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LE PALAIS-ROYAL — LE THÉATRE LOUVOIS — LA PLACE DES: VICTOIRES

Extrait de l'ATLas pe LA Vire DE Paris, par N. Maire, édition de 1813.

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« si gaiement donnait à souper, à jouer et à aimer ». Vers 1763, elle se découvre d’imprévus talents de comé-

dienne; mais un fâcheux accent méridional vient tout

gàter et d’actrice elle se fait directrice. de théâtre. La royale protection de Marie-Antoinette — à qui la fine mouche a su plaire — lève les mille difficultés administratives; les adorateurs de la veille deviennent les commanditaires du lendemain, et la Montansier règne au théâtre du Palais-Royal. Une seule scène ne suffit bientôt plus à sa dévorante activité, le répertoire tragique la tente : la Montansier décide d’élever un vaste théâtre, digne de de ses projets grandioses, sur des terrains situés rue de Richelieu, provenant de l’ancien hôtel Louvois, — c’est l'emplacement qu’occupe aujourd hui le square. Elle les achète 460.000 livres, sur lesquelles elle verse 55.284 livres d'acompte, le reste doit être payé en douze annuités.

Le théâtre s’appelle Théâtre de la Réunion des Arts et son programme «réunira tout ce que les Beaux-Arts ont de plus brillant; des opéras, des pantomimes, des fêles variées, excitant l’émulation des artistes et tendant à accroître la fortune nationale, en appelant la richesse étrangère ». Ce « prospeclus » se terminait bien entendu par un appel de fonds, la Montansier invitait « les citoyens éclairés » à souscrire 8.000 billets de 3.000 livres, payables en trois années et devant toucher après complète libération un dividende d’au moins 15 ‘/,. — Ces belles promesses ne suffirent pas à attirer les capitaux nécessaires; sans hésiter la Montansier emprunta et le 15 août 1795

le « Théâtre National » ouvrait ses portes rue de Richelieu devant 2.300 spectateurs qui trouvant une des trois pièces trop ennuyeuse la remplacèrent par le chant de la Marseillaise. La Constitution à Constantinople est applaudie grâce à la somptuosité de son apothéose : un char triomphal traîné par huit chevaux portant les «tables de la Loi » qu’escortaient Franconi et sa’ troupe équestre. Pendant quelques mois la Montansier s’efforce à lutter contre la fortune : {a Mort de César alterne avec J.-J, Rousseau au Paraclet, le Mercure galant, Seliko ou les Nègres; mais arrive la grande période terroriste, le passé royaliste de la Montansier la rendait éminemment suspecte; de plus, on murmurait dans Paris que l'Opéra, exilé boulevard Saint-Martin, serait beaucoup mieux logé dans ce beau théâtre neuf, admirablement outillé pour les mises en scène, et les puissants du jour n’attendaient qu’une occasion de mettre la main dessus.

Un article de l’ignoble Père Duchéne mit le feu aux poudres : la mère Duchêne veut aller au nouveau théâtre « beau à faire peur qu’une brave citoyenne a fait con- Struire exprès pour amuser tous les sans-culottes de Paris». Alors éclate la « grande colère du père Duchèêne »: « Quel est le laquais de muscadin qui t'a fait un pareil conte? C’est la Montansier dont tu veux parler et tu donnes le nom de citoyenne à une pareille guenon ?.… Apprends que cette balayeuse de coulisses était la première pourvoyeuse de la louve autrichienne. elle aida le traître Dumouriez à faire perdre le crédit des assignats

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en affichant à la porte de son spectacle que l’on paierait trois livres aux premières places en numéraire et six francs en assignats. On saura que chaque pierre de son théâtre est cimentée avec le sang du peuple et que les décorations ont été faites aux dépens des chemises de .nos braves volontaires... La Convention ne doit pas souffrir auprès de la Bibliothèque nationale un spectacle qui tôt

. ou tard y mettrait le feu... »

Le 13 novembre 1793, Chaumette reprenant la thèse d'Hébert dénonçait à la tribune la citoyenne Montansier, . « comme ayant fait bâtir la salle de la rue de la Loi (c'était le nom républicain dela rue Richelieu) pour mettre le feu à la Bibliothèque... l'Angleterre avait fourni les guinées et la ci-devant Reine 50.000 écus... » Hébert appuyant l’inepte dénonciation de Chaumette précisait « qu'on lui avait offert une loge pour taire ses renseignements personnels », dix jours plus tard l’infortunée directrice était incarcérée à la Petite-Force.

Le 16 avril 1794 un arrêté du Comité du Salut public mettait le Théâtre national à la disposition de l'Opéra qui s’y installait le 20 thermidor (7 août 1794). La salle ouvrait ses portes sous le nom de Théâtre des Arts, et le titre se modifia suivant les régimes au pouvoir. L'Empire et la Royauté vinrent s’y faire acclamer et les Parisiens s’y pressèrent jusqu’au 13 février 1820 (1).

(1) Bonaparte, premier Consul, se rendait au théâtre de la place Louvois, lorsqu'il échappa par miracle à l'explosion de la rmachine infernale de la rue Saint-Nicaise,

C'était un dimanche, Paris fêtait les jours gras, et l'Opéra donnait le Rossignol, le Carnaval de Venise et les Noces de Gamache, « cette représentation, disait l'affiche, devant remplacer pour les locataires des loges et les abonnés celle du lundi 14, réservée à un bal masqué ».

Vers onze heures du soir, un peu avant la fin du spectacle, au moment où le duc de Berry, second fils de Monsieur (depuis Charles X), accompagnait jusqu’à sa voiture la duchesse, un homme, se glissant entre le mur et le factionnaire qui présentait les armes, saisit le duc par l’épaule gauche, le frappa au côté droit et s’enfuit.

Ceci se passait devant la sortie particulière de l'Opéra, en face l'actuel numéro 5 de la rue Rameau. Les passanis, très nombreux rue Richelieu, entendent des cris et aperçoivent, à la lueur des lampions de la fête, un homme se sauvant du côté du boulevard. A la hauteur de l’arcade Colbert — dont un fragment de voussure subsiste encore, encastré dans une maison que la rue Colbert sépare de la Bibliothèque, — le fuyard heurte un garçon limonadier « qui apportait des bavaroises à

l'Opéra », ses « bavaroises » roulent à terre et le limo- .

nadier furieux, saisit au collet le maladroit ‘ On s’en emrare, on le traine au poste du théâtre, on l'interroge. L'assassin, très calme, déclare se nommer Louis- Pierre Louvel, ouvrier sellier aux écuries du Roi, place du Carrousel... | — Si j'ai commis ce crime, ajoute-t-il, c’est que je

voulais délivrer mon pays de ses plus cruels ennemis

Bonapartiste ardent, Louvel raconte ensuite que de-

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puis 1814, il suivait le Prince, guettant « aux chasses, aux promenades, dans les églises », l'instant de le frapper. Après avoir vu le bœuf gras dans la journée, il était rentré chez lui pour prendre un second poignard et avait diné dans un restaurant voisin de l’Opéra.

A l’arrivée du Prince le courage lui avait manqué, il rentrait se coucher, quand, en traversant le Palais-Royal, il se rappela avoir entendu le duc donner à son cocher rendez-

(1) Poignard qui servit à l'assassinat. (1) 2) (2) Poignard que Louvel destinait à la famille des Bourbons, (Dessins et note de l’époque.)

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vous à onze heures moins le quart, et « comme ses idées ne le quittaient pas », il revint rue Rameau, décidé à tuer. Le lendemain Louvel était écroué à la Conciergerie, et quatre mois plus tard, guillotiné. « Hâtons-nous, on m'attend là-haut ! » telles furent ses dernières paroles à l'exécuteur.

Lorsque le duc de Beni sentit le manche du poignard enfoncé jusqu’à la garde, « Je suis mort! » s’écria-t-il an arrachant l’arme de la Re Un jet de sang jaillit sur la robe de la duchesse et le prince tomba entre les bras du comte de Mesnard ; on le monta dans le petit salon attenant à la loge royale.

Nous possédons de ce crime un récit extraordinaire. documenté jusqu’à la minutie, dû à un nommé Roullet, libraire, dont l’ « épouse » était ouvreuse de cette loge.

Ce brave homme, en un style extravagant rappelant les meilleurs jours de feu Joseph Prudhomme, nous initie minule par minute, aux phases de cette royale agonie (1). C’est d’abord l’arrivée « pour le Carnaval, après le Rossi-

(1) « L'entrée de la loge du Roi est par la rue Rameau, à côté de la caisse de l'Opéra, tenue par M. Bonnemer. Une petite guérite est adossée à la muraille, destinée à poser une sentinelle de la Compagnie du Centre. Sur le plat de la guérite, à gauche, est écrit avec du blanc, au-dessus de l'œil de bœuf, deux fois, Reine ; sur le montant, à droite, gravé avec un coutcau : Wiane, Bldñchard, Guin.. Ce qui distingue l'entrée de la grande porte, ce sont deux bornes de deux pieds de circonférence, sur trente pouces de haut, revêtues de tôle peinte en gris, entre: lesquelles s’arrêtait la voiture du Prince. Un auvent peint, imitant le coutil, à droite et à gauche. » — Rouzzer. Récit huslorique, etc., page 6.

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ÿnol(1), pendant l’entr’acte, la princesse bâille : « Veux- Lu rentrer te coucher? — Non, je veux voir le ballet. » Ils assistent au premier acte des /Voces de Gamache et le prince conduit la princesse à sa voiture... Des cris, des

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(4) « .….Mon épouse est montée à sept heures pour faire son poste; elle attendait le Prince et la Princesse. Monseigneur lui dit en montant : « Madame Roullet, est-ce commencé? » Elle lui dit : Monsei- « gneur, voilà le Rossignol qui commence ». Le Prince répond : « Ah! « c'est bon ». Ils entrent dans leur loge accompagnés de M. le comte de Mesnard, le comte de Choiseul-César, le comte de Coigny, le comte de Clermont, Mwe la marquise de Béthisy. » — RourLer. Récit historique, etc., pages 19 ct 20.

clameurs.. on remonte le corps rouge de sang... « Un prêtre, vite un prêtre! ».… Puis Roullet reçoit d’un témoin « le fer homicide ; je le déposai, précise-t-il, entre le bouchon d’un flacon de vinaigre et le petit morceau de sucre qui me restait »….. « Un « enfant d’Esculape » donne les premiers soins, un M. Bougon, concierge « suce la plaie »; enfin, entre le grand chirurgien Dupuytren qui « enfonce un doigt entièrement dans la blessure afin de faciliter l'évacuation du sang ». On vide par les fenêtres des cuvettes ensanglantées qui éclaboussent la livrée, les chevaux et les voitures ; la pièce où se déroule ce drame est pleine de personnes affolées et inutiles, et l’on ne sait où trouver une orange pour apaiser la soif du mourant... La duchesse de Berry et Me de Béthisy détachent leurs jarretières pour faire des liga-

tures, mais « on ne peut les utiliser, car elles étaient

élastiques (1) », | Arrivent l’archevêque de Paris (2), la duchesse d’Angoulème, les enfants naturels du duc, « deux petites filles vêtues de petites redingotes de casimir fond jaune, . Chapeau blanc (%) ». Enfin, à cinq heures du matin, on

(1) « Je jetai ma cravate aux chirurgiens, mais comme elle était de mousseline, ils ne purent s’en servir. Ce fut la ceinture de la Duchesse qui servit de ligature, » — RouLLer. Récit historique, etc., page 29.

(2) L'archevèque de Paris refusa tout d'abord d'aller porter le viatique au duc de Berry, sous prétexte qu'il agonisait en un théâtre, « lieu damnable ». Louis XVIII, pour vaincre sa résistance, dut préalablement décider la désaffectation de l'édifice.

(3) « Lorsque le Prince fut couché dans la salle de l'administration,

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