‹ Nouvelles pièces à direChapitre 2 sur 50 · LE CHANT SACRÉ · texte numérisé non relu

LE CHANT SACRÉ

r-VEHNON, DE LA COMEDIE -FRANC,!

C'est une belle nuit d'avril quatre-vingt-douze.

A Strasbourg, au moment où l'Europe jalouse Formait insolemment uu criminel faisceau Pour étouiTer nos droits encore à leur berceau. Dans une chambre simple, aux clartés d'une lampe, Un homme, le front pâle et la fièvre à la tempe, Laisse parler tout haut la vois qui gronde en lui : — Leurs sinistres complots sont connus aujourd'hui ; Devant la UberiÉ debout à la frontière

2 LE CriANT SACRE

Les rois coalisÉa jettent l'Europe entière ;

Ils amassent l'orage au fond de l'horizon ,

C'est bien, nous sommes prèls ; mais Dièlrich a raison.

Il faul un chant, un hymne aux strophes enflammées,

Un chant qui fasse naître et surgir des armées,

Un hymne dont le vol à travers l'air qui bout

Fasse rugir un peuple et le mette debout.

Mais où trouver ce cri de colêi'e excitée,

Ce souffle effervescent, cette trombe notée ?

Quelle lyre de bronze ou quels rythmes puissants

Vont dans les vents du ciel jeter de tels accents ?

Eh bien ! je tenterai cette ceuvre de génie !

Je trouverai ce chant de feu!.. La tyrannie

Voudrait nous imposer le plus dur des affronts,

Son étendard.3anglanl est levé sur nos fronts,

Ses féroces soldats voudraient dans nos campagnes

Égorger sans pitié nos fila et nos compagnes.

Aux armes ! Vers !e ciel jetons ce cri puissant.

Marchons ! que nos sillons s'abreuvent de leur sang I

Quoi ! ces rois détestés, cette horde sauvage,

Nous ramèneraient-ils à l'antique esclavage ?

Cea mercenaires vils, contre nous conjurés.

LE cha>;t sacré 3

Viendraienl-ils s'imposer dans nos foyers sacrés?

Qaoi! nos fronts se ploieraienlsous ces mains enchainoes?

Des despotes Yiendraieiit régirnos desliuées?

Non, non ! tout est soldai pour vous combattre, el si

Nos héros, dans la lutte ardente et sans merci,

Tombaient, soudain, du sol enlr'ouvert sur leur trace,

De nouveaux combaltanis surgiraient à leur place,

Et seraient prêts, comme eux, à domicr tout leur sang

Pour repousser dans l'ombre un joug avilissant.

Aux armes ! Excités par notre ardeur guerrière,

Les jeunes entreront aussi dans la carrière.

Et si nous succombons, ils auront Ions l'orgueil

De nous venger, ou bien de nous suivre au cercueil.

Inspire-nous, amour sacré de la patrie I

liberté féconde ! 6 liberté chérie !

Devant ceux qui demain seraient nos oppresseurs,

Viens du ciel et combats avec les défenseurs,

Viens, el que nos drapeaux, conduits par la victoire.

Emportent dans leurs plis les rayons de la gloire ! —

l le cœur frissonnant, et le front ii

Il donne à son génie ua vol démesuré ; Les électriques vers, les slroplies palpitantes, Entr'ouvrent en plein cielleurs ailes éclatantes, L'iiymne de feu surgit dans toute sa splendeur ; Mais, pour en compléter l'idéale grandeur, Il faut un chant, il faut, sous les stances vibrantes, Un motif tout rempli de notes fulgurantes Qui, jointes au grand cri de la France en danger. Ainsi qu'un ouragan courent sur l'étranger.

Alors, toujours poussé par le même délire, Il prend son violon dont il fait une lyre.

Et le motif superbe, énergique, entraînant.

S'élève dans l'éclat d'un rythme rayonnant.

Sois miUe fois bénie, ô nuit I o nuit sacrée 1 C'est toi qui via surgir, dans ton ombre inspirée. L'impromptu colossal, le chef-d'œuvre porté Par la main de l'histoire à la postérité.

C'est loi qui vis surgir pour la gloire française Le grand Rouget de L'Isle avec la marseillaise !

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