JU :NOUVELLES RECHERCHES
sixième chapitre est plus important; il a six pages el conlient à la fin, à la page G, un passage sur le Nouveau Monde, avec le nom Amerige sur la marge, et des citations qui décèlent la main élégante de Jean Basin.
Le chapitre vin, sur les vents, qui n’a que trois pages remplies de poésie et de citations, décèle le style et le caractère facétieux de Ringmann. Enfin le chapitre 1x, de beaucoup le plus long et le plus important, de huit pages plus la sphère, indique par sa rédaction, d’abord que la fameuse phrase si souvent citée, doit avoir été écrite par la même main qui a traduit en latin les Quatuor Navigationes; car celle en a l'élégance et le style coulant et poétique. Puis cette descriplion de l’ancien monde en cinq pages de vers, d’une poésie un peu à la diable, rappelle tout à fait la manière de Ringmann dans sa pièce de vers élégiaque et très facétieuse au verso du feuillet du titre des Quatuor Navigationes. Facture, touche et aspect, tout montre que ces cinq pages sont de Philesius.
Le proloquiuim et l’appendice, en tout trois pages, paraissent être des deux Luds. Les cinq figures mathématiques, fort élémentaires, ont été exécutées probablement par le dessinateur Waltzemüller.
En résumé celte Introductio est composée de vingt feuillets, dont dix-neuf sont imprimés des deux côtés. Le dernier feuillet est le seul qui ne soit pas imprimé au verso. De plus, il y a la planche pliée ou « Planisphère » qui est imprimée au verso, ce qui fait en tout vingt-deux feuillets.
Dans ce petit opuscule ou traité élémentaire de géographie, le chanoine Jean Basin a rédigé tous les passages, au nombre de quatre, qui parlent des terres nouvellement découvertes et signalent le navigateur florentin Vespucci, ce qui était bien naturei, puisque, ayant traduit les Quatuor Navigationes, il était plus au courant qu'aucun autre membre du Gymnase vosgien, de tout ce qui touchait au Nouv'au Monde. Jean Basin est l’auteur du fameux passage
SUR L'ORIGINE DU NOM D'AMÉRIQUE, y
qui a donné à Waltzemäüller toute sa célébrité, Non seulement l'élégance du style le dénote, mais plus tard nous signalerons d’autres preuves à l’appui de cette opinion.
Dans cette introduction, Philesius Ringmann a écrit toutes les pièces de vers. Enfin les deux Luds sont les auteurs de tout le reste dans l'édition de septembre 1507, sauf les cinq figures, travail manuel de Waltzemäüller. Pour ce dernier, il n'a fourni que les quelques phrases enlevées par Lud du premier tirage, et qui en somme font bien peu de chose, Nous en parlerons plus loin,
Il paraît qu'avant l'impression, des difficultés s'étaient élevées entre Waitzemüller et les deux Luds, ainsi que le prouve la dédicace d’Hylicomylus, au second feuillet Aij, où il parle «d’intrigues de ses rivaux » : tout en admettant qu’il avait des collaborateurs, que toutefois il ne nomme point, Waltzemüller ne fait de place qu’à son ami Ringmann, qui a deux petites pièces de vers signées Philesius. La première adressée à l'Empereur, au verso du titre de l’Introduction; la seconde aux lecteurs, au verso du feuillet bij, avant le titre de la traduction latine des Quatuor Navigationes. La première est un décastichon empoulé et ridicule, se terminant par un éloge à brûle-pourpoint de « l’auteur qui avec un admirable talent a préparé ce présent traité général ». Évidemment Waltzemüller était un vaniteux, dénué de toute modestie. Pour Ringmann, toujours facétieux, il versifiait à tout propos et sur toute chose, C'était un poète facile, trop facile même. Remarquons qu'il a eu soin de rester dans le vague de la poésie, en disant seulement : « a préparé », au lieu de : « a exécuté ou écrit ce traité général ». Il y à là une nuance qui montre que c’était plutôt une direction el une préparation qu’un travail original.
La seconde pièce est composée de onze distiques de vers élégiaques, adressés aux géographes du xvi° siècle. Ringmann l'avait déjà donnée et publiée, deux années auparavant, à Strasbourg, en tête de la première lettre de
32 NOUVELLES RECHERCHES Vespucci à Laurent Pierre François de Médicis, parue sous le titre de: De ora antartica, etc., elc., imprim. de Mathias Hupfuff, 1505. Seulement il avait donné alors à Vespucci, le prénom d’Albericus, remplacé par celui d’Americus dans le livre de Saint-Dié. Il n’y regardait pas de si près; sa verve satirique et facétieuse élait au-dessus des questions d'orthographe des noms propres; et, du moment que le chanoine Jean Basin avait trouvé bon d'employer le prénom d'Americus au lieu d'Albericus, Ringmann emboilait lc pas, sans sourciller, Comme tous les facétieux, c'était un homme de facile composition.
De Jean Basin, le traducteur des Quatuor Navigationes, l’auteur du décastichon élégamment versifié qui suit le titre, et de l'étrange bévue qui lui a fait placer la deuxième lettre de Vespucci à l'adresse du roi René, duc de Lorraine, — de Jean Basin, l’auteur du prénom d’Americus donné pour la première fois à Vespucci, et du nom d’America aussi donné pour la première fois au Nouveau Monde, on ne dit pas un seul mot; on ne laisse même rien soupçonner. Le véritable auteur, celui de qui est venue toute la célébrité de ce petit livre de Saint-Dié, celui qui a baptisé le Nouveau Monde, n’est pas nommé ! On ne rencontre même nulle part ses initiales. Jean Basin était homme aussi modeste que poète et littérateur élégant. |
Pour les deux Luds, ils ne paraissent dans ce petit livre qu'avec leurs monogrammes, dans le colophon, et seulement comme imprimeurs.
Enfin, pour couronner le tout, Martin Waltzemüller, avec une audace inouïe, se donne pour l’auteur de l’ouvrage, sous le nom cacophonique de Martlinus Ilacomylus, en ayant bien soin de se placer sous la protection de l’Empereur : Divo Maæximiliano Cesari. On a là le premier exemple, depuis l'invention de l'imprimerie, de l’accaparement des travaux d'autrui, si souvent répété depuis lors. Seulement ici le cas est plus remarquable, venant d’un