offense les personnes avec lesquelles il est le plus familier : il languit lorsqu'on le prive de sa liberté ; et si on le tient trop longtemps dans la captivité, il périt d'ennui. 12

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mère sur les œufs, et détruit une quantité prodigieuse de gibier. Le loup nuit plus aux paysans, le renard nuit plus au gentilhomme.

La cliasse dn renard demande moins d'appareil que celle du loup ; elle est plus facile et plus amusante : tous les chiens ont de la répugnance pour chasser les loups ; tous , au contraire , chassent volontiers le renard, et même avec plaisir ; car , quoiqu'il ait l'odeur très-forte, ils le préfèrent souvent au cerf, au chevreuil , et au lièvre : on peut le chasser avec des bassets, des chiens courants, des briquets. Dès qu'il se sent poursuivi, il court à son terrier ; les bassets à jambes torses sont ceux qui s'y glissent le plus aisément.

Cette manière est bonne pour prendre une portée entière de renards , la mère avec les petits. Pendant qu'elle se défend et combat les bassets , on tâche de découvrir le terrier par-dessus, et on la tue ou

on la saisit vivante avec des pinces. 3Iais comme les terriers sont souvent dans des rochers , sous des troncs d'arbres , et quelquefois très enfoncées sous terre, on ne réussit pas toujours,

La façon la plus ordinaire , la plus agréable et la plus sûre de chasser le renard , est de commencer par boucher les terriers : on place les tireurs à portée, on quête alors avec les briquets ; dès qu'ils sont tombés sur la voie , le renard gagne son gîte ; mais en arrivant il essuie ime premièredécharge; s'iléchappe à la balle, il fuit de toute sa vitesse, fait un grand tour , et revient encore à son terrier , où on le tire une seconde fois ; et , trouvant l'entrée fermée, il prend le parti de se sauver au loin , en perçant droit en avant pour ne plus revenir. C'est alors qu'on se sert des chiens courants lorsqu'on veut le poursuivre : il ne laissera pas de les fatiguer beaucoup, parce qu'il passe à dessein d^ns les enàroiis les plus fourré^ , où les

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cliieiis ont grand'peine à le suivre, et que quand il prend la plaine , il va très loin sans s'arrêter.

Pour détruire les renards, il est encore plus commode de tendre des pièges , où l'on met pour appât de la chair, un pigeon , une volaille vivante, etc. On fit un jour suspendre à neuf pieds de hauteur, sur un arbre, les débris d'mie halte de chasse, de la viande, du pain, des os ; dès la prejnière nuit les renards s'étaient si fort exercés à Sauter , que le terrain autour de l'arbre était battu comme une aire de grange. Le renard est aussi vorace que carnassier ; il mange de tout avec une égale avidité, des œufs, du lait du fromage, des fruits, et surtout des raisins : lorsque les levrauts et les perdrix lui manquent il se rabat sui' les rats, les mulots , les serpents , les lézards, les crapauds, etc., et il en détruit un grand nombre : c'est là le seul bien qu'il procure. Il est très avide de miel ; il attaque les abeilles sauvages , les guêpes , les fre-

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lous , qui d'abord tâchent de le mettre en fuite en le perçant de mille coups d'aiguillon : il se retire en effet , mais c'est en se couchant pour les écraser ; et il revient si souvent à la charge qu'il les oblige à abandonner le guêpier; alors il le déterre, en mange le miel et la cire. Il prend aussi les hérissons, les roule avec ses pieds, et les force à s'étendi'e. Enfin , il mange du poisson , des écrevisses , des hannetons , des sauterelles , etc.

Le renard montre beaucoup de pénétration dans les moyens qu'il emploie pour tirer les lapereaux de leur terrier ; il n'entre pas par leur ouverture, car dans ce cas il lui faudrait faire une fouille de plusieurs pieds sous terre , mais il suit à la superficie du sol les émanations de leurs corps jusqu'à ce qu'il parvienne à l'endroit où ils sont cachés ; et grattant ensuite la terre, il descend facilement audessus d'eux.

Pontoppidam assure que , quand le re~

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nard aperçoit une loutre qui se jette à l'eau pour pêcher , il se cache derrière une pierre , et que , lorsque la loutre revient sur le rivage avec saproie, il s'élance sur elle d'un bond si vigoureux, que l'animal effrayé s'enfuit en abandonnant sa conquête.

<c Un renard , ajoute cet auteur , avait » mis par rangées plusieurs tètes de pois- » son à quelque distance d'une cabane » de pêcheur : on ne pouvait pas juger » d'avance son but, lorsque peu de » temps après un corbeau qui vint fon- » dre sur ces têtes de poissons fut la p roie » de cet animal. »

On a vu , il y a cjuelques années , à Chelmsford, dans le comté d'Essex, un exemple singulier de l'affection de ce quadrupède pour sa progéniture; une femelle de renard , qui n'avait qu'un petit , fut débusquée d'un bois et vivement poursuivie par la meule d'un particulier. La pauvre bête , après s'être exposée à

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toutes sortes de dangers pour soustraire son nourrisson à la fureur des chiens, le prit dans sa gueule , et se déroba , en fuyant à la poursuite des veneurs, pendant plusieurs milles ; enfin , traversant la cour d'une ferme , elle fut attaquée par un gros mâtin , et obligée de laisser tomber son petit , qui fut ramassé par le fermier. Cette pauvre bête parvint à s'échapper et à regagner son gîte.

Le révérend père Daniel parle d'une femelle de renard qui fut chassée près de Saint-Yves, pendant trois quarts d'heure, tenant dans sa gTieule un petit qu'elle fut enfin obhgée d'abandonner à ses ennemis.

La femelle du renard produit une fois par an , et a deux ou trois petits par portée ; si elle s'aperçoit que l'endroit de sa retraite est découvert, elle transporte aussitôt ses nourrissons dans un asile plus siir. Les petits des renards naissent aveugle.; comme ceux des chiens , et ont le poil

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d'un brun foncé. Ils croissent jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de dix-huit mois, et vivent treize à quatorze ans ; dans l'hiver ces animaux aboient presque sans interruption , mais en été , quand leur poil mue , ils gardent constamment le silence.

Le Castor.

La longueur de cet animal porte environ trois pieds. Sa queue est d'une configuration ovale , longue de onze pouces , et horizontalement comprimée dans sa partie inférieure; mais elle prend ime forme convexe à la smface supérieure ; elle est dépourvue de poils , si ce n'est à sa base, et couverte d'écaillés comme celle d'un poisson ; elle sert à ce quadrupède de gouvernail pour le diriger dans l'eau , et devient pour lui un instrument fort utile dans d'autres opérations. Son poil est doux , lisse , luisant , châtain , et quelquefois noir. On a ^ii des castors qui étaient tout-à-fait blancs , d'autres d'un

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blanc de lait ; il en est de mouchetés. Le castor a les oreilles courtes et presque cachées dans sa fourrure; ses pieds de devant sont petits et à peu-près semblables à ceux d'un rat ; ceux de derrière sont larges , et tous les doigts en sont réunis par une membrane. Il a les dents incisives très fortes et très-propres à couper le bois : aussi ce quadrupède ne fait-il sa nourriture que d'écorces et de feuilles d'arbres.

Aucun animal ne paraît posséder autant de sagacité naturelle que ces quadrupèdes. L'industrie est leur caractère distinctif , et les travaux des castors semblent être le résultat d'une espèce de contrat social formé entre eux pour leur conservation et leur soutien mutuels. Ils vivent ordinairement en connnuuauté de deux à trois cents individus ; occupant des habitations qu'Us élèvent à la hauteur de six ou huit pieds au-dessus de l'eau- Ils choissent , si cela leur est possible , un

grand étang , dans lequel ils construisent leurs maisonnettes sur pilotis , ayant soin de leur donner une forme ovale ou circulaire. Ces maisonnettes se terminent par une voûte , qui donne extérieurement à l'édifice la forme d'un dôme , et intérieurement celle d'un fort. Le nombre de ces constructions varie de dix à trente.

Si ces animaux ne peuvent pas parvenir à trouver un étang qui convienne à leurs vues , ils font choix d'un terrain uni, traversé par un courant d'eau , et les opérations auxquelles ils se livrent pour rendre cette localité propre à leurs habitations , prouvent une sagacité, une intelligence et une mémoire qui approchent des facultés humaines.

Lorsque les castors se sont divisés par tribus ou par compagnies , leur premier soin est de construire une digue , et ils l'établissent toujours dans l'endi'oit le plus favorable à leurs desseins , en abattant des arbres d'une grosseur considéra-

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ble, en enfonçant dans la terre des pieux de cinq ou six pieds de hauteur , en les alignant sur plusieurs rangées , et en les entrelaçant de petites branches d'arbres. Ils remplissent aussi les intervalles de ce pilotis de pierres , de sable et de glaise , qu'ils maçonnent avec tant de solidité , que , quoique cette chaussée ait souvent cent pieds de long , un homme peut se promener dessus en toute sûreté. Cette chaussée , de dix à douze pieds de large à sa base se réduit considérablement au sommet , qui a rarement plus de deux à trois pieds de diamètre.

Le pilotis , composé , comme nous Tarons dit , de plusieurs rangs de pieux , est exactement de niveau d'un bout à l'autre , perpendiculaire du côté de l'eau, et en talus du côté qui soutient la charge, de sorte que l'herbe y croît bientôt , et rend l'omTage plus compacte et plus solide.

Après avoir terminé cette jetée , les castors s'occupent à construire leurs cabanes.

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Ces maisonnettes sont bâties en terre, en pierres et en bois ; arrangées avec beaucoup de solidité , et revêtues d'un enduit à l'extérieur.

Les mui's ont environ deux pieds d epaisseur,etle plancher est tellement élevé au-dessus de la surface de Teau, qu'il ne court jamais le danger d'être submergé.

Quelques unes de ces cabanes n'ont qu'un étage, d'autres en ont trois, et Dupratz nous informe qu'il a trouvé dans une de celles qu'il a examinées , quinze cellules différentes les unes des autres. Le nombre des castors qui habitent ces maisonnettes varie de dix à trente. On prétend que chaque individu forme son Ht de mousse, de feuilles et d'autres substances légères, et que chaque famille met en réserve des provisions d'hiver, qui consistent principalement en écorces et en branches d'arbres fort tendres , coupées dans une certaine longueur, et entassées avec beau*^ coup d'ordre et de propreté.

Chacune de ces cabanes a deux issues, l'une du côté de la terre , et par laquelle ils sortent pour aller chercher leurs provisions ; l'autre , sous l'eau , et toujours V plus basse que l'épaisseur ordinaire des glaces , ce qui les met à l'abri des effets de la gelée. Lorsqu'ils ont séjourné trois ou quatre ans clans le même endroit , il leur arrive très fréquemment d'élever un nouveau iDatiment si voisin du premier , qu'ils établissent une communication de l'un à l'autre, et cet arrangement a probablement donné heu à l'idée qu'ils avaient plusieurs appartements. Dès que leurs maisonnettes sont complètement terminées , ils établissent de nouveaux ouvrages, et ne les interrompent même pas lorsque l'étang est entièrement pris. Ils continuent leurs travaux à travers un trou pratiqué dans la glace , et qu'ils entretiennent ouvert à cet effet. Souvent dans l'été ils abandonnent leurs cabanes , courent de places en places , et passent les nuits

à l'abri des buissons ou sur le bord de l'eau . Dans ces circonstances , ils ont des sentinelles qui , par un certain cri d'alarme , les avertissent de l'approche du danger. Dans l'hiver, ils ne sortent jamais , si ce n'est pour aller à leurs magasins établis sous l'eau , et ils deviennent excessivement gras pendant cette saison.

Ours Commun.

C'est un animal sauvage et solitaire qui habite les excavations les plus inaccessibles des uiontagues, ou fixe son séjour dans les endroits les plus retirés et les plus impénétrables des forêts. Il a les oreilles courtes, arrondies; les yeux petits, et pourvus d'une membrane clignotantes ; son museau est saillant , et il a l'organe de l'odorat extrêmement fin. Dans tous les animaux de cette espèce , les jambes et les cuisses sont fortes et musculeuses , les pieds singulièrement longs, et les griffes si aiguës , cju'ils peuvent grimper sur les arbres avec assez de facilité. La

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voix de l'ours consiste en un grondement sourd et un gros muraiiu-e qu'il fait souvent entendre sans la moindre provocation.

Les ours sont si commun dans le Kamtscliatka qu'on les voit souvent errer dans les plaines en nombreuses compagnies, et ils auraient depuis long-temps dépeuplé le pays , si dans ces contrées ils n'étaient pas d'un naturel plus traitable et plus doux qu'ils ne le sont en général dans les autres parties du globe. L'hiver, ils habitent principalement les montagnes ; mais, au prmtemps, ils descendent en foule dans les plaines , et se rendent vers les embouchures des rivières pour prendre des poissons , qui abondent dans toutes les eaux de cette péninsule : s'ils en trouvent en grande quantité , ils n'en mangent que la tète ; et toutes les fois que le hasard leur fait rencontrer un filet ou une nasse de pêcheur, ils la retirent de l'eau avec beaucoup d'adresse en s'em=^ parant de ce qu'elle contient.

Lorsqu'un Kamtscliadale aperçoit un fie ces animaux , il cherche à gagner de loin ses bonnes grâces , en accompagnant ses gestes de paroles engageantes : les ours sont , à la vérité , si familiers dans ce pays , que les femmes , et même les jeunes filles , vont chercher des herbes , des racines , et de la tourbe pour leur feu , au miUeu d'un troupeau d'ours qui ne leur font aucun mal ; et si quelqu'un de ces animaux s'approche d'elles , c'est seulement pour manger quelque chose dans leurs mains. Jamais on ne les a vus attaquer un homme, à moins que ce ne fût lorsqu'ils avaient été réveillés en sursaut; et il arrive rarement qu'ils se jettent sur le chasseur, soit qu'ils soient blessés , ou qu'ils ne le soient pas.

Cette douceur dans le naturel de l'ours du Kamtschatka ne le met cependant pas à l'abri de la persécution; armé d'une massue ou d'une lance , le Kamtscliadale va à la quête de cet animal paisible , et le

cherche jusque dans le cahne de sa retraite ; l'ours , qui dans son intérieur ne médite aucun projet d'attaque , et qui ne songe qu'à sa défense , prend gravement les fagots que son ennemi lui présente , et s'en sert poui' boucher l'entrée de sa caverne : cette ouverture une fois bien close, le chasseur en perce le faîte, et enfonce sans danger, par le trou qu'il a fait, sa lance au travers du corps de l'animal. Quelquefois les Kamtschadales étendent sur le passage fréquenté pai' un ours une planche hérissée de clous , et placent auprès de cette planche quelque chose de lourd que l'animal fait tomber en passant. Alarmé par le bruit de cette chute , il court sur la planche avec plus de précipitation qu'il ne l'amait fait sans cela ; et , sentant une de ses pâtes fixée par les clous , il cherche à la dégager en appuyant fortement avec l'autre ; mais , ses blessures et sa douleur ne faisant que s'accroître , il se lève sur ses mains de

derrière , et ramène ainsi devant ses yeux la planche clouée à ses mains de devant. Cet aspect le désole tellement qu'il se jette à terre , pousse des hurlements affreux , et meurt dans les souffrances les plus vives.

Dans quelques cantons de la Sibérie , les chasseurs élèvent un échaffaud composé de plusieurs madriers posés les uns sur les autres , qui tombent ensemble, et écrasent l'ours quand il pose le pied sur une trape établie sous cet amas de charpentes. Une autre méthode de prendre les ours est de creuser des fosses au milieu desquelles est enfoncé un pieu hsse et pointu par son extrémité supérieure , qui s'élève à environ un pied de terre. Ce fossé est soigneusement couvert de gazon , et l'on dispose , au milieu du sentier que l'ours a coutume de suivre, une petite corde à laquelle est fixée une figure élastique en bois ; aussitôt que l'animal touche cette corde , la figure de bois se

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dresse , et paraît debout ; louis , qui en a peur, cherche à se sauver en prenant la fuite ; mais il tombe avec violence dans la fosse , et est éventré par le pieu fixé en terre. S'il échappe à ce piège , des tiges de fer pointues , semblables à celles qui incommodent la cavalerie d'une armée ennemie, et placées à une petite distance de la fosse , attendent Tanimal qui se trouve effrayé de nouveau par une autre figure de bois placée au milieu de ces espèces de chevaux de frise. Plus le malheureux ours s'efforce de s'arracher de ces lieux , et plus il s'y fixe lui-même ; et le chassem-, cjui se tient en embuscade , l'a bientôt mis à mort.

Les Koriaques prennent ces animaux par le procédé suivant : ils cherchent quelque arbre tortu qui a pris en croissant une forme arquée , et attachent à son extrémité courbée un nœud coulant et un appât : l'ours affamé convoite cet objet , et grimpe avec précipilalioa sur Farine

mais , dès qu'il agite ses branches , le nœud coulant se serre , et la suffocation qu'éprouve Tanimal le fait tomber de l'arbre auquel il reste suspendu.

Dans les parties montueuses de la Siliérie , les gens qui font la chasse à l'ours attachent un billot très pesant à une corde, dont l'autre extrémité se termine par un nœud coulant. Cet appareil est auprès d'un précipice , sur le chemin que l'ours a coutume de fréquenter. Ce quadrupède, qui , après avoir fourré son cou dms le nœud coulant , se trouve embarrassé par l'obstacle , s'en saisit avec fureur, et jette dans le précipice le billot, qui Tentraîne avec lui au fond de ce gouffre, où il meurt de sa chute. Si la chose ne se passe pas ainsi, il traîne le billot au haut de la montagne, et répète ses efforts jusqu'à ce que, sa rage étant portée à l'extrême , il succombe de fatigue , ou met un terme à ses maux en se précipitant dans l'abîme.

L'ours est friand de miel , et se pen-

chant a donné aux Russe l'idée d'un moyen de prendre cet animal : ils suspendent à une longue courroie un billot le long du tronc de l'arbre où des mouches à miel ont déposé leur ruche. Quand l'ours grimpe sur cet arbre pour parvenir au rayon de miel , se trouvant gêné par ce billot , il le pousse de côté et cherche aussitôt à gravir ; mais le billot , en revenant sur lui , le frappe si fort , que , dans un mouvement de colère, l'animal le jette loin de lui avec force , ce qui le fait encore retomber avec plus de violence, et il continue quelquefois cette manœuvre j usqu'à ce qu'il devienne victime de sa propre simplicité.

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L'Eléphant.

L'elepkant est le plus gros de tous les quadrupèdes, et, sous une infinité de rapports, il mérite toute notre attention.

Quand il est parvenu à sa croissance , il a environ dix à douze pieds de hauteur , depuis les pieds jusqu'à la parde la plus élevée du dos, qui lui-même est large de six ou sept pieds, et un peu protubérant. L'éléphant a le corps ramassé, une grosse tête , le coup très court , une trompe qui descend jusqu'à terre , une petite gueule étroite , avec deux défenses qui tiennent à la mâchoire supérieure, des deux oètés de la trompe , sans compter huit grosses dents mdchelières ; de petits yeux per-

çants et spirituels , et de grandes oreilles pendantes. Ses jambes sont rondes et massives , et lui servent pour oinsi dire de piliers pour soutenir un poids aussi énorme ; ses pieds sont courts , ceux de devant sont plus larges et plus ronds que ceux de derrière ; il a la peau très dure , principalement sur la poitrine; sa couleur est d'un brun foncé , tirant sur le noir. « La trompe de l'éléphant , dit ?l. de BufFon , <i est composée de membranes , «t de nerfs et de muscles ; c'est en même « temps un membre , capable de mou- « vement , et un organe de sentiment ; « l'animal peut non seulement la remuer, « la flécliir, mais il peut aussi la raccour- <t cir, Talonger, la courber, et la tourner « en tous sens. L'extrémité de la trompe «< est terminée pai" un rebord qui s'alonge « par dessus en forme de doigt. C'est par «* le moyen de ce rebord que l'éléphant « fait tout ce que nous faisons; il ramasse << à terre les plus petites pièces de mon-

tt iiaie; il cueille les herbes et les fleurs en « les choississant une à une ; il dénoue « un cordon, et ferme les portes en tour- « nant les clefs et en poussant les ver- «< roux. »

C'est une merveille que la facilité avec laquelle l'éléphant fait mouvoir cette trompe , qui a six ou sept pieds de long , et est d'un volume considérable à son origine , quoiqu'elle aille en diminuant jusqu'à son extrémité. Le peu d'étendue du coude ce quadrupède est compensé par la longueur de sa trompe , dont la structure est admirable, et qu'il applique avec tant d'agilité à ses besoins , que le docteur Derham le regarde comme une preuve manifeste de la sagesse divine.

Les dents mâchelières de l'éléphant sont d'une telle grosseur, tant à la mâchoire inférieure qu'à la mâchoire supérieure , qu'elles contribuent à rendre sa gueule étroite ; mais il lui serait inutile de l'avoir plus large , parce que la force

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de ses dents est telle qu'il broie du premier coup les aliments , et que par conséquent il n'a pas besoin de les porter de-çà et de-là dans sa gueule pour leur faire subir une plus longue mastication , comme cela arrive à la classe des autres brutes. Sa langue est, parla même raison, petite , courte et ronde , et non plate et mince , comme celle des animaux en général ; la surface en est unie.

Les défenses de ce quadrupède, qui produisent l'ivoire , varient par la grosseur et l'étendue ; les plus longues qu'on ait importées en Angleterre sont de sept à huit pieds , et pèsent de cent à cent cinquante livres. On n'en voit que très rarement aux femelles : lorsqu'elles en ont, ces défenses sont très petites , et leur direction est tournée vers la ten-e.

«» Dans l'homme et les animaux , pour nous servir des expressions de 31. de Buffon, car rien ne peut remplacer le style de ce grand naturahste , « l'épiderme est

« partout adhérent à la peau ; dans l'élé- (« pliant, il est seulement attaché par n quelques points , comme le sont deux « étoffes piquées l'une sur l'autre. Cet <i épidémie est naturellement sec, et fort «c sujet à s'épaissir ; partout ou cette peau «« n'est pas calleuse , dans les gerçures , <( et dans les autres endroits où elle ne «< s'est ni desséchée ni durcie, la piqûre « des mouches se fait si bien sentir à l'éu léphant, qu'il emploie, non seulement « ses mouvements , mais même les res- « sources de son intelligence peur s'en « délivrer ; il se sert de sa queue , de ses « oreilles , de sa trompe , pour les frap- « per ; il fronce sa peau partout où elle •<■ peut se contracter, et les écrase entre « ses rides ; il prend des branches d'ar- « bres , des rameaux , des poignées de « longue paille pour les chasser ; et lors- « que tout cela lui manque , il ramasse <c de la poussière avec sa trempe, en cou- '( vre tous les endroits sensibles. On Ta

M VU se poudrer ainsi plusieurs fois par « jour, et se poudrer à propos , c'est-à- «« dire , en sortant du bain . »

La principale nourriture de l'éléphant est riierbe; et quand il n'en peut pas trouver, il déterre des racines avec ses défenses : il a un odorat très tin , au moyen duquel il parvient facilement à découvrir sa nourriture , et à éviter toute espèce de plantes nuisibles. Lorsqu'il est apprivoisé, il mange du foin, de l'avoine et de l'orge , et boit une quantité d'eau considérable, qu'il aspire avec sa trompe, et qu'il porte ensuite à sa gueule. Il paraît qu'on était dans l'usage de donner aux éléphants des liqueurs spiritueuses , pour les enivrer et les rendre furieux , lorsqu'on s'en servait dans les combats.

On prétend que l'éléphant fournit une très longue carrière , et qu'il vit depuis cent , cent vingt , jusqu'à trois cents ans. Tavernier, qui a voyagé dans l'Inde , dit c'u'il n'a jamais pu s'assurer de la durée

positive de la vie de l'éléphant, mais qu'un cornac lui a déclaré en connaître un qui avait été sous la garde du père du grand-père de son grand-père , ce qu'il calcula devoir s'élever à cent vingt ou cent trente ans. Il est généralement reconnu que cet animal parvient à un âge très avancé , quoiqu'il soit sujet à beaucoup de maladies.

Les éléphants prennent le plus grand soin de leurs petits , et préfèrent mourir à leur voir perdre la vie. D'après M. de Buffon , « ils marchent ordinairement de «< compagnie; le plus âgé conduit la trou- « pe ; le second d'âge les fait aller , et «» marclie le dernier; les jeunes et les «< femelles sont au milieu des autres ; les « mères portent leurs petits et les tien- « nent embrassés de leurs trompes. »

Lorsque les éléphants rencontrent quelque individu de leur espèce mort dans les bois, ils couvrent son cadavre de branches d'arbres, d'herbages, et de tout ce qu'ils

peuvent trouver; et si l'un d'euxest blessé, les autres en prennent soin ; ils lui apportent de la nourriture, et se réunissent tous pour le sauver de la poursuite des chasseurs.

« L'éléphant une fois dompté , continue M. de BufFon , « devient le plus doux « et le plus patient de tous les animaux ; « il s'attache à celui qui le soigne, il le ca- « resse , le prévient , et semble deviner « tout ce qui peut lui plaire ; en peu de " temps il vient à bout de comprendre les « signes et même d'attendi e l'expression <« des sons ; il distingue le ton impératif , «■ celui de la colère ou de la satisfaction , « et il agit en conséquence; ilne se trompe « pas à la parole de son maître; il reçoit « ses ordres avec attention les exécutent « avec prudence et empressement , sans « précipitation, car ses mouvements sont «< toujours mesurés, et son caractère pa- « raît tenir de la gi-avité de sa masse ; on « lui apprend aisémentà fléchirle genou,

pour donner plus de facilité à ceux qui veulent le monter ; il caresse ses amis avec sa trompe, et salue les gens qu'on lui fait remarquer ; il s'en sert pour enlever des fardeaux , aide lui-même à les charger ; il se laisse vêtir, et semble prendre plaisir à se voir couvert de harnais dorés et de housses brillantes.

On l'attache par des traits à des chariots , des navires , des cabestans ; il tire également , continuement, et sans se rebuter, pourvu que l'on ne l'insulte pas par des coups donnés mal à propos, et qu'on ait l'air de lui savoir gré de la bonne volonté avec laquelle il emploie ses forces. Son cornac, ou celui qui le conduit ordinairement , est monté sur son cou , et se sert d'une verge de fer, dont l'extrémité fait le crochet, et qui est armée d'un poinçon avec lequel on le pique sur la tète et à côté des oreilles pour l'avertir de détourner, ouïe pres- « ser : mais souvent la parole suffit, sur-

DE LA NATURE. 23g

« tout s'il a eu le temps de faire connais- « sance complète avec son conducteur, et « deprendreenluiuneentièreconfiance. »

Un de ces animaux, dans Tétat de domesticité , rend autant de ser^^ce à son maître que six cbevaux ; mais il exige beaucoup de soins , et une quantité considérable de bonne nourriture.

« Pour donnerune idée de ses services, « fait observer M. de Buffon , il suffira « de dire que tous les tonneaux , sacs , « paquets , qui se transportent d'un lieu « à im autre dans l'Inde , sont voitures « par des éléphants; qu'ils peuvent « porter des fardeaux sur leur corps , <t sur leur cou, sur leurs défenses , et « même avec leui' gueule , en leur pré- « sentant le bout d'une corde, qu'ils « serrent avec leurs dents; que, joignant « l'intelligence à la force , ils ne cassent « ni n'endommagent rien de ce qu'on « leur confie ; qu'ils font tourner et pas- « ser ces paquets du bord des eaux dans

!24o NOUVELLES PETITES ETUDES

«< un bateau , sans les laisser mouiller , « les posent doucement , et les rangent <( où l'on veut les placer; que, quand ils «< les ont déposés dans l'endroit qu'on « leur montre , ils essaient avec leur « trompe s'ils sont bien situés , et que , «< quand c'est un tonneau qui roule , ils « vont d'eux-mêmes clierclier des pierres « pour le caler et l'établir solidement. » « Un éléphant , dit-il aillems , venait «( de se venger d'un cornac en le tuant ; «< sa femme, témoin de ce spectacle, prit « ses deux enfants et les jeta aux pieds « de l'animal, en lui disant ; Puisque tu as « tué mon mari , ôte-moi la vie , ainsi «c qu'à mes deux enfants . L'éléphant s'ai- « rêta tout court , s'adoucit ; et comme « s'il eût été touché de regret , prit avec u sa trompe le plus grand de ces deux «i enfants , le mit sur son dos , l'adopta « pour son cornac , et n'en voulut pas <' souffrir d'autre. »

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