‹ Nouvelles recherches sur l'urémieChapitre 15 sur 17 · CINQUIÈME SERIE D'EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SERIE D'EXPÉRIENCES

Leucine. — Trois lapins furent soumis à l'épreuve. M. le docteur Ritter nous avait préparé une solution contenant 0 gr. 50 de leucine pure dans 40 centim. cubes d'eau. Cette solution, d'un goût lessiveux, servit à nos trois expériences. Chez deux de ces animaux l'injection fut pratiquée dans la veine jugulaire ; l'un d'eux reçut 10 centim. cubes, soit 125 milligr. de leucine, le second reçut 6 centim. cubes seulement, soit 75 milligr. Après un peu d'abattement passager, ces deux animaux reprirent toute leur vivacité et n'ont jamais été malades.

Le troisième reçut sous le tissu cellulaire de la région dorsale 20 centim. cubes de la même solution, soit Ogr. 350 de leucine pure. Il eut les jours suivants un peu de fièvre, 40" et demi au maximum. Mais il se rétablit aussi en peu de temps, comme les animaux précédents. Ces trois animaux, une heure après l'expérience, furent enfermés dans une cage. Les urines recueil-

• Neubauer : Traité de Chimie, trad. allem.

lies pendant la nuit étaient très -abondantes et très-épaisses. M. le docteur Ritter a bien voulu les examiner et nous donner les renseignements qui suivent :

«Laleucine fut recherchée parles procédés ordinairement suivis , mais on n'obtint ainsi que des résultats très - douteux ; les formes, au microscope, n'étaient pas assez nettes pour pouvoir assurer que cette substance existait dans le dépôt.

«L'urine renfermait au contraire de l'acide valérianique ou butyrique dont la présence fut démontrée en traitant le résidu de l'évaporation par de l'acide sulfurique et de l'alcool ; on perçut alors l'odeur si caractéristique de l'éther valérianique, ou peut-être de l'éther butyrique. On sait que la leucine traitée par les agents oxydants donne de l'acide valérianique, peut-être aussi de l'acide butyrique. On peut donc admettre que la leucine avait dans son passage à travers le sang subi l'une de ces transformations. »

SIXIÈME SÉRIE d'expériences.

Thyrosine. — M. le docteur Ritter nous remit une solution saturée de thyrosine , et M. le prof. Coze pratiqua lui-même les injections à deux lapins très- vigoureux. L'un d'eux reçut 6 centim cubes dans la veine jugulaire, le second reçut égalemant, dans la veine, 10 centim. cubes de la même solution. Ces deux animaux reprirent bientôt toute leur vivacité et ne furent pas malades depuis.

Un troisième animal fut soumis par nous à l'injection sous-cutanée de 20 centim. cubes de la même solution, il n'en fut pas du tout incommodé et continua depuis à se bien porter. L'urine des deux premiers lapins fut recueillie pendant la nuit qui suivit l'expérience, mais elle était très-peu abondante; il a été impossible de retrouver la thyrosine dans cette petite quantité de liquide.

Ces expériences sur la leucine et sur la thyrosine nous permettent de conclure que ces deux substances, aux petites doses où nous les avons injectées, ne sont pas toxiques pour les lapins.

VL Acide hippvriqvo et hippurates. — L'acide hippurique C'^ W Az 0^ + HO

existe-t-il normalement dans le sang ou clans? les urines? Le l'ait est encore controversé. Ecoutons à cet égard ce que disent MM. Robin et Verdeil' :

I " La présence de cet acide dans l'économie est toujours de courte durée et accidentelle.

2" Il peut s'y rencontrer soit à l'état liquide , soit à l'état solide , cristallisé. Il conserve dans l'urine sa réaction acide qui est assez faible.

3" Il ne prend qu'une part secondaire à la constitution de la substance organisée , et encore à celle de l'urine seulement. Il paraît se former dans les tubes du rein au moment de la sécrétion urinaire, par décomposition de quelque liippurate. Normalement, on ne trouve dans le sang que des urates et des hippurates. »

D'après les données les plus récentes, la quantité d'acide hippurique varie surtout avec l'alimentation; plus l'alimentation est végétale, plus l'acide hippurique est en grande quantité.

Liebig et Kiihne admettent qu'il y a dans l'urine normale une trèspetite quantité d'acide hippurique. D'autres chimistes (Hallvachs- et Weissemann) prétendent qu'il y en a de 1 gr. oO à 2 gr. dans l'urine de !2i heures, et le croient formé aux dépens du glycocolle du foie. Lehmanti en trouve beaucoup dans l'urine des fébricitants et aussi chez les diabétiques.

II paraît très-probable, et le plus grand nombre des physiologistes et des chimistes sont de cet avis, que, dans l'économie, l'acide hippurique s'est combiné pour former des hippurates de soude, de potasse ou de chaux. Il est probable aussi que l'acide hippurique est un principe purement excrémentitiel formé dans les tissus et les humeurs de l'économie.

En 1800, Proust avait déjà déclaré qu'il existe des hippurates dans le sang. Et depuis, de nombreuses recherches ont prouvé l'exactitude de cette assertion.

Au résumé, l'acide hippurique, s'il existe dans l'urine normale de l'homme, ne s'y rencontre qu'en quantité infiniment petite. Mais l'urine normale contient toujours des traces d'hippurate, surtout d'hippurate de soude.

' Robin et Vei'deil : Traité de Chimie annf . et pkijsiol. fiSôi/. Lionel Beale, /oc. cit.

Muni de ces données très-vagues et très-incomplètes , nous avons cependant recherché quels effets peut produire sur l'organisme l'injection d'une petite quantité d'hippurate de soude,

SEPTlilME SÉRIE D'EXPÉRIENCES.

VII. Hippurate de soude. — Trois animaux furent soumis à cette expérimentation. Deux d'entre eux reçuî-ent dans la veine jugulaire, l'un 6 cent, cubes d'une solution de 1 gr. d'hippurate de soude dans 50 cent, cubes d'eau (soit par conséquent 0'^'',12 de la substance) ; le second reçut 10 cent, cubes (soit 0^'', 20 de la même matière). Peu de temps après l'opération , ces animaux reprirent leur vivacité habituelle et ne furent pas malades depuis.

Le troisième lapin reçut sous le tissu cutané 24 cent, cubes du liquide en question, soit 0,48 centigrammes d'hippurate de soude. Il n'éprouva aucun malaise et a toujours joui d'une bonne santé.

Donc l'hippurate de soude aux doses où nous l'avons injecté n'est pas toxique. Mais n'oublions pas que nous avons agi sur des lapins , c'est-àdire sur des animaux herbivores dont le sang contient, probablement comme les urines, une forte proportion d'acide hippurique ou d'hippurate. Il faudrait donc reprendre cette expérience sur un animal Carnivore, et aussi sur des animaux néphrotomisés , pour pouvoir assurer que la rétention de ce principe dans le sang, alors que les fonctions des reins ne s'exécutent plus, ne donne pas lieu à des accidents graves.

HUITIÈME SÉRIE d'EXPÉRIENCES.

VII î. Mélange des substances. — Dans l'intention de savoir si les diverses substances que nous avons injectées isolément ne se transforment pas quand elles sont en présence , et si ces transformations ne les rendent pas plus dangereuses, nous avons fait dissoudre dans 50 centim. cubes d'eau uji mélange de toutes ces substances, à savoir: i' Créatine 0,02 ; créatinine 0,01 ; leucine 0,05 ; thyrosine 0,05 ; hippurate de soude 0,05.

Et nous avons injecté à deux lapins 12 centim. cubes de cette solution. Ces animaux n'éprouvèrent aucun symptôme immédiat, mais le lendemain tous deux avaient la fièvre 40". D'ailleurs ils se rétablirent très-rapidement et sont aujourd'hui en très-bonne santé.

Il est donc probable que ces substances ne se modifient pas réciproquement et que , dans le mélange que nous avons essayé , ^chacune de ces substances a agi séparément des autres et comme si elle était seule.

IX. D'autres substances, en assez grand nombre mêmes, ont également été signalées dans les urines de l'homme à l'état normal.

D'après quelques auteurs, la xantliine, par exemple, se rencontre en très-petite quantité dans l'urine normale. On sait qu'elle entre surtout dans la composition de certains calculs. Elle paraît aussi exister dans le sang oii elle se forme sous des influences peu connues. On ignore de même sous quelle influence elle se produit et s'élimine par les urines, et si elle provoque quelque maladie lorsqu'elle s'accumule dans le sang. Nous ne savons non plus rien de positif sur le rôle de la cystine C'' H' Az S' 0*, également signalée dans des urines peut-être pathologiques, se rencontrant aussi dans quelques calculs.

Nous avons également négligé l'étude plus importante sans doute des matières colorantes. Il faut avouer d'ailleurs que les chimistes ne nous ont rien dit encore de la composition de ces matières très-difiiciles , sinon impossibles à isoler à l'état de pureté.

Haller' cependant désigne l'une d'elles sous le nom d'uroxanthine ; et Scheerer a isolé , dit-il , un extractif jaune , qu'il considère comme étant le résultat de l'assimilation destructive des corpuscules sanguins épuisés. Il est aussi parlé d'un extractif sulfuré qui proviendrait de la métamorphose des tissus albumineux et fibrineux.

Il y aurait donc beaucoup de choses à dire encore sur les extractifs de l'urine, qui sont, à n'en pas douter, une portion très-importante de ce liquide excrémentitiel.

' Lionel Beale : Loc. cit.

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