THÉATRE MONTANSIER
(Gravure tirée de l'Optique du Jour ou Foyer Montansier, par Joseph R., an HE Binet, del. : | Bovinet, sculpl.
au perron, des écriteaux fichés au bout d’un bâton indiquaient le cours changeant du « louis d’or », qui valut jusqu’à 8.000 livres. en assignals |
En quelques minutes se faisaient et se défaisaient des”
fortunes, et le perron retentissait de cris, de hurlements, de jurons ou d’acclamations joyeuses ?
En 1797, toutes les boutiques, tous les entresols, toutes les caves enserrant cette petite place étaient consacrés au culte de la galanterie et flamboyaient d’enseignes,
SOUS LES ARCADES DU PALAIS-ROYAL ; Eau-forte de l’époque.
d'affiches et de réclames évocatrices : « M': Lolotte, marchande de frivolités ! » — «Mi! Aglaé tient la fan-
taisie en tout genre... » Et derrière chaque fenêtre « s'embusquaient les sourires.
Sous le Consulat et l'Empire, la vie reprit plus ardente
que jamais au Palais-Royal! Les mais rs de jeu y affluaient, les «nymphes » en encombraient les arcades et le jardin. Elles étaient alors sériées en trois catégories: celles qui sillonnaient les galeries de bois et les allées couvertes s’étiquetaient « les demi-castors »; les « castors » occupaient les galeries ouvertes, et re enfin qui, somptueusement, vidaient des carafes de groseille au pavillon de la Paix ou devant la terrasse du Caveau étaient étiquetées « castors fins ».
Les galeries resplendissaient des feux de centaines de lampes dues à l’ingéniosité de l'inventeur Quinquet, et les jardins feuillus comptaient 486 arbres... dont un mort (1) 1...
(4) Promenade d’un gourmand au Palais-Royal. — « Entrons dans “le fameux Palais-Royal. Parmi les nombreux marchands de comestibles qui tapissent ses galeries et qui s’y multiplient chaque jour, nous en distinguerons seulement trois : M. Hyrment, M. Chevet et M. Corcellet.
« Le premier, qui pour être le plus ancien n’est pas celui qui fait aujourd’hui le plus d’affaires, a sa boutique au coin de la galerie neuve, derrière le théâtre de la République. Son étalage pyramidal cest assez séduisant; les pâtés de toute nature y Sont entremèlés avec. les liqueurs, les vinaigres et les moutardes de Maille. Les langues fourrées, les dindes farcies, les truffes cuites et crues, les homards et autres monstres marins forment un ensemble d'autant plus Ne que le local est vaste et bien éclairé.
« Nous n’en dirons pas autant du petit trou obscur qui sert de boutique à M. Chevet. au commencement de la galerie vitrée, qui ne l’est point encore à sa porte, ce qui fait qu'il fait chez lui si noir; mais ce petit trou ne désemplit point d'acheteurs, alléchés par le fuaiet admirable des marchandises entassées dans cet étroit garde: manger.
« Des daims tout entiers pendent à sa porte et lui servent d'en-
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Partout sévissait la fièvre du jeu. On jouait du matin au soir.
Des lithographies moralisatrices avaient beau s’étaler aux devantures des éditeurs, montrant les cataclysmes engendrés par cette passion et soulignés par ce qua-
train :
Il est trois portes à cet antre :
L’Espoir, la Folie et la Mort.
C'est par la première qu’on entre Et par les deux autres qu’on sort!
on se ruait aux tables de lansquenet et de baccara; les professeurs de jeu, les calculateurs de martingales, les
seigne. C’est là, surtout, que le gros gibier se plaît de préférence, ce qui n'empêche pas aux superbes homards, aux belles écrevisses, aux harengs d’Hollande, aux sardines fraîches, aux huîtres grasses et succulentes de Marennes d’y montrer le betit bout de leur nez, pour y annoncer leur présence. Mais les gourmands entendent à demi-mot, et ce petit bout suffit pour attirer l’acheteur des quatre coins de la ville. On s'étouffe dans cette petite boutique, le maître ne sait à qui répondre; mais il ne se plaint point de tout l'embarras qu'on lui donne.
« M. Corcellet peut se flatter d'avoir la plus belle boutique de comestibles qui soit au Palais-Royal. Elle termine la galerie des Bons- Enfants, dont la colonnade sert en quelque sorte de péristyle à ce temple de Comus. Toutes les faces en sont à jour, et c'est à travers de superbes carreaux de verre de Bohême qu’on aperçoit, rangé avec autant de goût que de symétrie, tout ce qui peut émouvoir les désirs de l'homme le plus blasé sur la bonne chère.
« Chaque morceau, élégamment étiqueté, vous apprend son origine, en sorte qu’on peut se donner, à peu de frais, les airs d'un érudit en ntrant dans ce magasin; il suffit d'en étudier un moment les montres. Il faudrait un très gros volume pour énumérer seulement les genres de comestibles que renferme ce temple, et une encyclopédie tout
pointeurs de fiches circulaient; mystérieux et renseignés, offrant leurs services aux néophytes.
Au 113, il fallait faire queue pour trouver place à la table de lansquenet, et le personnel de l’ancienne Cour se réunissait au 164 pour tenter fortune au biribi ; au 159, la mise était illimitée — aussi la même arcade abritaitelle une maison de prêts pour joueurs décavés.
entière s’il en fallait décrire les espèces. Qu'on se contente de savoir que c’est là que les pâtés de foie de Strasbourg, de mauviettes de Pithiviers, de poulardes et de guignards de Chartres, de perdrix de Périgueux, etc., se rendent de préférence en arrivant à Paris. Ils s'y trouvent en pays de connaissance avec les terrines de Nérac, les mortadelles de Lyon, les saucissons d’Arles, les petites langues de Troyes et autres succulents compatriotes; et ils ne tarderont pas à la faire avec le bœuf fumé d’Hambourg, si bon et si modeste; quoique, venant d'aussi loin, il lui fût permis de s’en faire accroire.
« Ce n'est pas seulement par la partie succulente et nutritive que brille M. Corcellet; il ne dédaigne point les friandises, pour peu qu’elles arrivent de loin. Aussi l'excellent pain d'épice, les nonnettes et les rousselets de Reims, les prunes de roi d'Agen, les gelées de pommes de Rouen, les pâtes d’abricot de Clermont, le cotignac de Mâcon et d'Orléans, etc., semblent chez lüi servir de petites pièces aux grandes. C’est une petite farce sans prétention, qui vient à la suite d’une excellente trägédie; ou, peur parler sans figure, c'est un dessert délectable qui, succédant à un diner solide, complète cet admirable assortiment.
« Les restaurateurs sont aussi multipliés au Palais. Royal que les limonadiers, et peut-être davantage. M. Robert, l’un des plus anciens, et ci-devant cuisinier de ME l'archevêque d’Aix, passe encore pour le meilleur et le plus savant. On nomme après lui M. Véry, M. Nauder et les frères Proyenceaux, si renommés pour les in à l'ail et leurs excellentes praode des de merluches.
« Dirons-nous un mot du célèbre fabricant de gaufres à la fla-
Le Palais-Royal semblait avoir atteint l’apogée de sa fortune ; l’invasion y avait conduit les officiers alliés qui y faisaient grand tapage. On parlait avec admiration d’un fringant major russe qui s’était brûlé la cervelle pour les beaux yeux d’une forte femme connue sous le nom de « la Belle Limonadière ». Henri Rochefort nous a raconté avoir aperçu, dans sa toute petite jeunesse, l'héroïne
mande, M. Van Roosmalen, dit La Rose, qui, depuis vingt ans, ne cesse de les faire excellentes, et qui, malgré la hausse successive de tous leurs principes constituants, a eu la délicatesse de ne point les augmenter de prix ni diminuer de volume? Mais nous nous ferions un véritable scrupule de quitter le Palais-Royal, sans ‘entrer dans le magasin de M. Berthellemot. C’est la plus belle boutique de confiseur qu'il y ait à Paris, à beaucoup d'égards la meilleure, et très certainement la plus chère.
« Mais on ne regrette point chez lui son argent, parce que les yeux y jouissent autant que le palais. M. Berthelémot excelle non seulement dans son art, mais il est dans celui du dessin sucré et des inventions nouvelles un homme très habile. Enfin, les devises de ses bonbons sont l'ouvrage des poètes les plus célèbres de la nouvelle France. Que peut-on désirer de plus chez un confiseur. » — GrIMop DE LA REYNIÈRE. Almanach des Gourmands.
Les Cafés du Palais-Royal. — « Dans l'enceinte de ce Palais, on remarque tout d'abord le Café de Foy, renommé pour ses bonnes glaces ct ses sorbets. Là se réunit ordinairement ia bonne société, au sortir du Théâtre-Français et de celui de la Montansier, mais on n'y voit que très rarement des dames. Les autres Cafés sont celui de Chartres, celui de la Rotonde, avec un pavillon dans le jardin, où, en été, on va prendre le frais du soir; celui du Corraza, où l'on peut lire les journaux étrangers ; enfin le café des Mille Colonnes orné d’une quantité de glaces et de jolies colonnes. |
« Dans les caves des galeries du Palais, il faut citer avant tout le
de ce drame sanglant, alors fort âgée et pénible à voir. « Il était impossible, nous assura-t-il, de s’apercevoir qu’elle eût pu être belle... A peine pouvait-on deviner qu'elle avait été limonadière! » Et Rochefort se répandait en regrets sur le sort de l’infortuné major russe qui n'aurait pas manqué, en revoyant plus tard sa beauté, de regretter sa cervelle aussi imprudemment émiettée.
café du Caveau, dit du Sauvage, sous le café de la Rotonde; il comprend deux grandes salles, qui, dès le matin jusque vers les sept heures du soir, sont occupées par un restaurateur, où l’on trouve des déjeuners froids et chauds, et où, à raison de vingt-cinq sous, un ample diner bien arrosé. Le restaurateur disparu, un limonadier prend sa place; une musique aiguë et discordante, accompagnée d'un tambour de basque, s’y établit, de même qu’un homme, auquel le maître du café paye six livres par séance pour jouer le sauvage, qui se place dans une sorte de grotte fermée par des décorations en bois, et entourée de trois ou quatre timbales, qu'il frappe d’une telle force faisant des grimaces, des sauts et des bonds pour amuser les habitués ; ceux-ci sont, pour la plupart, de petits marchands qui s’y rendent, avec femmes et enfants, pour boire la petite bouteille de bière aigre et manger des PATES
« On prétend que celui qui fait le rôle de sauvage est bee cocher de Robespierre.
« Le Café des Aveugles, non loin de celui du Sauvage, est installé de même sous terre. Son nom lui vient de l'orchestre complet, composé exclusivement d’aveugles formés aux Quinze-Vingts, qu y sont tous les soirs.
« Il y a parmis eux une femme aveugle qui chante des airs de bravoure, mais dont la voix est fausse et aigre. Ce café est divisé en vingt petits caveaux joliment décorés. Le flux et le reflux continuel ne cesse que vers minuit. Des gens de toutes les classes et conditions sortent ct entrent sans discontinuer.
« C'est aussi dans ce Café que résident Mmes Angot, nom célèbre
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