MA MAISON
Je suis gérant, et non propriétaire,
D'un grand hôtel fort connu dans Paris; Je ne me plains jamais d’un locataire,
Et cependant j'en ai de tous pays ;
C'est un séjour on ne peut plus tranquille, Mais quel que soit le temps ou la saison, Si vous avez besoin d'un domicile,
Ah! ne venez jamais dans ma maison.
L'Hôtel du Numéro Deux, l'Abus de l'Eau, les Pois de senteur du Noyé, Monsieur Catafalque, le Convoi de ma Tante, l'Incinération, les Dalles de pierre, etc. — Tels sont, pris dans le tas, quelques-uns des titres suggestifs de ce volume étonnant.
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dimensions... ici l’on en use beaucoup : l’an dernier, le chiffre des morts dépassa 1.100!
Nous pénétrons dans une vaste salle dont un côté tout : entier est garni de casiers noirs portant un numéro et munis d'une poignée; on tire cette poignée et dans un roulement sourd un cercueil ouvert apparaît, contenant un cadavre à demi autopsié, le ventre ouvert, les yeux
blancs : c’est la lugubre resserre où. sous l'influence & 7
des appareils frigorifiques, on conserve des semaines les
corps destinés aux recherches, et le garçon morgueur,
pour en prouver l’absolue rigidité, frappe d’un coup de clef les corps qui rendent un son de bois.
Malgré l'extrême propreté de la salle, l'odeur est terrible. mais il: faut poursuivre jusqu’au bout notre investigation. Cette salle claire, en hémicycle, renferme en son milieu une longue et noire table d’ardoise, munie
à chaque extrémité d’un égouttoir de cuivre poli. Là,
depuis des années et des années furent déposés les corps à autopsier ; là également les criminels, pâles, défaillants, ou crâänant pour la galerie, furent confrontés avec les cadavres de leurs victimes. Quelles scènes terrifiantes se passèrent en cette salle! M. Gaud nous dit l'attitude des-Barré, des Lebiez, des Prévost, des Vodable et autres héros du crime; il nous raconte Gamahut, « le seul vraiment sincère et repentant », se jetant à genoux devant le cadavre de la pauvre femme qu'il avait assassinée, hoquetant, secoué de sanglots convulsifs, suppliant la morte de lui pardonner, mélant deux ruisseaux
de larmes à deux jets de sang qui lui coulaient du nez... Derrière nous, des bocaux où flottent en un alcool trouble des viscères, des fragments humains... à côté, des scalpels, des pinces, un énorme sécateur, une large scie à main dont on n'ose demander l'emploi... A quelques pas de là, une autre salle tendue de bleu sombre; le long du mur une dizaine de chaises recouvertes de velours vert. Ces chaises ont leurs légendes, chacune porte, inscrits sur la doublure grise — à côté de l’estampille de Belloir — les noms des criminels qui sy sont assis durant l’interrogatoire suivant leur confrontation. Voici la chaise de Moyaux, celle de La Pommeraye, celle de Troppmann, etc.
Mais tout cela n’est rien : un rideau blanc se soulève ; nous sommes dans la salle des morts; c'était naguère encore la salle d'exposition, séparée par un vitrage du corridor où défilaient chaque jour des centaines de. curieux de tout âge; hommes, femmes, enfants, dangereux vagabonds, filles en quête de proies, petites ouvrières sortant de l'atelier avec, dans les cheveux, des brindilles de laiton: ou des filnches de soie, tous et toutes venaient s'étonner ou rire devant tant d'horreur, de misère et de sang... quelques-unes y déjeunaient! Grâces soient rendues à M. Lépine qui mit fin à cette monstruosité ! | | . Couchés sur un lit de tôle, six corps sont dus là
— deux femmes, quatre hommes — graves, effrayants, comme en pierre, quelques-uns les tempes et la poi-