RUE MOUFFETARD. — MARCHÉ DES PATRIARCHES
nt
A PER ES Er <a AUS : =
| Poe
sage des Patriarches. Calvinistes et catholiques s’y égorgèrent en 1561, à la sortie d’un prêche qu’avaient malencontreusement interrompu les assourdissantes volées de cloches de Saint-Médard. Aujourd’hui, le passage des Patriarches a perdu tout caractère; seule une vieille tourelle lézardée, accolée à une bicoque sordide, permet d'évoquer vaguement le passé — le reste n’est plus que masures branlantes abritant de misérables industries, des revendeurs d'objets sans nom, des trafiquants de chiffons, des marchands de poussière; on débite du Î ouillon de bœuf sous un gros mur d'usine “aux allures de prison, et tout cela empoisonne l'acide sulfurique, le hareng saur et le chou-fleur.
Un peu plus bas, au numéro 69, un drapeau de zinc au-dessus d’une vieille porte qu’encadrent deux colonnes cannelées, marque l’accès d’un lavoir. Ce fut jusqu’en
. 1882 l’entrée d’un bal fameux dans les fastes de la era-
pule parisienne : le « Vieux-Chêne », qui devait son appellation bizarre au voisinage d’une enseigne — visible encore aujourd'hui — représentant un chêne trapu, couvert de glands. Les gigolettes d’alentour y venaient « tourner une valse » et partager le saladier de vin : chaud de l'amitié. Des rixes effroyables ensanglantèrent les voûtes sombres où, dans des buées bleues, les braves ménagères du quartier coulent aujourd’hui la lessive.
Tout à côté, solitaire comme un chemin de province, se rencontre la rue de l'Épée-de-Bois. Jadis elle contenait de verdoyantes cultures et une vieille maison du xv° siècle, à laquelle se rattachaient les plus nobles souvenirs, sous Louis-Philippe, s’y trouvait un dispensaire fondé par Jeanne-Marie Rendu — en religion Sœur Rosalie. Cette admirable femme avait ouvert — au prix de quels sacrifices — cet asile à tous les déshérités, à tous les malheureux, jeunes ou vieux.
Rapidement Sœur Rosalie devint populaire ; en juin 1848, accompagnée de quelques Sœurs, vaillantes comme elle, on la vit, sous les balles, recueillir les blessés des deux côtés des barricades, les insurgés comme les soldats de l’ordre. Tantôt elle arrachait les municipaux à la fureur révolutionnaire, tantôt elle sauvait les rebelles des représailles sanglantes de la justice militaire. Déjà, pendant le terrible choléra de 1832, elle avait relevé les . courages et donné l’exemple de tous les héroïsmes. Ce fut une des plus pures gloires de Paris (‘). La maison qu’elle avait fondée au numéro 5 n'existe plus; à sa place s’élève aujourd’hui une belle caserne de brique, orgueil de nos modernes architectes.
(1) Un placard populaire, à 5 centimes (25, rue des Gravilliers et : 32, rue de Seine), célèbre, sous forme de complainte, le courage de