FIN DE I.A TAULE
Pari*. — Imprimerie de L Maiitinp.t, rua Mijrnon, 2.
SDR
QDE DÉTERMINE
Dans un travail présenté à l'Académie de médecine (1), j'ai décrit pour la première fois les accidents non étudiés jusqu'alors, qui résultent de l'emploi industriel du sulfure de carbone.
Depuis lors, les applications de cet agent puissant ont pris un développement considérable, et des industries nombreuses en ont utilisé les propriétés diverses.
Outre les opérations qui ont pour but la préparation de ce corps en quantités énormes, sa distillation, sa révivification,
(1) Mémoire sur les accidents que développe, chez les ouvriers en caoutchouc, l'inhalation du sulfure de carbone en vapeur. Paris, 185G, in-8. (Voy. Bulletin de l'Académkdc médecine, t. XXI, p. 350.)
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lorsqu'il a été employé déjà, qu'il me suffise de citer ici le dégraissage des laines en suint, l'extraction ou la purification de certains corps, la paraffine par exemple, utilisée dans la fabrication des bougies, et obtenue des produits de la distillation du boyheadet des goudrons de houille. J'ajouterai l'épuisement des tourteaux de graines oléagineuses qui ne rendent plus de matières grasses par la pression ; celui de la sciure de bois qui a servi à l'épuration des huiles par filtration; l'extraction de la graisse des os ou dés résidus de cuisine; celle du bitume et du soufre que renferment quelques roches, les grès de Forcalquier par exemple.
Le sulfure de carbone a encore été utilisé par M. Mil Ion pour la séparation des essences aromatiques ou parfums provenant des végétaux; par M. Doyère (1), pour la préservation des grains conservés en silos, et par MM. Aubert et Gérard pour la fabrication en grand et bien plus économique, du collodion employé dans l'industrie.
Enfin, sans tenir compte des fabriques nombreuses qui travaillent ostensiblement le caoutchouc ou la gutta-percha à l'aide de cet agent, il n'en est presque aucune qui ne l'emploie pour certains détails de fabrication dans lesquels il est difficile à remplacer, quelles que soient, à ce sujet, les dénégations des fabricants, contredites par les ouvriers.
La confection des étoffes imperméables, la vulcanisation à froid parle procédé de Parkes, en donnent des exemples fréquents.
Cette énumération, qui pourrait être beaucoup plus longue, démontre surabondamment l'importance industrielle qu'a prise l'acide sulfo-carbonique, et la nécessité d'étudier dans des applications si variées son influence toxique sur les classes laborieuses.
(1) Fonssagrives, De l'ensilage des bles (Annales d'hygiène, 1862, 2e série, t. XVIII, p. 290).
C'est en dégageant, eu isolant bien la nature et les conditions de cette influence, que l'on arrivera à réglementer les professions dans lesquelles elle s'exerce, et à soustraire, autant que possible, les ouvriers à une cause funeste et constante d'infirmité ou de maladie.
Ce travail n'est qu'une partie de ces recherches générales encore inachevées. Il a spécialement pour objet l'étude hygiénique d'une profession récente encore, et qui a pris rapidement des proportions dont on ne peut se rendre compte au premier abord. Je veux parler de l'industrie du caoutchouc soufflé.
Si je l'ai choisie pour en faire l'objet d'une description spéciale, c'est que, en me donnant l'occasion de contrôler mes premières études, elle ouvrait en même temps un vaste champ à des observations nouvelles ; c'est que, confirmant les assertions que j'avais émises au sujet d'autres industries, elle m'a permis d'arriver à des résultats nouveaux, et en m'apportantunplus grand nombre de faits, de mieux classer ceux que j'avais précédemment rencontrés. Elle offre de plus cet intérêt que les vapeurs auxquelles elle soumet les ouvriers ne sont pas des vapeurs exclusivement constituées par le sulfure de carbone, mais bien des vapeurs composées. J'aurai donc, après avoir décrit les phénomènes morbides qu'elles déterminent, à examiner si ce dernier fait exerce sur la nature et la forme de l'intoxication une influence certaine ou probable.
Les fabriques de caoutchouc soufflé sont celles dans lesquelles, par une forte insufflation faite au moyen d'un soufflet ou de machines spéciales, on distend, pour des usages divers, des vessies de caoutchouc préalablement attaquées par un mélange vulcanisant. Parmi les produits de cette industrie, on peut citer ces ballons colorés qui servent de jouets et qui sont fabriqués en quantité énorme. A côté de ce produit
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peut s'en placer un autre, dont le nom, industriellement consacré de préservatif, indique suffisamment l'usage, et qui est plus spécialement destiné à l'exportation.
Cette double fabrication occupe à Paris un nombre considérable d'ouvriers, devenus tous plus ou moins malades ou infirmes.
Toutes les applications du caoutchouc soufflé déterminent les mêmes troubles morbides comme conséquence de circonstances hygiéniques identiques. Les mêmes ouvriers passent d'ailleurs indifféremment de l'une à l'autre des pratiques industrielles nécessaires à sa fabrication. Je décrirai en masse les opérations principales communes à toutes les formes de celle industrie, pour arriver rapidement à la description des accidents qu'elles développent.
Dans des feuilles parfaitement homogènes de caoutchouc normal, de 2 millimètres d'épaisseur, débitées en général au moyen du couteau mécanique horizontal oscillant, on clécoupe des figures telles, que leur réunion et leur soudure représentent de petits cylindres ou de petites ampoules sensiblement sphériques, analogues à ces bouteilles sous la forme desquelles se présentait souvent autrefois le caoutchouc brut. Ces petites vessies offrent un volume approché de celui d'une grosse noix.
La soudure des différentes pièces se fait par la juxtaposition exacte des bords fraîchement coupés, que l'on frappe à petits coups, avec un maillet de bois, sur la branche d'une bigorne ou petite enclume à branches allongées.
Jusqu'alors aucun accident n'a pu se produire, mais ici commencent les opérations dangereuses.
Ainsi construite, la vessie de caoutchouc résisterait à une distension aussi considérable que celle qui doit la faire arriver du volume d'une noix à celui d'une tête d'adulte et au delà.
Elle acquiert cette propriété en restant deux minutes pion-
gée dans un mélange variable suivant les différents fabricants, mais qui est constitué en beaucoup plus grande proportion par du sulfure de carbone associé à une quantité peu considérable de chlorure ou de bromure de soufre.
C'est, à des nuances près, le mélange vulcanisant de Parkes, dont les éléments varient dans les proportions suivantes :
Sulfure de carbone, 1000 grammes.
Chlorure de soufre, de 2,5 à 40 grammes et au delà.
La proportion la plus générale est de 99 parties de sulfure de carbone pour 1 partie de chlorure.
L'action de ces deux corps est différente. Le sulfure de carbone, si puissant à dissoudre le caoutchouc, l'amène à un état de mollesse qui lui permet de céder à l'insufflation, et de recevoir dans ses mailles le soufre que le chlorure abandonne si facilement. Ce dernier lui communique les propriétés qui résultent de ce que l'on a appelé la vulcanisation, c'est-à-dire la souplesse sensiblement égale pour toutes les températures, la non-adhérence des surfaces appliquées l'une sur l'autre, la résistance plus prononcée, l'imperméabilité plus complète pour de petites épaisseurs. Une fois retirés du bain vulcanisant, les préservatifs sont plongés dans la poudre de talc (silicate de magnésie naturel), qui enlève et absorbe toutes les parties libres du liquide; puis ils sont directement portés au soufflage. Montés sur la douille du soufflet, ils sont en un instant amenés au volume convenable, et passés à un ouvrier qui les maintient dans cet état de distension, en nouant fortement leur col. 11 ne reste plus dès lors qu'à les laisser sécher.
Les ballons sont uniquement trempés dans le mélange vulcanisant, soufflés sans être noués, et jetés à sécher sur des toiles. L'insulflalion définitive au moyen d'un appareil contenant de l'hydrogène à une pression convenable, se fait au
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moment même de la vente sur les points où ils sont expédiés.
La coloration rosée qu'on leur donne en général s'obtient en chargeant d'orcanette, le sulfure de carbone du mélange vulcanisant dans un appareil a déplacement. Le vernis qui produit l'aspect brillant et qui est appliqué sur les ballons prêts à être vendus, est variable suivant les fabricants, et peu important à étudier ici.
Les opérations que je viens sommairement d'indiquer ne semblent pas an premier abord de nature à développer des accidents bien graves. Un bassin contenant au plus quelques litres du mélange vulcanisant dans lequel sont plongées, au moyen d'un outil de fer en forme de fourchette, les pièces mises au trempage que le talc sèche immédiatement, le soufflage et le nouage de ces pièces à peine humides, tout cela souvent pratiqué à l'air libre ou sous des hangars, semble assez innocent au premier aspect; toutefois, quelque facile que doive être la dispersion des vapeurs produites, il en reste assez encore pour que l'atelier et les lieux qui l'environnent soient fortement pénétrés par l'odeur si caractéristique du sulfure de carbone, sensiblement mêlée à celle du chlorure de soufre. Une certaine proportion de vapeur toxique mélangée à l'air a^it donc constamment sur les ouvriers. Cette proportion devient plus abondante lorsque , ce qui arrive assez souvent encore, une pièce éclate sous l'action du soufflet. Un léger nuage de talc humide se répand dans l'atelier, et l'odeur devient plus fortement prononcée.
C'est dans les conditions que je viens d'établir que se développent les accidents dont va suivre le tableau résumé des vingt-quatre observations détaillées jointes à ce travail.
Je dois faire remarquer ici que, sans être moins graves que ceux qui se manifestent dans les circonstances que j'ai précédemment étudiées, ils se développent souvent avec plus de lenteur. Ce fait, expliqué par l'intensité moins grande des va-
peurs sullo-carbonées, m'a permis de saisir des nuances qui ne se montrent pas dans des empoisonnements plus violents et plus prompts, et de distinguer, tant au point de vue de la durée des symptômes que de leur marche, une forme rapide ou aiguë, une forme lente ou chronique de l'intoxication.
C'est cette dernière forme qui doit presque exclusivement m'occuper ici. Plus nuancée, plus progressive que la forme aiguë qui impose brutalement, dès l'abord, les accidents les plus intenses, elle m'a permis de reconnaître, dans la série des symptômes qu'elle présente, deux périodes qui sont peu accusées, lorsque l'empoisonnement est rapide : une première période ou période d'excitaiion ; une deuxième période ou période de collapsus.
Il se passe toutefois, dans l'intoxication par le sulfure decarbone, et cela, bien entendu, pour une durée toujours beaucoup plus longue, ce que. chacun a observé dans l'action des anesthésiques. Dans les faits qui servent de type, les périodes sont nettes et tranchées ; mais, sous des influences diverses qui tiennent, soit à la modalité particulière de l'action toxique, soit à l'aptitude spéciale des sujets qui la subissent, soit encore à certains états morbides préexistants, la première phase peut manquer, et les accidents du collapsus se montrent dès l'abord.
On voit aussi, dans un assez grand nombre d'observations, les symptômes déclassés se mêler et se confondre; la stimulation de certains appareils organiques coïncide avec la dépression de quelques autres. C'est encore là un fait analogue à ce qui se rencontre dans l'anesthésie chirurgicale où les catastrophes les plus funestes résultent de l'impossibilité dans laquelle se trouve l'observateur de connaître par l'examen d'un seul appareil l'état exact de toutes les fonctions.
Cette mêlée confuse, cette période hybride, peut d'ailleurs résulter de plusieurs conditions différentes.
Toutes les fonctions ne s'exercent pas chez tous les indivi-
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dus avec une égale énergie. Leur intensité ne varie pas non plus suivant un mode régulier qui, l'une d'elles étant classée, puisse faire juger de l'activité des autres. Il en résulte qu'à une phase quelconque de l'intoxication sulfo-carbonée, ce seront des appareils physiologiques divers qui seront excités ou déprimés chez des sujets différents, en raison de l'excitabilité ou de la résistance relative de chacun d'eux dans le cas donné.
Une autre cause du mélange des symptômes propres aux deux périodes sera bien comprise à l'aide d'une simple comparaison. Un homme arrivé à un état avancé d'alcoolisme, et tombé bien nettement à la période de dépression, peut réveiller, en s'enivrant, des phénomènes d'excitation. Ces phénomènes viendront, d'une manière aiguë, se mêler à ceux du collapsus habituel, et gêner le médecin pour la détermination de la période à laquelle est parvenue l'intoxication.
Il en est de même pour l'intoxication par le sulfure de carbone. Les ouvriers, déjà malades et déprimés, s'exposent aux vapeurs toxiques, et ils sont atteints, à la suite d'un empoisonnement nouveau, de symptômes aigus qui viennent trancher d'une manière bizarre sur le fond uniforme de l'étal chronique confirmé.
J'aurai lieu, d'ailleurs, d'insister plus spécialement sur ces faits, après avoir étudié les accidents développés dans les périodes régulières, et en m'appuyant sur les observations.