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de Médicis; quand on le détruisit, inachevé, sous la Régence, les colonnades en furent achetées par le duc d'Orléans, qui s’occupait alors d’orner ses jardins... et cest l’histoire de la jolie Naumachie, relevée sous le second Empire, où les gentils bébés offrent aujourd’hui du pain aux canards mandarins. |
En 1789, Monceau était célèbre et le duc s’en montrait justement fier ; les meilleurs artistes y avaient collaboré; on y admirait un chef-d'œuvre de Houdon, « une figure en marbre blanc de femme prenant un bain, derrière elle une négresse en plomb peint en noir, répandant avec une aiguière d’or, de l’eau sur le corps de sa maitresse » ; une statue de Bacchus, présidait aux vendanges dans une pergola italienne. Ce beau jardin était universellement renommé ; les poètes chantaient ses ombrages :
J'en atteste, Ô Monceau, tes jardins toujours verts,
écrivait l'abbé Delille — que cette mauvaise langue de Chamfort traitait irrévérencieusement de « moulin à vers ». — Comme on avait alors la manie des « farces de jardin », les promeneurs se voyaient subitement arrosés par d'invisibles jets d’eau jaillissani à:.la figure des hommes ou sous les jupons des dames; à la place où passe aujourd’hui le pont de pierre, il y avait un pont de bois mobile qui, lorsqu'on le traversait, fléchissait, puis, remontait après avoir doucement plongé dans l’eau
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jusqu’à la ceinture les visiteurs affolés; une jeune fille mourut victime de cette stupide plaisanterie.
La maison d'habitation s’ouvrait rue de Monceau — à peu près sur l’emplacement de la belle grille dorée, forgée par Moreau; elle recélait des merveilles, des salons étincelants de cristaux, des cabinets chinois, des pavillons bleus, jaunes et blancs, une grotte légendaire où l’on soupait à l’abri des regards indiscrets, éclairée par des bougies fichées dans des coraux factices; pas de serviteurs, les plats montaient des cuisines par des trappes et un orchestre invisible égrenait ses plus enivrantes mélodies sur « le toit de la grotte... » ce qui est bien peu plausible.
C’est à Monceau, assure M"° Elliott dans ses amusants Souvenirs, que Lafayette et Bailly, déjeunant le 14 juillet 1789 chez le duc d'Orléans, entendirent le canon tonner et qu’on leur annonça la prise de la Bastille, « sur quoi ces messieurs partirent en toute hâte (4) ».
Le petit château, les dépendances et le parc couvraient une immense étendue de terrain, un quadrilatère compris entre le boulevard de Courcelles, le boulevard Malesherbes, la rue de Valois (aujourd’hui rue de Mon-
(4) « Le 14 juillet au matin... j'allai par mon jardin chez le duc d'Orléans à Monceau pour tacher de le voir avant qu'il se rendit aux
États. Dès qu'il m’aperçut, il sortit et me pria de déjeuner avec lui,
le marquis de Lafayette et M. Bailly, deux de ses amis... Pendant le déjeuner nous entendimes le canon et on nous annonça la prise de la Bastille, sur quoi ces messieurs partirent en toute hâte. »
Mme Ecuorr. Mémoires sur la Révolution, p. 26.
ceau) et la rue de Courcelles jusqu’à l'hôpital Beaujon ; toutes les avenues dédiées aux peintres Van Dyck, Velaz-
quez, Murillo, le musée Cernuschi et la rue de Vigny
sont bâtis sur l’ancien parc Monceau — qu’un fossé séparait seulement du boulevard de Courcelles, c’est-à-dire des champs ! Après l'exécution du duc d'Orléans, la Convention affecta les « Folies de Chartres » à des œuvres patriotiques.
Napoléon I° en fit don à Cambacérès ; maïs, trois ans plus tard, l’archichancelier, effrayé de la dépense qu’en-
trainait Monceau, pria l'Empereur de le débarrasser de cet onéreux présent. En 1814 Louis XVIII restitua aux d'Orléans leur propriété familiale, où s'installa en 1848 la haute direction des ateliers nationaux. C’est le second Empire qui ouvrit au public le parc Monceau bien diminué : la superficie, qui couvrait, en 1789, environ 19 hectares, en occupe à peine 9 aujourd'hui. — Un peuple de statues égaye de nouveau les pelouses tondues : Gounod sourit à Ambroise Thomas, Paiïlleron plastronne, notre cher et regretté ami Guy de Maupassant y dresse sa belle tête énergique; quelques déesses et des effigies de travailleurs populaires complètent cet ensemble disparate.
Ce séjour « des Jeux et des Ris » est devenu familial et bourgeois. De jolies mamans, d’opulentes nourrices en bonnets enrubannés promènent d’adorables bébés dans les « bocages » où le duc de Chartres, le duc de Biron,
Lafayette, Sillery, accompagnaient M"° Elliott ou M”° de
Buffon.
Aujourd’hui des hôtels superbes, d’artistiques villas font au parc une ceinture d'élégance ; les champs qui le bordaient autrefois, après avoir été la Petite Pologne,
un réceptacle de misère, un repaire de chiffonniers, sont
devenus de somptueuses avenues, d'imposantis boulevards ! Moins d’un siècle a suffi pour qu’un des quartiers de Paris les plus misérables devint un des plus luxueux. Un siècle! pas même, puisque le général Lagrange racontait au maître Victorien Sardou avoir chassé la perdrix dans cette campagne au temps de sa jeunesse.
Des champs, des masures, puis un centre d’aristocratie
et de luxe, telles sont les étapes rapides et pittoresques d’un quartier de Paris.
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La rue Berton. — Le Passage des Eaux.
expanr que l'auto file le long de la Seine, vers Île P quai de Passy où nous devons aller visiter les restes de la maison de campagne de la princesse de Lamballe, nous songeons à cette boutade d’un docteur philosophe: « La santé est un état précaire, transitoire, et qui ne présage rien de bon »; malgré son allure paradoxale, elle est presque vraie et tout à fait de circonstance aujourd’hui, car l’ancien logis de l'amie de Marie-Antoinette est devenue maison de santé pour maladies mentales. Or, combien sont-ils parmi les malades traités en cette vieille demeure historique, qui furent frappés en pleine joie de vivre 2... Rien ne faisait présager le coup de tonnerre qui les allait foudroyer et puis, soudain, la nuit, la démence ! — « Pour beaucoup d’entre eux, nous avai! expliqué la veille lun de nos plus éminents neurolo-
gistes, ce n’est qu’une brève suspension de l'intelligence, quelque chose comme un court-circuit en un courant électrique. D’aucuns sont parfaitement heureux, se croient le bon Dieu, Rothschild ou Fallières..… Mais d’autres souffrent cruellement : les mélancoliques, les persécutés, les furieux... Pauvres gens qu’il faut plaindre, améliorer et guérir! »
Cette causerie nous revenait en tête, tandis que devant nous défilaient les nouveaux quartiers construits depuis quinze ans à peine sur les terrains de Chaillot, l’ancienne banlieue de Paris que peignait Raguenet vers 1790 en
une suite amusante de tableaux accrochés dansles salles
du musée Carnavalet : le chemin de halage et les berges herbeuses sont devenus des quais ; des maisons à six étages remplacent les guinguettes et les vide-bouteilles de jadis ; mais on retrouve encore, par-ci par-là, des bouquets d’arbres, des terrasses, des jardins déjà vus sur les toiles du xvini siècle, encadrant alors les petites maisons de campagne où, depuis Louis XIV, les Parisiens, seigneurs ou bourgeois, aimaient tant à venir villégiaturer pendant les mois d'été.
Rue Berton, quai de Passy : entre deux parcs, une ruelle montante, aux murs gris piqués de joubarbe et de coquelicots ; à mi-côte s'ouvre une grille de fer forgé,
et nous nous engageons sous d’admirables arbres verts
formant dôme, une « allée ombreuse » comme les dessinaient Fragonard et Hubert Robert; nous descendons
devant un élégant hôtel Louis XV, et le parloir franchi —
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un luxueux parloir décoré de remarquables tableaux de
M. Jacques Blanche, l’excellent peintre, fils du célèbre aliéniste auquel a succédé le très aimable docteur Meuriot — nous voici sur un balcon dominant lun des plus inattendus paysages parisiens : un immense jardin que ses pelouses étagées prolongent jusqu’à la Seine, des arbres centenaires, un pigeonnier, une orangerie, -des charmilles, un reste de labyrinthe, des bancs de pierre
duvetés de mousse... Au loin, des femmes se promenant
à petits pas, au bras d'une servante, cueillent des roses et des jasmins, cherchent des trèfles à ALES feuilles, d’autres lisent, brodent, regardent” les ages filer, rapides, derrière la tour Eiffel ; des coqs chantent, des moissonneurs fauchent... Quel calme profond ! et pourtant nous sommes dans une maison de santé pour maladies nerveuses !.….
Cet hôtel et ce parc admirable ont tout un passé d'élégance, de grandeur et de faste. La duchesse de Lauzun, la marquise de Seissac, la comtesse d'Egmont- Pignatelli et le duc d'Albert de Luynes en furent les propriétaires successifs. En 1780, le duc de Luynes vendit la propriété à M"° de Lamballe qui chérissait cet aimable séjour. Après que la malheureuse princesse eut été férocement égorgée, en septembre 92, au coin d’une borne de la rue des Balais, près la En de la Force où elle était incarcérée, sa maison de Passy, saisie el vendue comme bien d’émigré, fut, par accord entre la République et le roi de Sardaigne, remise le 41 février
1797 à Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan, neveu et héritier de M®° de Lamballe, lequel céda le domaine au citoyen Baguenault. Depuis 1845, la propriété fut constamment affectée au traitement des aliénés des deux sexes(!).
(1) Le côté gauche de cette ancienne rue de Seine (aujourd’hui rue Berton) était eccupé par la propriété de Marie-Thérèse-Louise de Savoie, princesse de Lamballe.
Cette belle propriété avait d'abord appartenu à Geneviève-Marie de Durfort de Lorges, fille du maréchal de Lorges, belle- -Sœur, du duc de Saint-Simon, et veuve, depuis 4723, du célèbre duc de Lauzun,
Après elle, le domaine fut acquis, le 9 septembré 1734, par la marquise de Saissac, fille de Louis-Charles d'Albert, duc de Luynes.
Vint ensuite la nièce par alliance de la précédente propriétaire, la comtesse d'Egmont-Pignatelli, belle-sœur du maréchal de Richelieu; de son premier mariage, elle avait eu, en 1748, Louis-Joseph-Charles- Amable d'Albert qui, devenu duc de Luynes et de Chevreuse et pair de France, entre en possession de la propriété en 1775 et la vendit, cinq ans après, à la princesse de Lamballe, veuve du fils du duc de Penthièvre, avec laquelle il pouvait communiquer aisément, puisqu'il habitait le château seigneurial de Passy, dont le parc avait une issue sur la rue Raynouard, à peu de distance de la rue Bcrton,
Après la mort de la princesse de Lamballe, la maison d’abord saisie et vendue comme bien d’émigrés, fut, après l'accord survenu en mai 1796, entre la République française et le roi de Sardaigne, remise le 12 janvier 1797 à Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan, neveu et héritier de la princesse de Lamballe. Ne pouvant pas habiter ce domaine, il le céda au citoyen Baguenault, dans la famille duquel il resta jusque vers 1845.
Depuis cette époque, la propriété de la princesse de Tambele a été constamment habitée par une maison de santé pour aliénés.
Le Dr Esprit Blanche y transféra, en 1846, la maison de santé qu'il possédait à. Montmartre et partagea la direction avec son fils, le célèbre Dr Antoine-Émile Blanche, lequel conserva la direction jusqu'en 1872, époque à laquelle il céda la maison au Dr Meuriot, décédé . en mai 1901. Le D: Meuriot fils succéda à son père.