LE LIVRE
Blanche a de grands yeux noirs, une taOIe élevée,
Un profil délicat, d'ane forme rêvée,
Une bouche à tromper les papillons, des mains
De déesse, et des pieds comme sur les chemins
On n'en rencontre point, Madame, hormis le vôtre.
Cela fait un portrait... J'en devrais faire un autre.
Mais pourquoi de Lucien vous dessiner les traits 1
L'esquisse d'un jeune homme a toujours peu d'attraits.
Au reste, mon héros est fort bien, U a même
Su, sans le rechercher, plaire à Blanche qu'il aime.
Pourtant cet amour chaste et si bien partagé
Dans l'ombre de leur âme est encore plongé ;
Certes, leurs longs regards ont exprimé ces choses
Que le souffle du soir dit tendrement aux roses,
178 i.i; ..ivhk
Mais si lours yeus parlaient, leurs vois uo disaient rien;
Et souvent, près de Blanche, après un entretien
Oiï l'on parlait de tout excepté do tendresse,
Le jeune homme accusait tout Las sa maladresse,
Et cherchait, en poussant un soupir douloureux.
Ce qu'on dit de l'amour quand on est amoureux.
Un jour, sous un berceau de feuîUss, d"où s'épanche Un silence rêveur et plein de charme, Blanche Lisait, mais soif que l'œuvre offrit peu d'inliirêt, Soit qu'un autre sujet tint son esprit distrait. Malgré la châtelaine aimable et son beau page, Blanche en était toujours à la première page. Soudain elle ferma le livre : ~ Assurément Je ne puis à l'auteur faire mon complituent.
Dit-elle, il ne sait pas empêcher ma pensée D'être loin de son livre obstinément fixée.
Dieu ! combien les auteurs sont fades aujourd'hui • Lucien vit un éclair s'allumer devant lui, Et tout :'i coup, prenant à deux mains son couragj : — C'est une rareté, dit-il, fju'un bon ouvrage ;
Il en esl copendaiU qui nous charment enoor.
Hier, comme l'on ouvre un bien rare (résor, J'ouvrais un livre fuit d'une page d'hisloire ; Le héros n'y suit pas un beau rêve de gloire, Rien n'éblouit en lui, mais il dit chaque jour Si bien l'émoi ion eu ave de l'amour.
Qu'il semble qu'une voix du ciel vers lui se penche. L'héroïne est charmante, elle s'appelle Blanche...
— Comme moi. — Comme vous ; elle est belle, on dirai Que l'auleur a voulu faire votre porirail.
Le jeune homme aime Blanche, il l'aime avec ivrt^sse. Il cherche, en mesurant sa profonde tendresse, Et regardant le ciel et Blanche tour à tour.
Lequel est le plus grand : le ciel ou son amour. ~
— Continuez, cela m'intéresse, dit-e!le.
— Bien qu'il soit tout heureui: d'une tendresse telle, Le jeune homme a grand peur, il est pria de frisson Quand de la vois aimée il écoute le son.
Et lorsqu'un doux, aveu monte jusqu'à sa lèvre. Ce n'est plus un frisson alors, c'est une lièvre. Et le timide aveu soudainement fondu S'efface dans nu mol qu'on n'a pas «ntcndu. —
— C'est 1res joli! dit Blanche. Enfin, ose-t-il faire Cet aveu redoutable à celle qu'il préfère ? —
— Vous m'eu demandez trop, car du livre chiinnant Dit-il, je ne suis pas encore au dénouement. —
— Je veux lire ce livre. — Oui, Blanche, il faut le lire, Car... il vous appartient, — A moi? — J'ose le dire. —
— Expliquez-vous, Lucien. — Ah ! Dieu ! comhien j'ai peur I Ce livre est à vous, Blanche ; il s'appelle : mon cœur , —