LA PLANETE
Lorsque iout fut réglû daus la créalioii,
Une forme céleste, une apparition,
Un corps fluide avec des lignes éthérées,
Avec un regard tendre et des ailes dorées,
Surgit dans l'infini plein d'ébloui s se m enl s ;
Puis, une grande voix tomtiant des iirmaments
Dit ces mois : — Sois l'amour ! — et la forme adorable
Soudain se revêtit d'un charme incomparable,
Et les mondes penchés et les cieus tour à tour
Avec ravissement dirent : — Voici l'amour.
i98 LA PLANÈTE
Alors la vois reprit : — Au fond de l'étendue Vois ces mondes brillants dont la masse éperdue Roule à travers l'espace et dans l'élernité, Contemple leur éclat, leur nombre, leur beauté, Et choisis l'un d'entr'eus ; il sera la demeure. — El les planètes d'or resplendirent sur l'heure, Et, comme pour sourire à l'ange, dans l'air bleu, Elles firent jaillir de leurs regards de feu Des rayons à donner l'extase et le délire ; Puis, comme si les deux avaient pris une lyre, Elles dirent en chœur sur un mode enchanté :
— Choisis, souffle divin, choisis, sainte clarté. —
Un globe alors parut aux conûns de l'espace , Il tournoyait au loin el laissait sur sa trace Une clarlé fluide, un reflet nuancé Qui se fondait dans l'air après avoir passé; Il n'avait pas chanté l'unisson vague et tendre, Et l'ange cependant résolut de l'attendre.
Le globe monte, monte, il approche, il grandit ; Dans son orbe profond bientôt il resplendit;
LA l'LANÈTE iOi
C'est un monde de plus.,. Mais un speclacle élraiige,
Un ravissant tableau s'offre aux regards de l'ange :
Sur la planèle même et riant sous les cieux.
Un jardin apparaît, frais et délicieux;
Au milieu vit un être, une forme achevée,
Avec des cheveux blonds d'une longueur rêvée,
Un fronl penché, des yeux pleins de limpidité
Et faits d'un rayon double au ciel même emprunté;
Elle marche en rêvant parmi les fleurs écloses,
Son beau sourire fait épanouir les roses,
Et le souffle qui nait sur ses pas doux et lents
Semble dire au gazon de baiser ses pieds blancs.
Le globe, c'est la Terre, el la forme, c'est Eve,
A ce moment, le chœur des planètes s'élève :
— Choisis, souffle divin, choisis, sainte clarlé,
Disent-elles, — Le chant dans l'infini porté
Frappe l'oreille d'Eve attentive ; elle écoule,
Puis, en levant les yeux vers l'idéale voûte,
Elle voit, au milieu des flols d'azur et d'or,
L'ange qui dans l'espace est immobile encor;
Alors, elle lui tend les deux bras : — Viens ! dit-elle,
Et devant cette forme aussi chaste que belle.