‹ Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carboneChapitre 3 sur 12 · PHEM1ÈRE PÉRIODE. — EXCITATION · texte numérisé non relu

PHEM1ÈRE PÉRIODE. — EXCITATION

La première période de l'intoxication sull'o-carbonée peut se présenter sous deux formes différentes. Elle peut parcourir ses phases avec une grande rapidité, et dans un temps très limité, ou bien les traverser lentement, d'une manière progressive et continue. Le type de la première de ces deux formes se reproduit facilement, lorsque l'on soumet à d'abon-

danles vapeurs des animaux rais en expérience, et qui succombent rapidement à un empoisonnement aigu. Il s'est rencontré accidentellement aussi chez un petit nombre d'ouvriers qui sont brusquement arrivés à la perte de connaissance, et, m'a-t-on dit, à la mort, après avoir traversé dans un temps très court des accidents d'une grande acuité.

Cette forme, même dans les cas où la marche n'est pas aussi pressante, ne permet pas facilement l'observation des faits de détail qui, au contraire, se détachent avec netteté dans la forme lentement progressive. C'est celle-ci qui se produit plus particulièrement dans l'industrie, dont je fais ici l'histoire. Je m'occuperai donc surtout, dans l'étude de la première période, des effets produits par l'empoisonnement sulfo-carbonique prolongé, examiné a peu près exclusivement chez les ouvriers en caoutchouc soufflé, sans m'interdire toutefois d'aller chercher dans des conditions différentes et dans d'autres professions, la confirmation de certains faits.

Mais avant d'entrer dans le détail des symptômes que présente dans ces conditions la période de stimulation, je placerai ici, comme démontrant bien son existence, le récit sommaire d'un lait que je dois à l'amicale obligeance de M. le docteur Marcé, médecin de Bicêtre, et dans lequel les accidents n'arrivèrent pas jusqu'à la période de collapsus.

! Obs. I. — R , âgé de quarante-quatre ans, ancien tailleur,

est depuis sept ans ouvrier en caoutchouc. Il est petit, assez inaigre, mais bien constitué, un peu sourd, et n'offre aucun antécédent héréditaire fâcheux. Il a souvent souffert de la misère, eti! s'est mal nourri.

Le travail habituel de cet homme consistait à découper des lanières de caoutchouc pour faire des bracelets; pendant sept années, il a pu, sans aucun inconvénient pour sa santé, se livrer à cette occupation. Il y a deux mois, changement de travail : occupé au soufflage, il plongeait le caoutchouc dans le liquide vulcanisant aux vapeurs duquel il était dès lors abondamment soumis.

Au bout d'un mois de ce travail, on observa une modification dans le timbre de sa voix, une disposition incessante à babiller et à

Il)

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rire sans motif; une diminution marquée de l'appétit et du sommeil.

R put néanmoins, pendant six semaines encore, travailler

comme de coutume; mais, au bout de ce temps (deux mois et demi du nouveau travail), insomnie complète, incohérence dans les idées, excitation toujours croissante.

Le malade s'échappe de chez lui et fait de longues courses, met tout en désordre dans sa maison, crie, bat sa femme, mais lui témoigne en môme temps une ardeur génitale excessive. — Tendance à boire. (23 octobre.)

Dès le lendemain, 24 octobre 1861 , il entre à Bicêtre, section des aliénés.

Le 2o, excitation violente; le malade est attaché et camisolé. Poursuivi par des hallucinations de la vue et de l'ouïe, il voit autour de lui un spectacle splendide, des voitures, des cochers, des objets magnifiques. Il parle de l'empereur, d'argent, de grandeurs; incohérences, divagations. Pouls médiocrement accéléré, fonctions digestives normales; la surdité a disparu; le malade eutend les paroles prononcées même à voix basse.

Bain, nourriture tonique, 10 centigrammes d'extrait thébaïque chaque jour.

Dès le lendemain (27 octobre), un peu de sommeil la nuit précédente, beaueoup plus de calme; le malade répond mieux et a une conscience vague de sa position.

Le 30 octobre, calme complet ; le malade dort, mange avec appétit, se promène librement dans les cours. Il reste de l'abattement, de la céphalalgie, un peu de confusion dans les idées. R s'explique mal, s'embrouille dans les détails qu'il donne sur sa profession ; son regard est étonné. — L'excitation, qui a tout à fait disparu, laisse la Ggure pâle et amaigrie.

Pendant quinze jours on garde le malade à l'hôpital; son appétit est excellent; il engraisse à vue d'oeil; ses idées reprennent toute leur netteté; il sort le 14 novembre parfaitement guéri, mais redevenu sourd.

Cette courte note donne le tableau d'une intoxication sulfb-carbouée, développant une excitation progressive, qui arrive jusqu'à un véritable accès de manie, et elle servira utilement d'introduction à l'étude de la première période.

Le début des accidents a été variable chez les différents ouvriers. Quelques-uns sont devenus malades après un petit nombre d lieures de travail dans un atelier où d'autres pouvaient vivre pendant des semaines et même des mois sans

éprouver rien de grave. A peu près chez tous, cependant, on constate dès l'abord une céphalalgie habituelle plus ou moins intense, surtout après le travail, et le plus ordinairement le début des symptômes de l'intoxication confirmée est voisin du développement des causes.

La céphalalgie peut prendre tout de suite une violence excessive et occasionner d'atroces douleurs. Elle a surtout le caractère compressif. Les malades se sentent la tête comme prise dans un étau, le front semble supporter un poids énorme.

Ces douleurs offrent de vives exacerbations qui se reproduisent de préférence vers le soir ; des battements très douloureux dans les régions temporales les accompagnent ordinairement. Elles ont pu prendre la forme névralgique (obs. VI) et siéger sur les branches de la cinquième paire.

Il s'y joint des éblouissemerits, des vertiges plus ou moins intenses, allant jusqu'à la crainte constante d'une chute et l'hésitation la plus marquée dans la marche.

La céphalalgie est attribuée par quelques ouvriers à l'odeur putride et pénétrante du mélange vulcanisant; elle n'a jamais existé chez madame A... (obs. XXIII) chez qui le sens de l'odorat manque absolument.

La douleur ne se limite pas à la tête; la continuité des membres, les articulations, sont aussi le siège d'élancements, de souffrances plus ou moins vives; dans l'observation III, l'intensité de la douleur, surtout pendant la nuit, est extrême dans les membres inférieurs. Elle prend la l'orme de crampes et d'élancements d'une excessive acuité qui rendent tout sommeil impossible. Chaque matin, le malade se plaint de la manière la plus vive. Dans les intervalles des exacerbations nocturnes et pendant le jour, il éprouve nne douleur profonde, pongitive, que la pression surexcite.

Le tégument externe participe à cette exagération de la sensibilité. Elle s'y manifeste par des fourmillements, des

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démangeaisons souvent l'oi t pénibles qui occupent des régions variées et plus particulièrement le scrotum (obs. XVII, XIX).

J'ai observé une seule fois une byperesthésie généralisée (obs. VIII).

En même temps que se développent ces symptômes d'excitation de la sensibilité générale, les fonctions intellectuelles sont modifiées dans le même sens. Une loquacité extrême est le caractère le plus élémentaire et le plus fréquent de leur trouble. « Quoique j'eusse la plus grande difficulté à

trouver les mois dont j'avais besoin, me disait madame A

(obs. XXIII), j'avais un flux de paroles intarissable. Je me sentais déraisonner sans pouvoir m'arrèler. » Quelques ouvriers (obs. VII) ebantent des chansons incohérentes. D'autres, et cela est assez fréquent, sont pris d'un fou rire qu'ils ne peuvent faire cesser.

D'autres encore pleurent sans raison (obs. V) et se tiennent isolés dans un coin de l'atelier avec tous les signes du chagrin le plus profond.

L'esprit des malades s'égare dans des rêveries continuelles, il est agité par des projets de toute espèce, tourmenté par des craintes chimériques.

« Je voulais tout entreprendre à la fois, me disait un jeune fabricant (obs. IV), mais j'abandonnais aussitôt ce que j'avais entrepris. »

A cette mobilité se joint une irritabilité extrême (obs. XVII, XIX, etc.).

« On ne peut pas être contrarié dans notre état, médisait A... (obs. VI), sans quoi on devient hors de soi. » Les malades se mettent en colère sans motif contre ceux qui les entourent et pour lesquels ils ont le plus d'affection. Toutefois il est rare qu'il se produise des violences graves. « Nos colères, me

disait M. P [(obs. IV), sont superficielles, passagères, et

s'éteignent aussitôt dans un manque absolu d'énergie. »

J'ai vu cependanl un ouvrier (ohs. XV) chez lequel la colère,

portée jusqu'à la fureur, avait failli avoir les plus funestes conséquences et n'avait été réprimée qu'avec la plus grande difficulté.

Le trouble des facultés intellectuelles peut être porté, comme on l'a vu dans l'observation I, jusqu'à l'aliénation mentale; l'observation XIV en est encore un exemple. Le délire fut caractérisé cbez le malade qui en fait le sujet par des terreurs sans raison, la croyance à des crimes imaginaires dont il se serait rendu coupable, des hallucinations de la vue et de l'ouïe, une agitation maniaque extrême. Il sortit guéri de l'hospice de Bicêtre, où il avait été placé dans les salles de M. le docteur Moreau.

Enfin une ouvrière en caoutchouc soufflé, madame L se

suicida sans motif apparent, par la vapeur de charbon. Son intelligence s'était altérée progressivement depuis son entrée à l'atelier. On pensa qu'elle s'était asphyxiée dans un accès d'aliénation mentale.

Sans que les accidents soient portés aussi loin, un délire aigu passager, comparable à celui de l'alcoolisme (obs. VII), peut être le résultat des inhalations sulfo-carbonées. Il peut d'ailleurs constituer le prodrome d'un accès de manie.

Un accident que j'ai souvent produit chez les animaux, mais que je n'ai observé que deux fois chez l'homme (obs. XV, XVIII), consiste dans des convulsions épileptiformes qui paraissent bien évidemment s'être produites sous l'influence de leur profession, chez des ouvriers qui ont présenté d'ailleurs les symptômes les plus graves. Elles se sont répétées plusieurs jours de suite. Jamais elles ne s'étaient manifestées auparavant et elles n'ont jamais reparu depuis. Elles ont consisté, cbez le premier, dans une perte complète de connaissance avec mouvements convulsifs peu étendus, saccadés, sans cris, elles ont duré une heure au plus et le malade n'en a gardé aucun souvenir. Tels sont d'ailleurs les seuls renseignements qu'il m'ait élé donné de recueillir à ce sujet. Cbez

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le second, la perte de corinaissanren'élait pas complète. Il se produisait un vertige si intense que l'ouvrier élait obligé de s'asseoir pour ne pas tomber, et c'était pendant une perte de connaissance incomplète que se produisaient les mouvements convulsifs.

L'insomnie, une agitation fatigante, des rêves absurdes ou terribles, des réveils en sursaut complètent le tableau des troubles intellectuels ou cérébraux.

La sensibilité spéciale participe à la stimulation générale.

La vue est fréquemment troublée. Madame A (obs.XXIIl)

voyait les objets plus volumineux qu'ils ne l'étaient réellement; A (obs. VI) croyait à cbaque instant voir un trou

ouvert auprès de lui ; G (obs. IX) affirme avoir été atteint

de diplopie. Le malade de l'observation XIV voyait des points noirs, des mouches, des anneaux colorés voltiger devant ses

yeux ; B (obs. XVII) se trompait sur la forme des objets ;

il voyait se dresser devant lui des obstacles qui n'existaient pas.

Quelques ouvriers ne peuvent supporter aucune odeur forte. Ils ont en horreur celle du sullure de carbone et surtout celle du chlorure de soufre.

Chez d'autres, le goût est plus ou moins altéré. Tout ce qu'ils mangent leur semble contenir du sulfure.

Plusieurs, au contraire, m'ont fait part d'un fait assez singulier. Cette surexcitation du goût les rend pour leurs ,iliments d'une délicatesse extrême (obs. VIII, XVII) et d'une exigence bien connue dans les restaurants où ils prennent leurs repas.

Doit-on regarder comme une preuve d'excitation deVouïe, la douleur que fait éprouver le bruit aux malades atteints d'ailleurs d'une céphalalgie intense ?

Un trouble mieux caractérisé consiste dans des tintements d'oreilles qui se manifestent avec intensité chez quelques-uns d'entre eux (obs. V).

Aussi bien que la sensibilité générale et spéciale, la motilité a subi chez les ouvriers en caoutchouc l'influence de l'excitation générale. Des crampes douloureuses plus ou moins Fréquentes des membres, un certain degré de roideur musculaire, marqué surtout dans les mollets et plus encore dans les mains , ont été les symptômes le plus fréquemment observés.

Je connais plusieurs faits (obs. XIX) dans lesquels il s'est développé une contracture des fléchisseurs du pouce, tout à fait analogue à la crampe des écrivains. Etait-elle due à l'action directe du mélange vulcanisant ou au mouvement de nouage répété dans une même journée plusieurs centaines de fois? Un degré prononcé de paralysie et d'atrophie des extenseurs du pouce observé dans ces circonstances, semble plaider en faveur de la première de ces deux explications. Comme phénomènes analogues, j'avais d'ailleurs noté dans mon précédent travail, un tic de la paupière supérieure, une légère contracture très passagère des extenseurs des mains.

La stimulation des fonctions digestives est un phénomène moins fréquent. Elle est cependant très marquée dans l'observation XXII, l'une de celles qui démontrent le mieux l'existence de la première période de l'intoxication sulfo-carbonique.

Elle est très évidente encore dans les observations II, X, XVII, XIX, XX, et le malade de l'observation IV, récemment questionné à ce sujet s'est rappelé que dans l'origine de sa maladie il était tellement affamé, qu'il dépensait dix francs dam un dîner à, manger des portions de six sous. Je laisse à ses paroles toute leur vivacité caractéristique.

Les nausées et les vomissements sur lesquels l'état cérébral exerce, sans contredit, la principale influence, doivent cependant encore rentrer dans le cadre des troubles digestifs qui appartiennent à la période d'excitation. Ils sont mentionnés dans presque toutes les observations a des degrés divers.

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Il ci) est de même de la salivation abondante, des coliques, de la constipation et de la diarrhée.

Chez le malade de l'observation IV, l'estomac était le siège de vives douleurs, surtout le malin et avant qu'il eût pris des aliments. Dans l'observation VIII, des souffrances gastriques intenses sont aussi constatées.

Du côté de la respiration, une toux plus ou moins vive, un sentiment habituel d'oppression sans caractères sléihoscopiquesbien tranchés, ont été fréquemment notés (obs. IV, VI, VIII, IX, XXIII).

Al' origine des accidents, les malades affirment que la circulation a été exagéré*; dans sa fréquence, qu'ils ont eu de la fièvre, des frissons, des sueurs. Ils se plaignent assez fréquemment de palpitations cardiaques.

Parmi les sécrétions, celle des urines offre quelque intérêt. Ce liquide prend à un degré prononcé l'odeur du sulfure.

11 acquiert des propriétés irritantes et la miction détermine un sentiment de cuisson assez vif (obs. XXIV).

Est-ce à cette action spéciale qu'il faut attribuer la persistance de l'hématurie qui se développa chez le malade de l'observation VIII pendant une blennorrhagie? Un traitement rationnel fait à l'Hôlel-Dieu de Paris n'a pu faire disparaître cet accident, qui a cessé de lui-même lorsque le malade a abandonné le travail au sulfure.

La stimulation des fonctions (jénératrices dans l'origine des accidents d'intoxication est un caractère remarquable sur lequel il est nécessaire d'insister. Déjà, dans une observation isolée (obs. V du premier mémoire), je l'avais précédemment constatée; mais ce l'ait s'éloignait tellement de tout ce que j'avais observé jusqu'alors, que j'avais émis des doutes sur la sincérité du malade. Il ne m'est plus permis de la suspecter maintenant. Chez un grand nombre d'ouvriers en caoutchouc souillé, ce symptôme s'est reproduit (obs. I, II, VIII, IX, XV, XX, XXI, XXII, XXIV) avec une intensité et une persistance

d'ailleurs très variables. L'ouvrier qui fait le sujet de l'observation X, jeune homme de vingt ans, était poursuivi par des érections constantes et des besoins exagérés. Il se levait au milieu de la nuit et allait au loin chercher, dans des rapprochements sexuels, la fin de cette obsession. Plusieurs autres avaient besoin, pour ne pas se laisser entraîner à des excès fatigants, de lutter par le raisonnement contre l'excitation à laquelle ils étaient en proie.

Plusieurs variétés se sont produites, ai-je dit, dans l'observation de cet accident. Le plus ordinairement, il a été passager et il s'est même quelquefois montré comme l'un des symptômes les plus fugaces de la première période. Plus rarement, il a persisté avec une grande ténacité. En raison de conditions qui seront étudiées plus loin, tantôt il s'est manifesté une seule fois pour disparaître progressivement, tantôt il s'est développé par accès passagers qui faisaient place, dans leur intervalle, à l'état normal et le plus souvent à un degré plus ou moins prononcé d'anaphrodisie.

Pendant cette période, il eût été intéressant d'examiner les spermatozoïdes et d'ailleurs de constater l'état de la liqueur séminale aux différentes époques de la maladie : cette recherche n'a pu être faite.

Chez la femme, je n'ai rien observé qui ressemblât à l'excitation génitale de l'homme; mais les observations sont peu nombreuses et les questions bien plus difficiles à poser.

Toutefois un fait remarquable ressort de mes investigations :' les règles sont exagérées chez les ouvrières en caoutchouc soufflé, et elles peuvent devenir de véritables pertes (obs. V, XIX).

Madame D (obs. XIX) a remarqué ce fait : plusieurs

ouvrières, à sa connaissance, étaient obligées d'interrompre leur travail pendant les époques menstruelles pour ne pas exagérer une perte de sang déjà trop considérable. Madame I> , qui a paru plusieurs fois enceinte, a toujours vu ses

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règles revenir après deux mois de retard, à la suite d'un court séjour dans l'atelier au sulfure, sans que la preuve d'un avortement ait jamais élé certainement acquise. Atteinte tous les mois de longues et violentes coliques utérines, elle les fait cesser par l'apparition des règles qu'elle provoque en allant s'exposer pendant une ou deux heures à la vapeur sulfocarbonée.

L'inhalation du sulfure de carbone, si elle ne détermine point chez la femme une excitation aphrodisiaque, stimule du moins d'une manière évidente, chez elle, l'appareil génital et agit comme un puissant emménagogue.

Disons en passant que madame D a présenté d'ailleurs

des accidents d'intoxication signalés dans l'observation XIX, et qui n'ont jamais franchi la première période.

En résumé, la première période, ou période d'excitation, observée dans l'intoxication sulfo-carbonique chez les ouvriers en caoutchouc soufflé se caractérise par les symptômes suivants :

Céphalalgie, vertiges, convulsions épileptiformes, douleurs musculaires, fourmillements, hyperesthésie cutanée, agitation, loquacité, rires ou larmes sans raison, mobilité d'esprit, insomnie, rêves pénibles, irritabilité, colères, violences inexpliquées, aliénation mentale confirmée, troubles des sens, surexcitation génitale, crampes et roideur musculaires, appétit exagéré, nausées, vomissements, toux, oppression, accès fébriles, palpitations.

Mais ce tableau ne se complète que par un nombre suffisant d'observations. Quelques-uns des accidents ci-dessus décrits, les convulsions, l'exagération de l'appétit, par exemple, sont, ainsi qu'on l'a vu, loin d'être constants, et d'ailleurs, pour peu que l'action toxique ait été portée à un certain degré, ou les malades tombent immédiatement dans le collapsus, ou bien ils restent dans cet état intermédiaire où se confondent et alternent les caractères des deux périodes.

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