‹ Nouvelles recherches sur la phonationChapitre 10 sur 20 · OBSERV ATI ON S DIVE USE S · texte numérisé non relu

OBSERV ATI ON S DIVE USE S

Accroissement et diminution dans la force des sons. — Supposons qu'on émette un son quelconque de l'échelle vocale.

La glotte est fermée en arrière au degré voulu, les ligaments sont tendus, et l'on a employé de préférence un courant d'air faible.

Si l'on vient à augmenter beaucoup l'intensité de ce courant d'air, sans rien changer à lu tension et à l'occlusion de la glotte, il arrivera que l'air, chassé avec force, soulèvera les ligaments, et augmentera nécessairement leur tension. Immédiatement le son deviendra plus aigu.

Or, on sait qu'il est très facile aux chanteurs exercés, de varier à l'infini les proportions du courant d'air, sans altérer en rien la valeur musicale du son.

11 y a donc un mécanisme compensateur destine à permettre cette opération.

(S/l NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PHONATION .

On ii voulu le trouver clans le raccourcissement ou l'allongement de la trachée-artère.

11 n'en est rien.

Je puis indifféremment augmenter la force du son pendant que j'abaisse ou que j'élève le larynx.

Miiller a dit, et avec raison, que la compensation s'opérait à l'aide de la tension longitudinale. Seulement il est arrivé à des conclusions mathématiques inexactes, pour des raisons que je vais dire.

Lorsqu'on examine la glotte pendant l'émission d'un son filé, on la voit s'ouvrir progressivement en arrière, dans une certaine étendue, à mesure que le courant d'air devient plus intense, et se refermer d'une quantité égale lorsque le courant d'air revient à son intensité première.

Or, dans les expériences de Millier, les aryténoïde> sont assujettis au moyen d'une aiguille qui les traverse, et l'ouvèrture de la glotte est invariable; aussi ne tient-il aucun compte de la longueur de cette ouverture, et néglige-t-il à cause de cela une des deux lois de compensation.

Si l'habile physiologiste avait songé au laryngoscope, il eût conclu différemment, et peut-être n'eût-il rien laissé à dire aujourd'hui touchant la physiologie de la voix.

Mais il a affirmé que la tension ligamenteuse était en raison inverse de l'intensité du courant d'air.

En plaçant le doigt dans l'espace inter-crico-ai "vténoïdien, on constate facilement l'exactitude parfaite de cette assertion.

On objectera peut-être que la tension longitudinale

avant diminué, l'étendue de la surface vibrante ayant augmenté, le son devrait forcément descendre.

Ce serait mal comprendre ce qui se passe dans la circonstance dont nous parlons.

Il ne faut pas oublier que si la tension longitudinale diminue, rien ne prouve que les tensions latérales diminuent avec elle.

Au contraire, la force des vibrations augmente avec le courant d'air dans les régions sous-glotlique et ventriculaire, ce qui semblerait indiquer un supplément de tension dans ces deux points. D'ailleurs si la surface vibranlc est augmentée, elle est très suffisamment tendue en largeur et même en longueur par la force du souffle pour que la compensation ait lieu.

En somme, dans le son filé, la force du courant d'air est compensée par la diminution de la tension longitudinale et une plus grande ouverture de la glotte en arrière.

Il est inutile d'expliquer à l'aide de quels muscles se produit le phénomène compensateur, puisque nous avons surabondamment élucidé le mécanisme de la tension des ligaments et de l'occlusion de la flotte.

Etendue de la surface vibrante. — Dans la région sousglottique, on a vu que les ligaments vocaux adhéraient peu ou pas aux deux tiers antérieurs du faisceau plan. Vers les apophyses aryténoïdes, l'adhérence devient plus intime; néanmoins on enlève encore facilement la membrane vocale sur les deux tiers antérieurs de ces apophyses; mais sur le tiers postérieur l'adhérence est très solide.

Le bord libre des ligaments n'adhère également au

bord supérieur du faisceau plan que près des .extrémités apophysaires, où il reçoit les fibres musculaires envoyées par ce bord supérieur.

Dans la région ventriculaire, l'adhérence est faible pi cs de la face antérieure des aryténoïdes; mais la membrane vocale est tellement épaisse, qu'elle reste évidemment étrangère à la génération du son.

Elle s'amincit et adhère davantage au niveau de la partie médiane des ligaments, où elle tient aux fibres arciformes par des prolongements fibreux. Tout à fait en avant, l'adhérence est moins forte, mais alors la membrane devient extrêmement mince et se glisse dans les ventricules de Morgagni.

En décrivant les muscles intrinsèques du larynx, j'ai indiqué dans la région sous-glottique une sorte de muraille musculaire formée par le tiers postérieur du faisceau plan, les fibres internes du crico-aryténoïdien latéral, et plus en avant la face interne du cricorthyroïdien. (Pl. IV. flg. 2.)

Cette paroi musculaire, solide et concave, a évidemment pour but de rejeter vers la partie antérieure de la glotte la colonne d'air phonatrice, là où l'amplitude des vibrations est le plus sensible.

De tout ceci, il faut conclure que la membrane vocale peut vibrer, quoique très faiblement, jusque sur les apophyses aryténoïdes, dans la glotte inter cartilagineuse, mais que le véritable champ de vibration se trouve dans les ligaments vocaux qui forment la glotte inlerligamentevse.

Action du vestibule de la glotte, des ligaments thyroaryténoïdiens supérieurs, des ventricules de Morgagni, de

l'épiglotte, — Le vestibule rie la glotte est plus large clans les sons graves, les sons puissants, les sons de poitrine, plus étroit dans les sons aigus, les sons criards, les sons de fausset. Il sert à jouer, et il joue en effet le rôle d'un pavillon d'instrument à vent, destiné à renforcer l'éclat et la puissance des sons.

Les modifications qu'il détermine dans le son ont été définies et étudiées dans un mémoire très curieux que M. Garcia présenta à l'Académie des sciences en 1841 .

Quant à présent, je ne puisque confirmer entièrement les assertions de M. Garcia, qui me sont connues depuis que j'ai étudié l'art du chant sous cet habile professeur.

Les ligaments thyro-aryténoïdiens supérieurs ont pour mission de maintenir les aryténoïïles en avant, et d'accroître l'intensité du son en s'unissant aux vibrations générales.

Les ventricules de Morgagni me semblent destinés à faciliter le jeu des ligaments vocaux, et à contenir les glandes qui lubrifient ces ligaments.

Hors du vestibule de la glotte, les sons se modifient de diverses façons, sous l'influence de l'épiglotte, de la base de la langue et du pharynx.

Page 1