‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 6 sur 75 · SÉPARER RASE · texte numérisé non relu

SÉPARER RASE

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Extrait du Plan de la Partie Septentrionale du Quartier Li - de la Place Maubert, de 1774, par Jaillot.

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Se. L'ÉGLISE SAINT-MÉDARD, A PARIS, 1883

Lucien Gautier, del, et sculp.

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encore, il mourut de misère. » Bientôt le bruit se répand

dans Paris que ce mort opère des miracles; de toutes parts, frénétiquement, les malades se traînent à son

tombeau, une tanle de marbre noir placée à un pied

du sol; quelques-uns même se glissent sous la table pour se trouver en contact direct avec cette terre sacrée qu’ils mangent avidement.….

Ceci se passait dans un petit cimetière muré contigu à l’église, très probablement situé sur l'emplacement qu’occupe maintenant la chapelle de la Vierge.

Une longue suite de curieuses estampes contemporaines témoigne des guérisons ines- > : pérées dues à l’inter- | ventiondudiacre Pâris,

et l’on reste stupéfait en lisan! dans les trois volumes

publiés par Carré de Montgeron, le récit des manifestations vraiment inouies causées par la suggestion et l’exaltation des fanatiques : « Tous les membres hydropiques de la demoiselle Thibaut se désenflent à

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la vue des spectateurs et la servante qui lui met ses pantoufles est frappée d’étonnement de voir ses pieds, si forts auparavant, subitement désenflés ». — Marie- Anne Couronneau «impotente jusqu’au 18 juin 1731

| monte son escalier portant ses deux béquilles en l’air ». — Pierre Gaulier de Pézenas « aperçoit en :

sortant de l'Église que les deux dragons qui étaient dans son œil gauche avaient disparu et que cet œil était parfaitement rétabli ».— Don Alfonso de Palacios, Marie “ Casteri, la demoiselle Coérin, Catherine Bigot et M. l'abbé Bichaut guérissent eux aussi d’effroyables maladies... — Le cimclière Saint-Médard est envahi par une foule hurlanté qui nécessite la présence de gardes, la hallebarde au poing. Toutes les classes de la société se confondent dans une cohue formidable; la ‘terre se couvre de convulsionnaires et d’épileptiques ;

AUTOUR DE SAINT-MÉDARD Le

un vent de folie souffle sur Paris : les autorités ecclésiastiques s’émeuvent, protestent; le lieutenant de police ordonne la fermeture du cimetière, le 29 janvier 1732 :

LE CIMETIÈRE DE S'MEDARD, FERME Le ep Janvier 1732

À . . « q . . Se A * Prenez garde que ce ne.soit a Dieu que vous vous Lrouuiez faire la giterre. Activ. vo. | LA

les affolés s’insurgent et l'on peut lire le lendemain sur

la porte close le célèbre distique :

De par le Roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

Depuis, Saint-Médard est une paroisse pacifiante et tranquille où, entre deux offices, des bandes de rats familiers circulent sans hâte; le sacristain, que leur grosseur

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étonne, nous apprend que depuis peu on s'est décidé à leur opposer une petite chatte bien courageuse, sur le | sort de laquelle il n’est d’ailleurs pas sans inquiétude, « les rats seraient bien capables de la manger! »

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Au sortir de cette église aujourd’hui si calme, on tombe en pleine agitation populaire : une foule affairée se presse, se bouscule, s’entre-croise, s’interpelle. Une mignonne fillette, dont les cheveux d’or tire-bouchonnent sur les tempes, tend aux passants des paquets de soucis jaunes et d’asters violets; des marchandes offrent des bottes d’aulx et des chapelets d'oignons, des abatjour, des radis noirs, des citrons, des cartes postales et du « mouron pour les petits oiseaux » ; des chiens fouillent les ordures amoncelées dans les ruisseaux; le pied glisse sur des feuilles de choux, le sol est jonché de papiers gras et d’épluchures ; un camelot hurle « pour un sou les chansons complètes de Béranger avec accompagnement de piano »; les voitures évitent de s'engager sur la pente raide qui débouche sur la place grouillante de monde : c’est l’entrée de la rue Mouffetard.

Un peu d’imagination aidant, on retrouve là, complet, le tableau de la vie populaire à Paris au xvim° siècle. Étroite, tortueuse, bordée de maisons dont beaucoup sont anciennes, la rue Mouffetard est comme autrefois hérissée d’enseignes débordantes : « Au Ciseau d'or »,

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« Au Petit Émouleur », « Au Soleil d’or », « Aux Enfants d'Auvergne », « À la Bonne Source », etc. Sur les boutiques sont peints des sacs de coke, des têtes de veau,

des paquets de pieds de mouton, des piles de cotrets,

des litres de vin rouge ou blanc, et des effigies de chevaux dorées désignent les nombreuses boucheries hippophagiques alternant avec les devantures des charcutiers ornées de cochons en saindoux, les étals de bouchers couverts de plates-côtes, de faux-filets, bordés de gigots saignants. Aux fenêtres — et c’est une des joies de Paris — des cobéas, des volubilis, des aristoloches

grimpent le long de ficelles tendues; des lilas étiolés

mettent des bouquets de feuilles devant les vitres verdies

par le temps, des fleurs trempant dans les pots de grès

vernissé achèvent de mourir sur des rebords de croisée.

Bien entendu, d'innombrables mastroquets, d’opulents assommoirs, dont les alambics de cuivre reluisent comme des machines de guerre, retiennent leur clientèle assoiffée autour d’« apéritifs de premier choix ». On pérore devant des zincs; une écœurante odeur d'absinthe sort des portes entr'ouvertes.

Les portes cochères sont habitées : sous les unes on vend des journaux, sous les autres on retourne des pommes de terre dans la graisse bouillante, ou ce sont les marchandes de lait et de café noir qui versent leur marchandise dans des bols de porcelaine, et les gros pots d’étain reluisent comme des miroirs. Devant les boutiques des fruitières, au milieu des salades, des navets

et des tomates, d'énormes potirons entr’ouverts flamboient joyeusement, note fulgurante de ce tableau coloré au milieu duquel une fille passant, en caraco rayé, une rose au bec. les cheveux fous sur des yeux rieurs, envoie à toute volée une claque sonore sur les reins d'un garçon boucher, occupé à envelopper dans du papier jaune deux côtelettes pour une vieille dame fort mé- 6 fiante.

Au numéro 116, à l'angle de la rue de l’Arbalète, on se presse devant les illustrés et les caricatures pendus à une devanture en fer forgé datant de Louis XIV, près d’une paÿsanne en .marmotte, assise sur un panier renversé, qui clame Pants d'un lot de « langues de Fire à quat’ sous la pièce ».

Deux passages donnent rue Mouffetard ; tous deux sombres et sales serpentent entre de crasseuses maisons. L’un fut notoire ; il s'ouvre au numéro 99 : c’est le pas-

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