‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 80 sur 94 · Æn., XI, 134. — 2. Ibid., vu · texte numérisé non relu

Æn., XI, 134. — 2. Ibid., vu

LAURENÎE.

ce que Virgile appelle « les profondes forets ». A ce moment, se présente à nous Castel Porziano, un château de belle apparence, qui appartenait autrefois à une noble famille romaine et que le roi d’Italie a réparé et fort embelli pour en faire un rendez-vous de chasse. Ce château, en son état actuel, ressemble à un petit village. Outre la maison du roi, qui paraît modeste, il contient des habitations pour les fermiers, une caserne pour les soldats, avec une osleria et un entrepôt de sali e tabacchi. Il est placé de façon à offrir de tous les côtés de fort beaux points de vue. Quelques minutes avant d’y arriver, pendant que l’on suit l’avenue de pins qui y mène, si l’on se retourne, on a devant soi le massif des monts Albains, et, dans l’immense plaine que bornent le Soracte et les montagnes de la Sabine, Rome, avec une multitude de villes et de villages qui portent des noms glorieux. Immédiatement après l’avoir quitté, on aperçoit la mer et l’on embrasse une vaste étendue de rivages. Pendant que je m’arrête à jouir de ce spectacle, un souvenir de Virgile me revient encore à l’esprit. C’est ici sans doute, le long de ces dernières cimes, que dut se réfugier la reine Amata, quand, pour dérober sa fille à Enée, elle appela les femmes de Laurente à célébrer avec elle les orgies de Bacchus. D’en bas, on devait entendre leurs hurlements féroces et les voir passer à travers les arbres, les épaules nues, les cheveux flottants, agitant leurs Ibyrses couronnés de pampres ou secouant avec fureur leurs torches enflammées. A partir de Castel Porziano, la descente devient rapide, et l’on arrive bientôt dans la plaine.

3i6 NOUVELLES PROMENADES ARCHÉOLOGIQUES.

C’esl vers Tenciroit où l’on y débouche, aux pieds des collines, à deux ou trois kilomètres de la mer, un peu plus bas que Capocotta, un peu plus haut que Tor Paterno, à peu près à mi-chemin entre Ostie et Pratica que je mettrais volontiers Laurente. Le lieu convient tout à fait aux descriptions de VÉnéide ei i\ semble que Virgile nous y conduise par la main.

Le palais de Latinus. — Comment Virgile compose ses descripLions. — Pourquoi il ne reproduit pas exactement celles d’Homère. — Mélange d’époques diverses. — Unité de l’ensemble.

Ce n’est pas le seul service qu’il nous rende : après nous avoir indiqué l’emplacement de la ville, il aide notre imagination à la reconstruire. Il la représente, non pas comme elle était de son temps, à moitié déserte et ruinée, mais comme il suppose qu’elle devait être à l’époque du bon roi Latinus.

On se souvient qu’Énée, à peine débarqué en Italie, envoie des députés pour solliciter l’amitié des Latins ; nous les avons suivis quelque temps dans le début de leur voyage. Après avoir marché le long de la mer, ils se dirigent vers la gauche et arrivent à Laurente. Ici Virgile nous dépeint le spectacle qu’ils ont sous yeux. Dans une grande plaine, devant les remparts, toute la jeunesse est réunie. « Les enfants et ceux qui sont à la fleur de l’âiie s^exercent à dompter un

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cheval et guident un char dans la poussière ; d’autres travaillent à courber un arc qui résiste, lancent d’un bras nerveux des javelots flexibles ou luttent entre eux de vitesse ou de force ^ » La ville est située près d’un grand marais et défendue par de fortes murailles. Sur une hauteur s’élève le palais du roi. Cet édifice auguste, immense, est soutenu par cent colonnes et entouré d’un bois sombre qui a de tout temps inspiré aux Latins un respect religieux. C’est un temple autant qu’un palais. On y tient les assemblées du sénat, et les chefs de la nation y viennent, dans les jours de fête, s’asseoir à des repas solennels. C’est là qu’à leur avènement, les rois reçoivent le sceptre et que, pour la première fois, les faisceaux marchent devant eux. « Dans le vestibule, de riches statues en bois de cèdre représentent les aïeux du roi. Chacun y est à sa place : Italus, le vénérable Sabinus, qui planta la vigne, tenant encore sa serpe recourbée, et Saturne, et Janus au double visage, et tous les rois, depuis l’origine de la nation, et les guerriers qui ont reçu de glorieuses blessures en combattant pour lapatrie. On y voitaussi, pendant aux voûtes des portiques sacrés, les armes et les chars des vaincus, des haches, des casques, les portes des villes prises, des dards, des boucliers, des éperons enlevés aux navires. Ficus lui-même, le roi Ficus, dompteur de chevaux, est assis, couvert de la trabée, portant d’une main le bâton augurai, de l’autre, le bouclier échancré des prêtres saliens^. »

Voilà l’idée que Virgile nous donne du palais de Lalinus. Est-ce bien ainsi qu’il devait être, et la des-

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