LA PLANÈTE
L'ange, oubliant soudain les voix du firmamenf, Répond en ouvrant l'aile à cet appel charmant.
pensée ineffable I ô suave mystère !
C'est ainsi que l'amour est vemi sur la terre.
LA DÉCOUVERTE
Paria est Paris, quoi qu'on dise ; C'est l'idée et c'est le rayon ; Son gigantesque pavillon Couvre toujours sa marchandise.
Des œuvres d'art jusqu'aux joue Par lui tout montS! dans la nue, Et lorsque Paris éternue La France dit : A vos soutiaits ;
Or, un jeune homme de province, D'un beau rêve do gloire épris.
L'an dernier s'en vint à Paris; Son patrimoine était bien mince,
Mais il élait joli garçon, Bien fait, avec cela poète, Et joyeux comme l'ai ouel le Qui dans l'air jelte sa chanson.
Déjà dans la brunie atliédie La gloire à lui se laissait voir ; Il fondait son meilJenr espoir Sur quatre actes de ci
Quatre actes en vers, s'il vous plait.
Sons le titre : la découverte ; C'était une critique verte De l'exploileur sordîile et laid
Dont la cupidité se voile Sous un masque de protecteur.
On avait remis à l'auteur Une lettre pour une étoile
LA DÉCOUVERTE
En grande réputation, Et qui, maigre ses mœurs folâtres, Devait ouvrir tous les théâtres Sur sa recommandation.
Il se hâta d'aller chez elle.
On le sait, il était charmant, Aussi pour lui, sm- le moment, L'étoile se prit d'un beau aéle.
Et dans un serrement de main Accompagné d'un dous sourire, Elle s'empressa de lui dire De revenir le lendemain
Donner lecture de sa pièce.
Jugez s'il en fut enchanté !
Le ciel s'emplissait de clarté Devant son cœur tout en liesse.
LA DEGOUVEETE
11 fut exact, on le comprend.
L'étoile, savamment drapée, L'atlendait, toute enveloppée Dans un peignoir fort transparent.
Son beau sourire était prodigue D'encouragement et d'espoir :
Elle dit : — Vous devez savoir Gomment on conduit une intrigue.
— Vous jugerez m.es premiers pas, Mais j'ai grand besoin de clémence...
Si vous voulez que je commence. —
— Commencez, dit-elle tout bas. —
Et voilà notre aulenr en herbe Qui prend un vol audacieux ; 11 s'élance à travers les cieux Dans une envergure superbe.
LA DECOUVERTE
Et quand dans un cri de vigueur Se termine le premier acte, Aussi fort qu'une cataracte L'étoile sent bondir eon cœur,
Si fort que l'opulent corsage S'enlr "ouvrant plu a que de raison.
Montre soudain un horizon A déconcerter le plus sage.
L'amour de l'art I l'amour de l'art !
Qu'importe au véhément poète La double et ferme silhouette Ainsi mise sous son regard ?
Il ne l'a pas même aperçue.
Vite il passe à l'acle suivant, C'est un deusième coup de vent...
Mais l'étoile semble déçue.
506 LA DÉCOUVERTR
Quoil ne rien dire et ne rien voir !
Ne pas saisir l'allégorie !
C'est manquer de galanterie, C'est faillir presque à son devoir.
Aussi, la lecture finie.
L'étoile dit ouvertement :
— Je ne vous fais pas compliment ;
Je vous croyais plus de génie.
u'on laisse fuir Est rarement encore offerte ; Remportez votre découverte :
Vous ne savez rien découvrir. —
S PAR m"'' j. thémaro, de la comédie-française
La Prose un jour parlait avec la Poésie:
— On n'a plus de respect poui- l'antique ambroisie :
Ce siècle positif et très intelligent
Se drape avec orgueil dans un manteau d'argent ;
Chacun veut s'enrichit-, de toutes parts on tente
Le bien-être opulent, la fortune éclatanto;
L'argent tient lieu de tout, et quand on n'en a pas
On ne sort point de l'ombre attachée à ses pas.
Etre riche est le but auquel on se destine :
On considère plus Rothschild que Lamartine,
Et le poêle, hélas ! serait-il le plus grand.
Auprès du financier demeure au second rang.
Oh I ne proteste pas, ma sceur, tu peux me croire.
Il est donc superflu d'écrire pour la gloire :
On manque trop souvent le but ; d'ailleurs, tu sais
Que les succès d'argent sont les meilîeurs succès,
Quant aux vers, conviens-en, ma sœur, rien ne milile
En leur faveur ; à part quelques esprits d'élite
De moins en moins nombreux, ils n'ont pas un lecteur.
Rends-toi, pour t'en convaincre, auprès d'un éditeur
Et porte lui des vers ; il va le dire en face :
— Des vers! que voulez-vous, ma chère, que j'en fasse? Des vers ! y songez-vous ? reprenea-moi cela,
On ne fait point d'argent avec ces cliosés-là. — Ne prolesle donc pas ; la réponse est connue. Et puis, voici comment l'éditeur continue :
— Je n'hésiterais pas, si c'était un roman ; Voilà le goût du jour, voilà le lalisman Qui fait se délier les cordons de la bourse ; Le roman, c'est la gloire enlevée à la course. C'est le profit certain, sans peur de découverts; Écrivez donc en prose et r
LA PHOSE ET LA POÉSIK 209
Et je fais des romans que l'éditeur s'empresse De servir au public avec grand bruit de presse : C'est toujours ua chef-d'œuvre et rien n'est aussi beau Dans les ombres du vice on porte le flambeau, C'est une vigoureuse étude, une peinture Magnifique d'ensemble et prise sur nature ; Et le public le croit et paie argent comptant. D'ailleurs, pour lut sourire et le rendre content. Je sais ce qu'il lui faut et lut sers ce qu'il aime, Le meurtre qui s'embusqrte et la vengeance blême. L'adultère, le rapt, le poignard, le poison, Emaillent chaque page et poussent à foison ; L'action se déroule à travers l'épouvante.
Aussi, ma chère sœur, j'ai des succès de vente Comme il ne s'en voit guère et comme il serait vain D'en bercer l'idéal du poète divin. —
La Poésie alors : — Connais-tu la part faite
A ceux qui de la gloire osent rêver le faite ?
Crois-tu que l'idéal devant eux déroulé
Puisse être un seul instant par nos brumes voilé?
Non, si grande que soil une douleur humaine,
On la sent moins devant l'étincelant domaine,
Et le poète, plein des souvenirs d'en bas.
Oublie en y touchant la vie etses combats.
Eh bien I sœur, ne crois pas que dans ces hautes sphères
On puisse discuter !es questions d'afïaires.
L'intérêt qui met tant de passions à nu
Dans celle région sereine est inconnu ;
L'art y veille toujours dans sa gloire élernello.
Et lorsque par moments il entr'ouvre son aile.
Au fond de l'horizon, dans les bleus firmaments,
Il passe fout à coup des éblouissements.
C'est là que le poète écoute avec délire
Le? voix dont il retrouve un écho sur sa lyre ;
C'est là qu'il prend au ciel l'ineffable secret.
Que sont devant cela les raisons d'intérêt?
Quelle fortune vaut une telle merveille?
Ecoute, chère sœur, si Molière et Corneille
Avaient plus regardé les financiers du temps.
Si, loin de noua donner leurs chefs-d'œuvre éclatants.
Us avaient échangé, dans leur voie enrayée,
L'or de leur poésie en prose monnayée.
Corneille assurément n'aurait pas eu besoin
De porter ses souliers au Eavetier du coin,
Molière n'aurait pas souffert ce que l'envie
Et la haine jalouse -ont jeté sur sa vie;
Mais où serait leur gloire ? où seraient les succès
Qui depuis deux cents ans font l'orgueil des Français?
La nuit les eût couverte. . . Ah ! chère sœur, qu'importe
L'angoisse ou la douleur que le génie apporte î
La douleur se dissipe et l'œuvre reste ; ainsi
Laisse tomber sur moi tristesse, ennui, souci.
Mais laisse-moi planer dans l'idéale sphère
Où m'emporte mon rêve, où ceux que je préfère
Viennent prendre un baiser si doux qu'eu le donnant
Je fais naître une étoile à leur front rayonnant.