ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR 26, RUE RACINE
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À mon Maître et S1mi
LA PROUARDUDETAILÉLE
(Parisien de Paris)
En témoignage de reconnaissance et d’affection.
Promenades dans Paris
’L est une étonnante promenade à faire dans Paris, \ree bien celle que nous venons d’entreprendre sur les toits du palais du Louvre; toutefois, pour l’apprécier pleinement il serait bon de posséder à la fois l’âme d’un poète et les mollets d'acier d’un gymnaste. car s’il est difficile et parfois pénible de se hisser là-haut, la vision y est si belle, si imprévue que toute fatigue est vite oubliée.
À quelques mètres des guichets, près du pont des Arts, au pavillon Mollien, se trouvent les bureaux de l'architecte. Là commence un escalier que nous con-
naïssons de longue date; il nous souvient de l'avoir gravi
L'an $
tout enfant, accompagnant notre cher père chez M. Le- fuel, ce très grand artiste qui, sous le second Empire,
dirigea magistralement les reconstructions du palais et des galeries du bord de l’eau. M. Lefuel avait installé
sous les combles son cabinet directorial, un peu per | P
Le NOUVELLES PROMENADES DANS PARIS
hygiène, beaucoup pour écarter les gêneurs, et je revois sa belle tête pensive, sa barbe assyrienne, ses yeux profonds et lumineux, je crois entendre encore sa voix chantante discuter affectueusement avec notre père les grands motifs décoratifs dont il voulait doter les Tuile-
ries.. Que c'est loin tout cela! — Passons devant ce
palier évocateur, montons encore, montons toujours.
Nous longeons un corridor sombre; soudain notre guide pousse une porte grinçante : un flot de lumière nous inonde — nous voici sur les toits : c’est un éblouissement.
Devant nous, autour de nous s'étend un panorama infini, presque féerique et d’un ton si doux, si fin. toute la gamme des couleurs tendres vient se fondre très loin, sous un ciel de cendre grise, moucheté de taches bleues délicates comme des touches d’aquarelle; nous foulons les pentes raides d’une terrasse de plomb hérissée de statues énormes, de gigantesques trophées, de monumentales cheminées de pierre, et ces statues, ces sculptures, sombres sur l’horizon clair, rendent encore plus flous les lointains fuyants de la banlieue parisienne.
Nous avançons le pied hésitant, nous nous penchons au-dessus des balustrades : en bas se creuse la place du Carrousel. Au milieu des terrasses vertes qui l’encadrent le monument de Gambetta semble un morceau de sucre à moitié fondu. Sur la chaussée, les omnibus, les tram- Ways — dont on entend les coups de trompe, — les
‘passants, rappellent une fourmilière en mouvement. Au,