‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 14 sur 94 · Epist.f I · texte numérisé non relu

Epist.f I

blerait payée trop cher par le sacrifice de son repos et de son indépendance. « Quand on voit, dans un échange, que ce qu’on reçoit vaut moins que ce qu’on donne, il faut laisser au plus vite ce qu’on a pris et reprendre ce qu’on a laissé. » A ce ton résolu. Mécène comprit que la décision d’Horace était prise et ne renouvela pas ses exigences. En somme, la conduite du poète en cette circonstance était aussi hahile qu’honorahle. Il savait que l’amitié demande une certaine égalité entre les personnes qu’elle lie. En se préservant de complaisances exagérées, en veillant sur sa liberté, en maintenant avec un soin jaloux la dignité de son caractère, il s’élevait à la hauteur de celui qui l’avait comblé de ses bienfaits. C’est ainsi que fut changée la nature de leurs relations et qu’au lieu de rester son protégé, il devint son ami. — Il faut avouer que les poètes de l’époque suivan te n’ont pas imité cet exemple. Ils se sont contentés d’accabler les grands personnages qui les protégeaient de flatteries et de bassesses. Faut-il s’étonner que ceux-ci, se voyant regardés comme des maîtres, les aient traités en serviteurs?

Comment Horace vivait à sa campagne. — Ses voyages. — Il s’habitue à ne plus regretter Rome. — Ses dernières années.

Il est bien fâcheux qu’Horace, qui nous a décrit avec tant de détails l’emploi de ses journées pendant qu’il restait à Rome, n’ait pas cru devoir nous dire

LA MAISON DE CAMPAGNE d’hORACE. 53

aussi clairement comment il passait sa vie à la campagne. La seule chose que nous sachions avec certitude, c’est qu’il y était très heureux. Il goûtait, pour la première fois, le plaisir d’être propriétaire. «Je prends mes repas, disait-il, devant des dieux Lares qui sont à moi : Ante Larem proprium vescor^\y> Avoir un foyer, des dieux domestiques, fixer sa vie dans une demeure dont on est Je maître, c’était le plus grand bonheur qui pût arriver à un Romain; Ilorace avait attendu d’avoir plus de trente ans pour le connaître. Nous avons vu que son domaine, quand il en prit possession, était fort négligé et que la maison tombait en ruine. Il lui fallut d’abord bâtir et planter; ne l’en plaignons pas, ces soucis ont leurs charmes : on aime mieux sa maison quand on l’a construite ou réparée, on s’attache à sa terre par les soins mêmes qu’elle coûte. Il y venait toujours avec plaisir et le plus souvent qu’il pouvait. Tout lui servait de prétexte pour quitter Rome : il y faisait trop chaud ou trop froid; on approchait des saturnales, époque insupportable de l’année, oû toute la ville était en l’air; c’était le moment de terminer un ouvrage que Mécène réclamait avec insistance : or le moyen de rien faire de bon à Rome, oû les bruits de la rue, le tracas des relations, les importuns qu’il faut recevoir ou visiter, les mauvais vers qu’il faut entendre, vous enlèvent le meilleur de votre temps! Il serrait donc, dans sa valise, Platon avec Ménandre^, emportait l’œuvre commencée, promettant de faire merveille, et partait pour Tibur. Mais, quand il était

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