Journées de femmes, p. 224 et suivantes
n'étaient, il est vrai, pas mariés, ou l'étaient avec des personnes de plus de beauté que d'esprit. Entre les quelques exceptions qui confirmeraient ma remarque et la cornélienne Alexandrine Emile Zola mise à part, entre ces dames et Mme Daudet la comparaison ne reste même pas possible. Il faut dire ce qui fut ; correspondances et journaux intimes, les manuscrits qui seront publiés plus tard me donneront raison. Alors on reprendra ce que je viens d'écrire avec la certitude de découvrir des arrière-pensées jusque dans mes virgules. Ce que l'on n'ose point encore raconter se trouve en marges de ce travail et ce tout, je vous assure, demeure à la louange de l'inspiratrice de ces pages ! palmes offertes à la plus intelligente des femmes de lettres d'aujourd'hui.
Une étude sur la veuve d'Alphonse Daudet n'en reste pas moins, pour l'heure, fort délicate. L'œuvre publiée, sept à huit volumes, ne donne qu'une idée très approximative de l'œuvre inédite. Il y aurait bien l'analyse de son style si particulièrement neuf, mais, où Jules Lemaître a passé, que reste-t-il à glaner? Mieux vaut relire le chapitre des Contemporains. Le critique sans pareil déclare que « depuis Mme de Sévigné nulle Parisienne n'écrivit le français avec de ces trouvailles qui semblent ne rien
MADAME JULIA ALPHONSE DAUDET \f
coûter et qui sont pourtant les plus précieuses du monde*.
Il n'y pas un mot à ajouter à la démonstration géométrique. Cette dame s'exerce, en effet, à fixer des sensations et des impressions, alors que les authoress notent de préférence des sentiments ou des pensées. Distinguant rantithèse (*ntre cet art maladif et la santé morale de celle qui l'exerce l'académicien trouve ce mot de légende : « Elle fait rêver à une Pénélope impressionniste. » Ses ennemis accentueront le trait jusqu'à la caricature : « Un parfait notaire!... » Avec un professeur comme celui qu'elle dût à l'amour, quelle jeune fille me direz-vous?... Votre Julia Allard nous parait la bonne écolière du prodigieux styliste que fut Alphonse Daudet. « Hélas, répondra pour moi Jules Lemaître, ce serait une grande naïveté de croire que cela s'apprend. 11 faut le don inné, inaltérable et incommunicable-. » Bien qu'ils aient été des années à même d'écouter les leçon^ du même maître, ni le frère, ni les fils du romancier n'ont su en profiter. L'œuvre historique fort sage d'ErnestDaudet, l'œuvre romanesque toute de flamme de Léon Daudet et celle à peine commencée de Lucien Daudet se distinguent par des qualités de