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se séparant, l’on se jura d’être le lendemain dans la rue, en armes, au premier coup de canon ({). Le reste n’est que trop connu : le 18 mars, la Commune de Paris, la lutte fratricide, les incendies, les exécutions.
La salle existe encore, à peine modifiée; c’est aujourd'hui un atelier garni d’étaux, d’établis, de martinets à balancier. On y brunit, on y plane des plats d’argent ; d'alertes travailleurs ont remplacé les terribles révolutionnaires de 1871; et une brave ménagère, avec des yeux d'intelligence et de bonté, nous fait les honneurs de ce paisible logis d’où sortit, il y a trente-six ans, l’étincelle qui faillit brûler notre cher Paris!
(1) « Nous siégions dans une chambre du troisième étage et je me souviens que le 17 mars, à minuit, en nous séparant, nous nous engagéâmes à être dans la rue au premier coup de canon qui devait nous annoncer la tentative prévue de la réaction. » (Renseignements particuliers.)
L est difficile de rencontrer dans Paris jardin public plus I parfaitement bourgeois et familial que le square Louvois. Enserré entre trois façades de hautes maisons grises, séparé de la Bibliothèque nationale par la rue Richelieu, toujours bruyante et encombrée, le square Louvois abrite la clientèle des nourrices et des bonnes d'enfant du quartier, groupées à l’ombre d’un peuplier qui fut, assure-t-on, arbre de la Liberté en 1848.
Quand midi sonne et qu’il fait beau, une nuée de
petites ouvrières envahit le jardin pour y déjeuner en
plein air sur les bancs verts de l’administration et l’on y expédie à belles dents la viande froide, le fromage d'Italie et les œufs durs traditionnels; menu frugal auquel les raffinées ajoutent deux sous de pommes de terre frites, glissées bouillantes et dorées en un cornet de papier jaune, avec, au coin, un pli pour le gros sel... Une heure plus tard les moineaux parisiens achèvent dans le sable, où jouent les bébés, les reliefs clairsemés du déjeuner des midinettes.
Que de souvenirs joyeux, pittoresques ou sanglants évoque ce petit square d’allure si calme... Sur son emplacement, en moins de vingt-cinq ans, on donna la comédie, on dansa des ballets, on chanta des opéras, et un assassin politique y joua même une tragédie sanglante?. Ce fut là, en effet, que Louvel, le soir du 13 février 1820, poignarda le duc de Berry au sortir d'une représentation donnée à l'Opéra, bâtiment trisle et solennel, rappelant par sa simplicité voulue l’époque révolutionnaire où il fut édifié.
L’entrée principale — un énorme péristyle percé de onze arcades fermées de grilles — s’ouvrait de plain-
pied rue Richelieu. Sur l'emplacement du square actuel,
à droite, un pont volant reliait la scène au magasin de décors, installé rue de Louvois et que remplace aujourd’hui une école de la Ville de Paris; à gauche, rue Rameau, une entrée particulière permettait au Roi et aux princes de gagner directement leurs loges sans se mêler au public. Mais, avant d’être Académie royale de musique, le théâtre de la rue Richelieu avait subi bien des avatars et franchi bien des écueils!
C'était la Montansier qui l'avait fait construire, et l’on connaît les multiples aventures de cette femme extraordinaire. Aimable, spirituelle, jolie, accueillante, elle avait débarqué de Bayonne en 1746, chez sa tante, marchande à la toilette, 12, rue Saint-Roch, et pendant quinze ans les rapports de police ne tarissent pas d'amusantes indiscrétions sur la belle Basquaise qui