LE CONNÉTABLE DE EOUREON
Et que les échevins, en complet comité.
Lui porleraient les clés de leur vieille cité.
Le consul, Mathieu Lauze, avec un fier courage,
Le front haut, la voix brève, a relevé l'oulrage :
— Monsieur l'ambassadeur, c'est trop de sans-façon :
Non, Marseille jamais ne paiera de rançon.
Non, Marseille jamais ne voudra reconnallre
Comme roi, ce vendu, ce renégat, ce traître,
Dont la voix insolente ose nous engager
A porter, comme lui, le joug de l'étranger.
Voilà notre réponse. —
Et quand elle est connue.
Une immense clameur retentit dans la nue.
Et chacun, sans pâlir regardant le danger, Jetrte ce cri ; — Plutôt la mort que l'étranger I L'orgueilleux connétable a mesuré l'injure ; Dans un élan de haine implacable il se jure De briser tant d'audaceet de rébellion :
Il va faire sentir sa griffe de lion.
LK i;ON,VKTABLE DE BOURBON
Et Marseille, debout dans sa fière carrure, Verra combien de chair vient dans la déchirure. Avec une iiprelé que rien ne raientit, Il prépare désiora le siège ; il investit La ligne des remparts jusqu'à la Jolielle ; Il voit tout, il suit tout, son ardeur inquiète Fait prévoir quelle lutte et quels rudes assauts Il faudra soutenir sur les bords pro>
Mais s'il veut châtier une sanglante offense. Les aasiégés aussi veillent à la défense ; De nouveaux bastions, surgis de toutes parts, Se dressant vers le ciel, allongent les remparts ; Tout le monde est soldat, chacun comprend son rôle ; On n'entend plus au loin flotter la barcarolle Qu'en jetant ses filets le pécheur dit le soir ; Les poètes rêveurs ne viennent plus s'asseoir Dans l'ombre et contempler le prestige qui passe Dans le ruissellement lumineux de l'espace.
Repousser l'ennemi I c'est le cri, c'est le but.
146 LE CONÏJÉTABLE ÛE BOURBON
Les femmes, comme tous, apportent leur tribut ;
Gea yeux noirs, dont Téclat va jusqu'au fond de l'ûme
Deviennent des foyers où la liaine s'enflamme;
Sur la place publique, en groupes sur les toits,
Elles jettent dans l'air leur sonore patois,
Et ciiaqiie mot qui vibre et chaque appel qui gronde
Exprime éloquemment cette haine profonde.
Un matin, on entend retentir le canon.
Le duc, pour se montrer digne de son renom, Commande en chef. Le feu s'ouvre à toutes volées Au même instant les forts el les tours crénelées S'allument, et dans l'air, épaissi brusquement. Eclate un formidable et rauque grondement ; Un ouragan de fer, des trombes de mitrailles. Ebranlent les créneaux, crevassent les murailles, Et bientôt, sous l'éclat des boulets convergents, tne brèche est ouverte aus pas des assiégeants : — A l'assaut I tonne alors la voix du connétable ; Et l'on voit s'élancer la troupe redoutable ;