‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 56 sur 75 · LL · texte numérisé non relu

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LA RUE BERTON Photographie de M. Ilenri Stresser, : &

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angle du mur où poussent les giroflées sauvages, en font une des sentes les plus pittoresques de Paris. Près d’une maison en construction, montons un esca-

PAVILLON HABITÉ PAR BALZAC EN 1843 rue Berton, 24, à Passy.

lier envahi par la linaire cymbalaire, dont les délicates fleurs roses semblent de minuscules gueules de loup, et nous tombons en pleine « mer de plantes »; les cimes - des arbres voisins s’épanouissent à nos pieds, la grande

ciguë, lesbardanes, l’angélique, l’acanthesortentdel’herbe épaisse, luisante et grasse; les troncs des figuiers etdes sureaux en pleine floraison émergent des lianes; la bryone, aux feuilles lancéolées, y accroche ses

vrilles tenaces, et dans ce lieu sauvage, c'est une sure prise d’apercevoir en se retournant la tour Eiffel profilar t sa silhouette ajourée sur les masses grises et mauves de

Grenelle ! | Avant de rentrer dans Paris, faisons une dernière:

LE PASSAGE DES EAUX Photographie de M. H. Stresser.

halte : quelques pas plus loin, au numéro 26 du quai de Passy. Près de la rue Alboni et de la station du Métro, s'ouvre un long escalier reliant le quai à la rue Raynouard, cela se nomme le passage des Eaux; c'est tout à fait curieux; mi-pavé, mi-dallé, il rappelle ces illustrations comiques semées par Gustave Doré dans les Contes drolatiques de Balzac — ce grand Balzac qui habita la rue Berton! — où l’on voit de gentes dames, de gras chanoines et des capitans bardés de fer dégringoler de fantastiques sentiers de chèvres.

[1 est facile de se représenter cette pente roide, large de deux mètres, ombragée de cimes d'arbres, descendue et regrimpée par de bons bourgeois parisiens après une jolie partie de pêche à la ligne sur les berges de la Seine; ils ont « taquiné le goujon » et regagnent Paris par ces escaliers disjoints, chantant, suivant l’époque, Compère Guillery, Femme sensible, le Dieu des Bonnes Gens ou lAmant d'Amanda ! |

Le mur de droite, nouvellement rebâti, contraste étrangement avec le mur de gauche, moisi, pansu, Marbré de taches d'humidité, fleuri de mousses et de graminées..… On y retrouve même l'appareil qui jusqu’au siècle dernier supportait la lanterne à quinquets : voici la potence de fer, le croisillon qui la fixait, le tuyau par où passait la corde... C'est une lanterne semblable que __ dans les Misérables — démolissait Jean Valjean pour échapper aux poursuites du policier Javert : et péné-

trer par effraction dans le couvent du Petit-Picpus (#)!

Tous ces souvenirs prouvent qu’il n’est pas nécessaire de faire grande dépense d'imagination pour retrouver dans le Paris moderne — à cent mètres du Métro qui trépide et gronde — les traces encore vivantes de l’amusant Paris d'autrefois.

(4) Vicror Huco. Les Misératles, Ch. « Qui serait impossible avec l'éclairage au gaz. » (P. 253.) NOR Te

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