‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 30 sur 75 · DER ER · texte numérisé non relu

DER ER

du

En 1815, la terrible phalange des « demi-soldes » fait du Palais-Royal son quartier général. Ces officiers héroïques, ces intrépides qui si longtemps n’ont connu ni le repos ni la défaite supportent difficilement leur inaction forcée. Privés de leur grade, sans argent, rongeant impatiemment leur frein, ils viennent s'installer au Palais- Royal, et là, embusqués derrière une tasse de café qui sera leur unique consommation de la journée, ils 1ttendent le moment psychologique où leur terrible haine éclatera sous la forme d’une brutale provocation : un

=. mot, un geste, un regard, le titre d’un journal, la forme 24 ) ; oardq,; J

d’ün chapeau, tout leur sera prétexte. Comme par hasard. on ramassera une paire d’épées sous le comptoir, aux pieds de la caissière majestueuse, trônant entre deux

dans toutes les pièces facétieuses qu'on donne à Paris pour amuser la population. Ce sont deux grossés marchandes de bouquets, qui vont présenter des fleurs aux godiches pour leurs belles et qu’elles font payer plus ou moins cher.

« Outre ces bouquetières, des marchands de plusieurs objets, bagues, bretelles, petits bijoux, sucreries, etc., parcourent ces caveaux en quête d'acheteurs. Des filous y font aussi leur tournée.

« Le Café ou Caveau des Variétés, sous la galerie vitrée, n’est pas moins remarquable; il comprend deux grands caveaux, qui, SALE séparés, communiquent l’un avec l’autre.

« Dans chacun de ces caveaux, on a disposé un petit théâtre, sur lequel on joue alternativement, de manière que le jour où il y a spec- tacle dans l’un des caveaux, il y a musique dans l’autre.

« La société qui fréquente ce Café est fort mêlée; elle n’est composée ordinairement que de petits bourgeois, d'ouvriers, de soldats, de domestiques et de femmes à grands bonnets ronds et à gros jupons de laine, On n'y joue que des vaudevilles en un acte, de manière à

piles de morceaux de sucre, et ceux qui n’auront pas le loisir ou la patience d’attendre au lendemain pour se couper la gorge régleront leur différend ici même, sur-lechamp, au café. On rangera quelques sièges le long du mur pour dégager le champ nécessaire, ou l’on montera sur le billard, et bientôt les mêmes serviettes qui ser-. vaient à essuyer les soucoupes auront à étancher une large mare de sang sur le tapis vert ou sur le carrelage saupoudré bien vite de sciure de bois.

Le gouvernement de Louis-Philippe éprouva le besoin

d'apporter de sévères modifications à ce troublant état de choses. On ferma les jeux et on éloigna les femmes galantes.. Ce fut la mort du Palais-Royal !

Cependant, on avait embelli le vieux Palais, un beau

pouvoir renouveler le public. Les spectateurs assis autour de petites tables peuvent, tout en écoutant les acteurs, boire et manger sans dérangement. Le théâtre n’est élevé que de deux pieds au-dessus du niveau du parquet et si petit, qu’à peine quatre ou cinq artistes y peuvent tenir. Ces spectacles se donnent gratis, pour attirer des chalands. Les premiers acteurs gagnent trente-huit sous par jour, une bouteille de bière et un petit verre d’eau-de-vie; les artistes de second ordre n’ont point un traitement aussi brillant: ils ne reçoivent que de la bière, ou une tasse de café, ou quelques sous par jour selon leur talent. | |

‘ « Malgré la chaleur insupportable et l’air méphitique qui règnent dans ces caveaux, d'où s’exhale une épaisse vapeur capable de faire rebrousser chemin à celui qui y descend, journellement une foule de monde y va et s'y amuse. Toutefois la police de Paris doit veiller avec soin et rigueur sur tous ces lieux de réunion, qui, sans cette vigilance, deviendraient facilement des repaires de vols et de brigandages. » — Lettres de Paris de 1806 à 1807.

passage, élégant, luxueux — il existe encore, et c’est là que loge l'Office Colonial — avait remplacé les galeries

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