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QUATRIÈME SÉRIE D'EXPÉRIENCES

Créatinine pure. — M. le docteur Ritter eut l'obligeance de préparer luimême cette créatinine et put nous remettre une solution contenant 0^'',50 dans 30 centimètres cubes d'eau.

Deux lapins furent consacrés à ces nouvelles recherches. Ces deux animaux, très- vigoureux , paraissaient jouir d'une très-bonne santé. Chacun d'eux reçut dans la veine jugulaire environ 10 cent, cubes du liquide susmentionné, soit 0^'','57 de créatinine pure.

Après les premiers effets de l'injection, nos deux lapins parurent se remettre assez bien. Cependant ils furent malades, si l'on en juge d'après les températures du lendemain : l'un d'eux mesurait alors 41", et le second 41" et demi (au lieu de 38" et demi à 39° qui est la température normale). Mais déjà le surlendemain cette fièvre avait diminué ; en définitive ces animaux revinrent à la santé.

Ces deux résultats doivent-ils nous faire rejeter l'idée d'une action toxique de la créatinine? Nous ne le pensons pas; mais elles s'opposent aussi à ce que nous puissions avancer d'une manière formelle que, réellement, cette substance est un agent possédant des propriétés toxiques énergiques. Nous devons faire remarquer toutefois que , chez ces deux animaux , nous avons injecté une quantité plus petite de la matière suspecte (0,17 au lieu de 0,25 à 0,30), et aussi qu'elle était en solution dans une quantité d'eau double (10 centim. cubes au lieu de 5 à 6).

Peut-être aussi que la combinaison de la créatinine, à l'état de chlorure de créatinine et de sodium , est plus lentement éliminée que la solution de créatinine pure. Remarquons aussi en passant que l'un de ces deux animaux soumis à l'injection de créatinine pure urina abondamment environ 10 minutes après l'opération. Malheureusement nous n'avons pas pu recueillir ces urines et les faire examiner.

Il faut avouer, en tout cas, que les résultats sont douteux. Evidemment, pour pouvoir conclure d'une manière positive, de nouvelles expé-

riences sont indispensables, mais la matière nous manque; malgré nos recherches il nous a été impossible d'en trouver encore à Strasbourg ; à peine, dans quelques cabinets , quelques rares cristaux conservés pour les collections.

Il faudrait aussi agir avec des substances provenant de sources différentes, et voir si, en s'opposant à l'élimination par l'opération préalable de la néphrotomie, les résultats obtenus même avec de très-petites quantités de créatinine , ne seraient pas identiques à ceux obtenus dans nos premières expériences.

V. Lrucine et Thyrosine. — La leucine et la thyrosine sont deux produits qui s'accompagnent toujours dans la putréfaction des matières albuminoïdes, ou dans les produits de la réaction des acides et des bases sur les mêmes matières.

La leucine C'"^ H" Az 0* est un corps blanc d'aspect gras , assez soluble dans l'eau, presque insoluble dans l'alcool et l'éther, soluble dans les acides. Elle se sublime à 170° et donne par les agents d'oxydation (bichromate de potasse et acide sulfurique , ou hypermanganate de potasse) de l'acide valérianique facile à reconnaître à l'odeur. La solution n'est pas précipitée par le nitrate acide de mercure.

La leucine, mélangée à d'autres substances, forme des sphérules composés de cristaux irradiant d'un centre commun. Elle se dépose quelquefois dans les urines, mais le plus ordinairement elle s'y rencontre en solution. Elle a été signalée surtout dans les urines des individus atteints d'atrophie du foie, aiguë ou chronique. On la rencontre quelquefois dans les humeurs et dans le sang. Elle existe normalement dans le pancréas.

La thyrosme H" Az 0° forme des cristaux blancs soyeux; elle est presque insoluble dans l'alcool et dans l'éther ; elle se dissout dans les acides et les alcalis. Deux réactions servent à caractériser cette substance ; l'une , celle de Piria , consiste à faire digérer la thyrosine à la chaleur d'une étuve avec queques gouttes d'acide sulfurique concentré ; le liquide est neutralisé au bout d'une demi-heure avec du carbonate de Baryte ; il suffit alors d'ajouter une goutte de chlorure ferrique bien neutre pour obtenir une belle coloration violette. Cette réaction ne réussit pas lorsque la thyrosine est accompagnée de leucine. Un autre procédé consiste à chauffer la thyrosine

avec une solution parfaitement neutre de nitrate acide de mercure ; on obtient un précipité floconneux rouge et un liquide rose. Cette dernière réaction n'est pas entravée par la présence de la leucine.

La thyrosine se produit aussi probablement dans le foie et résulte, dit Lionel Beale, de la désagrégation des substances albuminoïdes. Elle a été signalée également dans le sang des urémiques, surtout de ceux atteints de dégénérescence amyloïde des reins. La recherche de ces deux matières présente quelques difficultés , car pour les caractériser , il faut les obtenir dans un état de pureté assez grand, ce qui peut quelquefois exiger une série d'opérations assez délicates dans le détail desquelles nous ne pouvons pas entrer. (Voy. Neubauer', p 86 et 87.)

La thyrosine , comme la leucine , a été signalée dans les urines des individus atteints d'atrophie aiguë du foie, de fiève typhoïde, de variole.

Ces deux substances paraissent enfin dans les urines toutes les fois qu'un état cachectique a été provoqué par l'ingestion prolongée de composés métalliques, tels que le mercure et le cuivre.

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