Carm.f ni
LA MAISON DE CAMPAGNE d’hORACE. 9
(ragir, quand il sait réaliser ce qu’il a conçu, quand il ne se contente pas de voir les questions par leurs grands côtés et qu’il peut descendre aux détails. Il me semble donc que les amis de Mécène, qui le louaient de s’être soustrait à ces misères et de n’avoir voulu être que le plus important des conseillers d’Auguste, lui faisaient un honneur de ce qui n’était, en réalité, qu’une imperfection.
Ils se trompent aussi, je crois, quand ils le représentent comme un sage qui a peur du bruit, qui aime le silence et cherche à se dérober aux applaudissements et à la gloire. Peut-être entrait-il dans sa résolution moins de modestie que d’orgueil. La foule lui déplaisait; il trouvait une sorte de plaisir insolent à se mettre en lutte avec l’opinion et à ne pas penser comme tout le monde. Horace nous dit qu’il bravait le préjugé de la naissance, si fort autour de lui, et qu’il ne demandait pas à ses amis de quelle famille ils sortaient L II craignait la mort, et, ce qui est beaucoup plus rare, il osait l’avouer^; mais, en revanche, il ne craignait guère ce qui suit la mort Le souci de la sépulture, qui faisait le tourment de tant de personnes, le laissait fort indifférent. « Je ne me préoccupe pas d’une tombe, disait-il : si l’on néglige d’ensevelir quelqu’un, la nature s’en charge. »
1. Sat.y I, 6, 7. — 2. Les vers dans lesquels Mécène avouait qu’il avait peur de mourir sont connus de tout le monde, grâce k la traduction que La Fontaine en a faite dans ses fables :
Méoénas fut un galant homme:
Il a dit quelque part : « Qu’on me rende impotent,
Gul-de-jalte, goutteux, mancliot, pourvu qu’en somme Je vive, c’est assez; je suis plus que content. »
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Nec tumiiluin euro; sepelit natura relictos*.
Ce vers est assurément le plus beau qui nous reste de lui. C’est dans le même esprit de contradiction hautaine qu’il affectait de dédaigner tous ces honneurs après lesquels couraient ses amis. Il savait bien que ce mépris des opinions vulgaires n’était pas de nature à nuire à sa renommée. La foule est ainsi faite qu’elle n’aime guère ceux qui pensent autrement qu’elle, mais qu’elle ne peut se défendre de les admirer ; aussi y a-t-il des gens qui se cachent pour se faire chercher et qui pensent que l’on est quelquefois plus en vue dans la retraite qu’au pouvoir. Mécène était peut-être de ce nombre, et l’on peut soupçonner qu’il entrait dans son attitude de politique dégoûté un petit calcul de coquetterie. Non seulement l’obscurité volontaire, à laquelle il se condamnait, ne lui faisait pas perdre grand’chose, mais il pouvait penser qu’elle servait mieux les intérêts de sa gloire que les plus brilkntes dignités. Quand il n’est resté des hommes d’État qu’un grand nom, qu’on pense qu’ils ont fait beaucoup sans savoir exactement ce qu’ils ont fait, on est souvent tenté de leur attribuer ce qui ne leur appartient pas et de les croire plus importants encore qu’ils ne l’étaient. C’est précisément ce qui est arrivé pour Mécène. Deux siècles après lui, un historien de l’Empire, Dion Cassius, lui prête un long discours dans lequel il est censé suggérer à Auguste toutes les réformes que ce prince