‹ Nouvelles pièces à direChapitre 41 sur 50 · LES PUDEURS DE VÉNUS · texte numérisé non relu

LES PUDEURS DE VÉNUS

Je ne me plains pas du poêle Qui suit les marronniers ombreux^ El qui, m'apercevanl, s'arrête Avec un regyrd d'amoureux.

Mais ce qui me trouble et me lasse, Craignant surloutque pour toujours Je ne demeure à celle place, C"esl de voir venir fous les jours

Des gens dont j'aime peu la mine Et les regards audacieux:

C'est un vieillard qui m'examine A me faire baisser les yeux.

C'est un caporal qui se grise

D'm» souvenir plus ou moins doux,

Et qui murmure à sa payse :

— Elle eet moins bien faite que vous. —

LES PUDEURS DE l'ÊNUS

Après, c'est une domesiique Avec les cheveux sur le froni, Qui me regarde et me critique :

— Ceci trop plnt, ceci ivop rond.

C'est une douche continue Qu'il faut recevoir sur le doiî.

Ah 1 quel ennui que d'être nue, El de l'èfre pour des lourdauds t

Aussi, permets que mon cœur s'ouvre :

Pour mettre un terme à mes tourments Demande mon entrée au Louvre, Ou donne-moi des "vèiemenls. —

Ainei Vénus me dit ses peines.

Je vis les sommités de Tari :

Mes démarches restèrent vaine Mais je la retrouvai plus tard,

LES PUDEUnS DE VENUS

A Londre, avec d'autres modèles Chez deux dévotes miladys Qui mettaient l'enfer autour d'elles Pour conquérir le paradis.

Se figure-t-on la atalue

Dana un grand parc, sous le ciel noir.

Toujours rigidement velue

D'un interminable peignoir?

Pauvre Vénus I aussi dut-elle Me voir passer sans dire uu mot, Mais mon émotion fut telle Que malgré moi je die tout haut :

— Miladys, ne vous en déplaise, La pudeur a son côté laid ; Jamais Vénus ne fut anglaise :

Dôshabillez-!a, s'il vous plaît, —

LE VIOLONISTE

Raoul est un arlisle ; il est jeune, il est beau ;

Son grand front resplendit, son âme est un flambeau

Dont le foyer s'active aux clartés les plus hautes;

Quand de son violon il fait vibrer les notes,

Il atlache, il saisil, il frappe ; on sent qu'il a

Quelque chose du ciel que le ciel révéla.

Ce n'est pas le vain son que l'archet froid promène :

C'est toute la splendeur de la parole humaine,

C'est le sanglot qui pleure ou l'ineffable cri

Que fait jaillir l'amour quand il nous a souri;

168 LE VIOLONISTt:

La vie entière est là, sur !a corde sonore.

Mais où Raoul devient plus admirable encore.

C'est dans une ballade, un air simple et louoliant, Où l'âme se recueille, où l'on entend le chant Des fidèles qui vont en longues théories Par les sentiers bordés de bruyères fleuries ; C'est calme et solennel, naïf et radieux.

Un soir, dans un concert, le chant mélodieux Parut aux yeux de tous si beau, si rempli d';\me, Que la foule battit des mains, et qu'une femme Pensive dans l'éclat des applaudissements.

Sentit soudain son cœur plein de tressaillements. Soua le ctiarme inspiré de i'austère harmonie Esther avait aimé l'artiste de génie.

Depuis deux ans reçue au Théâtre-Français, Esther compte déjà de multiples succès:

Elle n'a que vingt ans : l'énergie accentue Ses beaux, traits que relève une ampleur de statue. Grande et ûère elle ajoute encore à sa beauté Le prisme que la gloire autour d'elle a jeté.

LE VIOLONISTE

Elle a compris Raoul : ces êires poétiques

Ont des attractions tendrement sympathiques,

Ils se cherchent sans cesse et partout, puis, un jour.

Ils fondent leurs deux cœurs dans un aveu d'amour.

Eslher avec Raoul ont fait ces longs échanges

Qui Iransporteht l'esprit dans la sphère dea anges;

L'amour et l'art divin, comme un double trésor,

Etincellent pour eux dans un horizon d'or.

Et leur bonheur revêt un si haut caractère

Qu'ils doutent par moments si le ciel vaut la terre.

Mais, hélas I l'ombre vient toujours sur le chemin, El l'espoir de la veille est loin le lendemain.

En répétant, un jour, Esther sentit sa lèvre Trembler subitement dans un frisson de fièvre ; Le mal inexplicable infiltré dans son sang Grandit et prit soudain un cours effervescent ; Une pâleur morbide et d'un sombre présage S'allongea d'iieure en heure et couvi'it son visage.

Bien vite on conseilla le cipl tiède, Tair pur.

Et pour elle ou choisit Canne, aux lives d';wnr,

Canne, le hord lleuri,la plage fortunée

Que baigne mollement la Méditerranée.

Raoul dut s'éloigner d'Estlier ; il fut coucln

Qu'il fallait observer un repos absolu,

Car une émotion dont le cœur n'est pas maiire

Serait fatale au point de la mer peut-être.

Pauvre Esther ! L'air flottant sur les flots irisilK

En vain à son front pâle apportait ses baisers,

La lièvre dévorait ce corps devenu frêle,

El bientôt le docteur fut sans espoir pour elle.

Au point qu'il dit un jour, dans un pénible effort :

— Le délire menace, et s'il vient, c'est la mort. —

C'est l'heure où le soleil sur i'iiorizon s'inclinti ;

Son disque éblouissant, dont le ciel s'iUurainii,

Empourpre de rayons l'infini qui s'endort.

Et colore les flots changés en lames d'or;

La brise, en apportant des parfums du tendresse,

Donne A l'âme flattée une longue caresse,

Et ce calme profoml, ce ciel pur, semble oifrir Une nouvelle vie à ceux qui voni mourir.

Eslher, dans un fauteuil, par la fenêtre ouverte Regarde b ciel rose et la campagne verte; Son vieux docteur est là, pensif, et comprenant Quel mal courbe ce front pille mais rayonnant :

— Quel beau ciel ! dit soudain Eslher, quel grand sourii Quelle sérénité dans tout ce qui respire !

Quelle harmonie immense et radieuse on sent

Au fond dy ce repos ineffable et puissant 1

Salut, ciel lumineux ! salut, vagues dorées !

Salut, rivage plein de strophes inspirées I

Salut, fraîches senteurs de la brise I Salut.

Vallons mélodieux qui -vibrez comme un luth !

Je Yous aime, la vie en moi semble renaître ;

Je vous aime I — Et quillanl louf d"un coup la fenêtre.

Elle tend les deux bras vers le ciel : la pâleur

Envahit pins encor son grand front sans couleur :

Dans ses regards perdus la fièvre peut se lire :

— Ah ! pense le docteur tremblant, c'est 3e délire ! Alors elle se croit sur la scène, elle dit

Les magnifiques vers que la foule applaudit.

1''^ LE VIOLONISTE

De cette voix, où l'âme avec amour résonne

Elle laisse tomber les soupirs d'Hermione,

Pais, elle dit, avec tous leurs emportements,

Ce que Phèdre et Camille ont de rugissements .

Quels accents 1 quels transports I quelle gloire absolue I

Gomme elle est belle et grande, hélas 1.. Elle salue,

Elle croit voir ses bras de couronnes chargés,

Elle senible écouter les bravos prolongés

Que la foule, debout dans la fiévreuse salle.

Lui jetle en l'acclamant de sa voix colossale.

Puis, elle se revoit toute seule, elle attend

Raoul ; — Quand viendra-t-il celui que j'aime lant ?

Pourquoi larder ? Reviens ! C'est à loi que s'adresse

L'éclat de mes aveux, le cri de ma tendresse.

A toi mon âme, à toi mes accents les plus doux I

Reviens I — Soudain Raoul bondit à ses genoux :

— J'étais là, je mourais !... Eather, ma seule joie I

Ma plus cbére pensée ! Il faut que je le voie 1

11 faut que je t'entende ! Il faut que dans tes yeux

Je reirouve l'extase éternelle des deux !

Eslher ! EstherJ —Mais elle avec bonheur : —Je t'aime !

Puis son regard se trouble : une faiblesse extrême

LE VIOLON'ISTE

La prend : oii la conduit jusqu'au fauteuil, devant La fenêtre où le soir porte un baiser du vent. Alors ea main indique une boite auprès d'elle : Raoul y court. charme! ô souvenir fidèle I Il voit le violon dont il jouait jadis Lorsque Eslher lui faisait rêver le paradis : — La ballade ! dit-elle à travers un murmure. Et lui, brisé devant cette pâle figure, Joue avec un frisson dans l'Ame et dans la voix Le cantique divin répété tant de fois.

Sous l'archet inspiré les cordes palpitantes Ont un flot prolongé de notes sanglotantes , Esther écoute avec un long ravissement ; Son regard vers le ciel s'est levé lentement, Et quand l'hymne est fini, son visage s"éclaire D'un éblouissemetit de joie et de lumière.

Hélas ! le dernier son du chant mélodieux Avait accompagné son âme dans les cieux.

A L'KCOLE

Un enfant de dis ans, sur son banc, à l'écolo, DU à son camarade assis auprf.y de lui :

— Un tratire, n'est-ce pas, joue un indigne rôle ? Dans le passé, comme aujourd'hui,

En loul temps, en tout lica, sa mémoire est flétrie, L'hisloii-e le dénonce et s'en fait un dcvoii', N'est-ce pas? Tel qui vend l'honneur de sa patrie

L'aoeeplioii du mol d'une façon bien claire Dans Littré. — L'autre enfant, pris d'un fougneus accès, Répond : — Ne clie relie pas dani le voi;abulaire ; Traître, ce mot n'esl pas français. —

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