L'ANCIENNE BARRIÈRE DE CHAILLOT
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blanche... et voilà un imprévu bibelot parisien, ou bien le ruban s’arrondit en cocarde sanglante, une tresse de laine noire devient une perruque crépelée, l'œil s’ouvre hagard dans la face de papier blanc à la Sada Yacco et « voici là tête de saint Jean qu’embrasse Salomé », précise au crayon l’ingénieuse artiste.
..Ces promeneuses sont des convalescentes ou des neu-
rasthéniques, mais derrière la porte voisine, en la cour
que nous traversons rapidement, la scène change : une douzaine de malades anonymes sont là, qui ne causent jamais entre eux; la plupart semblent rêver, d’autres fument ou marchent à grands pas, automatiquement; lun compte et recompte les pavés, l’autre, avéc de rauques aboiïs, hurle des mots sans suite. Brusquement l'un d’eux fonce droil sur nous, la main tendue d’un Leste large, nous souhaite en riant la bienvenue; le plus poliment du monde, mais en insistant, un second nous commente son extraordinaire ascendance, inscrite sur les phalanges de ses doigts maigres, nous offre deux millions, salue et se retire en hâte; respeclueux, nous passons discrètement ; à un détour d’allée, nous croisons
une extraordinaire et falote silhouette... C'est «le père
Goriot » tel que nous le dépeignit Balzac; voilà bien « cette face lunaire et naïvement niaise, au larmier pendant, gonflé, retourné (1) », ce crâne en pain de sucre... rien n’y manque, pas même la redingote à gros plis, où flotte un ventre flasque, et l’inénarrable casquetle de drap rappelant le mortier de Louis XI et les toques des marchands de bœufs…
Nous compulsions de vieux dossiers, des baux, des actes de vente, quand soudain passe sous nos yeux une liasse de dessins stupéfiants, œuvre d’un aliéné...
(4) Bazzac, le Père Goriot,
Quelle infinie trislesse doit étreindre l’âme de celui qui traça ces bêles apocalyptiques, ces fantômes longs et
minces à Lêtes de grenouilles, aux gestes convulsés, aux
mains douloureuses, retournées et crispées. Ce malheureux à crayonné ses grimaçantes hallucinations, des vagues roulant des cadavres enlacés à des pieuvres, des rondes de fantômes plus tournoyantes que des Loïe Fuller, des spectres décharnés aux yeux de batraciens.… Et les fonds de ces dessins terrifiants, qui de loin semblent des hachures, sont faits de mots pressés les uns contre les autres, sans suite, sans orthographe, où reviennent ces expressions : le sépulcre, la mort, la nuit !... .
Abandonnant ce triste séjour, nous traversons le parc où le soleil pique des rayons d’or dans l’ombre verte, nous ouvrons une petite porte, nous voici rue Berton. Elle longe et domine la propriété de M®*° de Lamballe, et c'est une stupeur de rencontrer à Paris cette venelle campagnarde qu'éclairent encore, à la nuit tombante, d'antédiluviens quinquets à l'huile. Zigzagante et étroite, elle est bordée de murs salpêtrés, mouchetés d’inscriptions, de serments, de rendez-vous, de menaces; une vieille bicoque en ruine, un atelier de peintre, quelques masures à jardinier, une porte ancienne au ton bleu délavé, une admirable broussaille de fer fichée en un