‹ Nouvelles pièces sur Molière et sur quelques comédiens de sa troupeChapitre 32 sur 36 · I. L'inculpée avoua le vôl et fut écroùée au Grand-Ch&telët · texte numérisé non relu

I. L'inculpée avoua le vôl et fut écroùée au Grand-Ch&telët

i68 BeauvaL

nous Charles Bizoton, commiflaîre au Châtelet, eft comparu Jean Pitel fieur de Beauval, demeurant porte de BufTi, paroifle Saint-André-des-Arts ; lequel nous a fait plainte et dit que le nommé Moiilî, Ton jardinier, qu'il a établi dans une maifon par lui acquife depuis Pâques dernier au village de Monceaux, paroifle de Clichi, lui eft venu rapporter que, la nuit précédente, plufieurs particuliers à lui inconnus étoient venus couper une petite pièce de terre enfemencée de feigle, attenant à fon jardin dépendant de la maifon, la nuit du vendredi à famedi dernier ; et après avoir coupé ledit feigle, Tauroient enlevé et fait porter furtivement et nuitamment dans une maifon dudit village» quoique ledit feigle ne fût pas encore en maturité. Ce qui eft un vol manifeile et qui mérite punition exemplaire d'autant plus que, par les déclarations du Roi, il n'eft pas permis de faire la coupe d'aucun grain avant leur maturité. Pourquoi et attendu ledit vol, il fe trouve obligé de nous rendre la préfente plainte. Signé : Jean Pitel.

1695.— 2$ août.

Plainte de Beauval contre unefervante ivrognejfe et voîeufe.

(Archives nationales, Y, 15181.)

L'an 1695, le jeudi 25* jour d'août, fur les dix heures du matin, en l'hôtçl de nous Charles

Bizoton, cominiflaîre au Châtelet, eft comparu Jean Pitel ûeur de Beauval, demeurant porte de Buili : lequel nous a fait plainte et dit qu'il y a environ ûx femaines fon époufe auroit pris pourfervante de cuifine la nommée Catherine qui lui auroit été indiquée par la nommée Laperdreau, femme qui demeure rue des Auguftins. Depuis lequel tems ladite Catherine fous prétexte d'aller tirer du vin à la cave en faifoit emporter une grande quantité par des porteurs et une petite fille, et non content de ce ladite damoifelle fon époufe l'a furprife par plufîeurs fois lui volant dans fes poches la monnoie qu'elle y avoit après s'être aperçue que l'on lui prenoit et notamment le jour d'hier ayant mis dans fa poche huit petites pièces de quatre fols, une pièce de flx fols de relie de monnoie que fon chandelier lui avoit rendue avec un fol en liards et voulant de ladite monnoie donner quelque chofe à ladite Catherine à laquelle elle auroit dit de la tirer de fa poche et d'aller à la boucherie pour y acheter ce qu'elle avoit befoin, ladite Catherine lui feroit venue dire qu'il n'y avoit plus que quatre pièces de 4 fols et une de fix fols, ce qui auroit fait que ladite damoifelle fon époufe auroit dit que fûrement elle étoit volée et qu'elle avoit lefdites pièces de 4 fols et liards en icelle. Pourquoi ayant demandé, en préfence de fon jardinier et de fa femme de chambre, à ladite Catherine s'il n'étoit pas vrai qu'elle lui avoit mal pris et volé le furplus de ladite

ïjo Beauval.

monnoie, elle lui en feroit convenue et dit qu*elk Pauroit cachée fur une planche où Vépoait de lui plaignant auroit tiout retrouvé ; et comm» ellcf lui auroit demandé pardon et qu'elle appréhende qu'elfe lui ait fait un plus grand vol, il (é trouve ObUgé de nous en rendre la préfente plainte.

Signé : Jean Pitel ; Bizoton.

1702.-'- 13 mars.

Plainte de M^^^ Beauval contre une fewante vokuje qui lui avait donné unfoufflet,

(Archives natiandles. Y, Z518&.)

L'an 1702, le lundi I5« jour de mars, fur les trois heures après midi, nous Charles Bizoton, cornmilTaire au Châtelet, ayant été requis fommes tratlfporté en une maifon où étoit la porte de Buffi, où étant Jeanne Olivier Bourguignon, femme de Jean Pitel fleur de Beauval, nous a fait plainte et dit que depuis 1 5 jours ou trois femaines elle auroit pris à fon fervice, en qualité de femme de chambre, la nom<mée Catherine Legrand, fille ; qu'heure préfënfe étant dans fa chambre et lui montrant à faire fon ' lit, elle lui auroit dit qu'elle étoit furprife qu'elle eût rompu la clef et ferrurô d'une armoire où elle renferme fes hardes et qu'elle devoit prendre garde à ne la pas forcer*

Ladite Legrand s'emportant de colère lui auroit répliqué qu'elle en avoit menti et qu'elle n'avoit pas rompu ladite clef, ce qui l'auroit obligée à caufe de fon impudence de la vouloir £aire retirer de fa .chambre et dans l'inftant qu'dle l'auroit prife par le bras, ladite Legrand pouflant fa furie et fon emportement à Fexcès auroit porté à tour de bras à elle plaignante un foufflet fur la joue droite et fe feroit jetée fur elle, l'auroit décoiffée et pouffé fon infolence au dernier point en jurant le faint nom de Dieu et difant des termes que la pudeur ne lui permet pas de répéter ; que dans l'inftant le nommé Raifon, ferrurier, étant furvenu et ayant vu lefdites violences et emportemens, il l'auroit fait retirer de deifus elle, et chagrine de ce qu'il l' avoit empêchée de la maltraiter davantage, elle fe feroit avifée d'aller rompre et caffer les carreaux de verre d'un chaffis de fa chambre difant qu'elle fe vouloit jeter par la fenêtre dont ledit Raifon l'auroit fait retirer.. Et comme cette infulte, faite par une domeftique, mérite punition et qu'elle reifent un grand étourdiflement du coup qu'elle a reçu de ladite Legrand, elle fe trouve obligée d'avoir recours à l'autorité de la juftice pour lui être pourvu et de nous rendre la préfente plainte.

Signé : Jeanne Olivier Bourguignon.

Sur quoi, noUs commilfaire avons à ladite plaignante donné acte du contenu en fa plainte et de ce qu'elle

I ^2 Beauval.

a une joue fort rouge où elle nous a dit avoir reçu le foufflet de ladite Legrand, comme auifî de ce qu'il nous a paru dans une chambre derrière celle de ladite plaignante deux carreaux de vitre caffés où ladite Legrand s'eft trouvée, laquelle nous avons à la requête de la plaignante, à fes rifques, périls et fortunes fait conduire Etienne Biétrix, fergent à verge, es prifons de TAbbaye.

Signé : Bizoton.

1703. — 26 juillet.

Plainte de Af "• Beauval contre un particulier qui avoit proféré contre elle de grojjières injures.

(Archives nationales. Y, 13189.)

L'an 1703, le jeudi 26^ jour de juillet en Thôtei de nous Charles Bizoton, etc., eft comparue damoi- Telle Jeanne Olivier Bourguignon, époufe de Jean Pitel (leur de Beauval, officier du Roi, demeurant rue Guénégaud : laquelle nous a fait plainte et dit que ce jourd'hui fur l'heure de midi, la plaignante étant dans ladite maifon rue Guénégaud où elle s'emménage, elle a été furprife qu'un particulier à figure d'étranger, qu'on lui a dit loger dans la même maifon, l'ayant aperçue, auroit commencé à la traiter en ces termes : « Ah ! je t'apprendrai, b de p , à ne

pas ouvrir la porte quand je frappe », avec de grands emportemens et menace de lui donner vingt coups de pied dans le ventre, répétant toujours les mêmes

injures de b de p ; qu'elle plaignante, qui

n'a pas encore emménagé dans ladite maifon et qui ne connoit pas ledit particulier, lui auroit répondu qu'il étoit un infolent de parler de la forte ; mais, au lieu de ceffer de Tinfulter, il auroit provoqué fon valet qui a eu l'infolence, à l'exemple de fon maître, de dire de pareilles injures à la plaignante et menacé d'ôter la ferrure de la principale porte et de s'emparer de la clef. Et comme elle a appris que ledit particulier, qui eft un étranger nommé Grafinberg- Levalton, fe retire extrêmement tard et à des heures indues, comme il fit le jour d'hier à une heure après minuit; qu'il n'eft pas jufte qu'elle, ni fa famille foient expofées à de telles violences, elle a été confeillée de nous rendre la préfente plainte:

Signé : Olivier Bourguignon.

Bedeau

BEDEAU DE Lespy (François). Il était né vers l'an 1603 et ét^t frère de Julien Bedeau, plus connu sous le nom de Jodelet.

Les deux frères jouèrent ia'comédie à l'Hôte! de Bourgogne et au Marais avant d'entrer dan8 la troupe de Molière, où ils furent reçus en 1659'. Jodelet mourut l'année suivante, et son frère de Lespy prit sa retraite en 1663. Lagrange, dans son journal, annonce en ces termes le départ de ce comédien : « Le fieur de l'Efpy, l'un des acteurs de la troupe, aagé de plus de foixante ans, s'eft retiré auprès d'Angers à une terre qu'il avoit acheptée du

vivant de fon' frère Jodelet, qui fe nomme Vigray'.»

1662. — 14 novembre.

Plainte de François Bedeau fieur de Lefpy contre un de fes parens qui avoit commis un wî au préjudice de fafervante.

(Archives nationales, Y, 13858.)

L'an 1662, le 14* jour de novembre, environ les huit heures du matin, eft venu en Thôtel de nous Pierre Lemufhier, commiffaire au Châtelet, François Bedeau fieur de Lefpy, Tun des comédiens du Palais- Royal, qui nous a fait plainte de ce qu'il y a trois femaines ou environ le nommé Gabriel Morteau, foidifant fon parent, le feroit venu trouver pour le prier de Taffifter dans l'extrême néceffité où il étoit, ce qu'il auroit fait. Et dimanche dernier l'ayant laiffé feul dans la chambre où il eft demeurant fife rue Fromenteau en un logis où pend pour enfeigne la ChafTe royale, trouvant la clef à fon buffet, auroit mal pris et dérobé la fomme de 357 livres appartenant à Marguerite Frade, fa fervante, pris un de fes

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