‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 4 sur 75 · ENTRE · texte numérisé non relu

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raisin juteux, sucré, doré ; nous rencontrons l’heureux propriétaire bèchant et sarclant ; il veut bien nous faire lui-même les honneurs de ses plates-bandes où s’épanouissent les œillets, les roses, les géraniums. Cette année la récolte fut médiocre. où sont les automnes où il recueillit jusqu’à huit kilos de chasselas ?.… les cerisiers ont été faibles et les pommiers hésitants, mais la floraison des cactus a dépassé ses plus ambitieuses espérances

et les chrysanthèmes s’annoncent magnifiques !

Il faudrait cependant redescendre et nous restons toujours là, rivé aux balustrades de pierre, réêvant devant cette splendeur : Paris... et voici que près de nous, une cloche tinte tout doucement, puis deux, puis vingt. c’est l'heure qui sonne, éveillant les carillons ; tous les clochers tressaillent à la fois, leurs tintements graves ou clairs tourbillonnent sur l’immense ville.

D'ordinaire, nous percevons mal ces trilles délicats et menus, ces sonneries atténuées, apportées de très loin par le vent qui fait la basse, mais tout là-haut, sur les toits immenses et silencieux, ce bruit devient particulièrement émouvant.

Sur la ville brûlante, un instant apaisée, On dirait qu'une main de femme s’est posée... (1)!

Et nous reprenons le chemin du retour, avec les mêmes difficultés et les mêmes enthousiasmes... Pour

(1) Albert SAmain. Les Roses dans la Coupe. Le Chariot d'Or (p. 20).

varier nos plaisirs, nous enjambons une douzaine de grosses poutres grises de poussière, et nous voici au. haut de l’escalier Henri IL... les yeux pleins encore de cette sublime apparition de Paris, et nous surprenant à fredonner les premiers vers de la chanson du « bon poète » Delmet :

Les mots les plus tendres jamais Ne diront combien je t’aimais…

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La rue Mouffetard. — La rue de l'Épée-de-Bois.

vous les premiers brouillards de septembre, trainant S comme des voiles, certaines promenades semblent plus attirantes que d’autres, et l’automne est la saison désignée pour visiter la mélancolique église Saint- Médard : un des plus pauvres sanctuaires de Paris, un de ceux dont l'aspect provincial et vieillot rappelle le mieux ces églises de village rencontrées au hasard des routes, pendant les mois ensoleillés d'été.

Tout au bout de la rue Monge, plus loin que l’École

polytechnique, à l’angle de la rue Censier, Ia haute

__ silhouette de Saint-Médard se profile sombre sur le ciel clair. Flanqué d’un square poussiéreux, le porche gris

de la vieille église s’ouvre sur une place étranglée qu’entourent de hautes maisons bariolées d’enseignes multicolores. La nef est vaste et sombre; les dalles de pierre

sont comme usées par des siècles d’agenouillements, les

murs semblent patinés par la fumée des encens. Quelques précieux fragments d'anciens vitraux tamisent un jour discret sur des femmes du peuple priant dévotement, immobiles, les yeux clos, les lèvres murmurantes. Devant elles reposent leurs filets ou leurs paniers d’osier gonflés de carottes, de salades, de fruits, et d’où sortent les tiges des céleris, dont elles viennent de faire provision. | L'église Saint-Médard, aujourd’hui délaissée, eut sous Louis XV son heure de célébrité et de broubaha; la Cour et la Ville y accoururent et le peuple s’y étouffa (1). Tout ce pèlerinage convergeait au tombeau d’un pauvre diacre janséniste, François Pâris, qui avait été « pieux, humain et de charité sans bornes. Jeünant trop (pour donner aux pauvres), il devint plus qu'à moitié fou. Il avait pour sa thébaïde une loge de planches dans une cour humide du quartier Saint-Marceau, où, jeune

(1) Voici Fépitaphe inscrite sur la pierre du tombeau du diacre

« HIER. NIC. de Paris, Conseil au Parlement de Paris, a consacré cette pierre à la mémoire d’un frère qu’il aimait tendrement, faible soulagement d'une douleur que la foy seule peut modérer. »

« Son Alt. Séréniss, Mne la princesse de Conti, seconde Douairière, visita le tombeau de M. François Päris. Diacré inhumé à Saint- Médard-les-Paris le 47° du mois d’Aoust 1731. — Suit une gravure nous montrant ce qu'était la tombe : une pierre plate posée presque au ras de terre — autour, un mur bas, pércé de fenêtres. — Devant la tombe, des femmes convulsées, des hommés qui baisent la pierre, des culs-de-jatte qui s'y traînent, des méndiants sur des béquilles, des grandes dames en chaises à porteurs, des gardes la hallebarde au poing... de. | |

« Le cimetière fut fermé le 29 janvier 1732. »

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