‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 31 sur 75 · C PA · texte numérisé non relu

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gaieté de Paris. C'était une sorte de foire perpétuelle où se coudoyaient toutes les classes de la société. Il convient toutefois d’ajouter que les joueurs, et les filous,

en formaient l’imposante majorité. Les boutiques qui bordaient ces galeries — des échoppes sombres — se louaient jusqu’à trois et quatre mille livres! Chose inouïe, la décadence de ce vilain coin de Paris date du jour où il fut nettoyé!

Sous le Second Empire, les belles vitrines des Boucheron, des Mellerio, des Qudin attiraient encore la foule sous les jolies arcades du Palais-Royal. La musique militaire y était acclamée. Succédant aux d'Orléans, le prince Napoléon logeait dans l’ancien logis d'Anne d'Autriche. Les somptueux étalages de Chevet massaient derrière les vitres des bandes de curieux affamés, contemplant, infortunés Tantales, ces merveilles culinaires qui, c'est le cas de le dire, devaient leur passer devant le bec. Les polytechniciens, le mercredi et le dimanche soir, se réunissaient devant le bassin pour .aller dégustèr une tasse de fin café à l’estaminet Hollandais avant de regagner en bande les hauteurs de la Montagne- Sainte-Geneviève. Plus que jamais, le théâtre-du Palais- Royal triomphait avec l’admirable répertoire de Labiche, de Th. Barrière, de Meilhac et Halévy, de Gondinet et de Sardou... Ce fut le dernier rayon de soleil.

Pendant la guerre, dans le jardin vide, on fait l’exercice, les boutiques se ferment, les piles de boîtes de conserve remplacent chez Chevet les homards, les lan-

goustes, les pâtés de foies gras et les dindes truffées. A côté, chez M*° Prévost, la fleuriste du Théâtre-Français, on vend du beurre minéral et de la fausse tête de veau en imitation d'imitation. C’est l'abandon, le silence, la mort.

On tenta maintes fois, depuis cette fatale époque, de galvaniser le vieux Palais; puis, peu à peu, une par une, les arcades se sont vidées ; les importants négociants qui

y étalaient leurs bijoux et leur luxe ont émigré ; les Cafés renommés ont éteint leurs fourneaux. De petits commerces, d'humbles négoces, des fabricants de doublé ou des négociants en cartes postales ont envahi les boutiques

avilies, et maintenant, c’est la mort, la mort lente! Les employés de l’Office Colonial parcourent seuls la galerie d'Orléans jadis si encombrée, c’est à peine si quelques passants, soucieux de constater leur embonpoint menaçant, s'arrêtent une minute pour se placer sur l’inexorable bascule qui leur annonce qu'ils ont encore engraissé.. et dans le jardin presque désert quelques pâles voyous et quelques malpeignés des deux sexes se pré-

lassent sur les bancs que si gracieusement occupèrent jadis les Merveilleuses en claires toilettes.

Dépouillé des vices qui l’auréolèrent, le Palais-Royal dort du sommeil de la vertu, et l’on pourrait terminer une causerie sur ce beau Palais, si joyeux autrefois, si déserté aujourd’hui, par cette lugubre épitaphe :

Ici git le Paris d'autrefois!

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ous étonnerons peut-être bien des gens en leur appre- \ nant que l’emplacement où pourrait s'élever la boîte du souffleur au théâtre Sarah-Bernhardt (1), correspond exactement à l'endroit où, le 25 janvier 1855, à sept heures du matin, des maraîchers découvrirent, pendu à un croisillon de fer, contre un égout, le cadavre du poète Gérard de Nerval. Ce drame se passait rue de la Vieille-Lanterne, au bas d’un escalier de douze marches disjointes et gluantes, conduisant à la rue de la Tuerie. Au bout de la rue, les premières lueurs de l’aube faisaient étinceler dans le brouillard-la statue dorée surmontant la colonne du Châtelet. | Grand émoi dans Paris : Gérard de Nerval y était fort aimé ; c'était un doux rêveur épris d’art, un peu fou, très bohème, qui, après avoir affiché sa passion pour une

(4) Il n’y a pas de souffleur au théâtre Sarah-Bernhardt; la curieuse lettre suivante publiée par le Journal Le Gaulois et reproduite en son

No du 20 septembre 1907 par l'Intermédiaire des Curieux et des Cher

cheurs, nous édifie pleinement à cet égard:

.« Jamais je n’ai eu desouffleur. Vous chercheriez vainement sa boîte

charmante actrice, M'e Jenny Colon, s'était proclamé l'amant de la Reine de Saba! On voulut voir le tragique décor de ce drame et la rue du Pied-de-Bœuf, la rue de la Tuerie et la rue de la Vieille-Lanterne — sentes hideuses qui s’entre-croisaient à la place occupée aujourd’hui par le théâtre Sarah-Bernhardt et les magasins des frères Allez — reçurent la visite des artistes, des badauds etdes belles dames avides d'émotions fortes.

Ce matin-là, notre cher maître V. Sardou était allé demander au nommé Constant, concierge de lOdéon, des nouvelles d’un Bernard Palissy inutilement présenté au théâtre ; apprenant qu’on venait de découvrir G. de Nerval pendu en une ruelle voisine du Châtelet

sur mon théâtre. J’ai fait des tournées en Europe, en Amérique, demain je pars donner une série de représentations dans les principales villes de province et jamais jé n'ai consenti à l'admettre dans ma troupe. Mes artistes le savent. Ils apprennent leurs rôles, les connaissent aussi parfaitement que possible et peuvent ainsi les interpréter sans défaillance. S'ils pensaient avoir un souffleur, certains s'y fieraient et à la représentation leur esprit tout préoccupé à bien saisir la réplique, ne pourrait s'appliquer à traduire une situation où à exprimer un état d'âme.

« Je sais; la présence du souffleur, pour beaucoup d'artistes, reste une affaire d’habitude. Lorsque je montais l'Aiglon de Rostand, Coquelin répétait le rôle de Flambeau. Il m’avertit de son impossibilité de jouer s’il n'apercevait le souffleur. Après avoir essayé de le convaincre, je le lui promis. La veille de la répétition générale, Coquelin ne voyant ni trou ni souffleur, me prévint : «Je ne jouerai pas ». Je promettais à nouveau. Au moment de lever le rideau il réclamait encore. Quelques instants après il entrait en scène. Depuis, pendant toutes les soirées de l’Aiglon, Coquelin joua sans souffleur.

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