C. — On sait que les membranes tendues dans un seul
sens sont soumises aux mêmes lois que les cordes pour ce qui concerne les changements de leurs sons.
Beaucoup d'erreurs commises dans l'étude de la phonation ont eu pour point de départ cette loi physique. En effet, tant que l'on considérera les ligaments vocaux comme des cordes tendues entre deux points, ou comme des membranes tendues dans un seul sens, et par conséquent, assimilées aux cordes dans leurs lois de vibrations, on aboutira forcément à des conclusions inexactes.
On s'exposera aux mêmes inconvénients en expérimentant sur des larynx privés de vie, alors que la tension longitudinale des ligaments est seule possible.
Le laryngoscope démontre suffisamment que ces ligaments sont tendus pendant l'émission delà voix, nonseulement en longueur, mais en largeur.
Malheureusement on ne connaît pas bien encore, je crois, la loi d'après laquelle les nombres des vibrations varient selon la grandeur et la tension, dans les membranes tendues en tous sens.
Cette recherche n'étant nullement de mon ressort, je me contenterai d'exposer le résultat de mes observations relativement aux vibrations des ligaments vocaux.
On a déjà vu que, pendant le registre de poitrine, ces ligaments vibraient dans toute leur étendue. La formation des ventres vibrants démontre surabondamment le fait pour la région sous-glottique, et nous venons de voir que cette région est tendue par le faisceau plan du thyro-aryténoïdien.
Les vibrations du bord libre et l'action du crico-thyroïdien établissent le fait de la tension en longueur.
Outre *|u'on voit vibrer la région venlriculaire, on sait qu'elle est tendue par les fibres obliques internes ou arciformes du thyro-aryténoïdien. 11 y a plus, j'ai décril à propos du registre de fausset, une expérience pendant laquelle la tension longitudinale ne suffisait pas seule a La génération du son, et j'ai signalé, en outre, l'évidence de la traction latérale dans une deuxième expérience très caractéristique.
De ces trois ordres de considérations, il faut conclure que les ligaments vocaux vibrent à la manière des membranes tendues en tous sens.
J'ai constaté que pendant la production du registre de fausset, la région sovs-glotlique des ligaments vocaux cessait d'intervenir. Est-ce à dire pourtant qu'elle ne vibre plus du tout? Non sans doute, mais ses vibrations n'ont plus d'action spéciale et se confondent dans l'ébranlement commun à toutes les parties du larynx, ébranlement qui, du reste, est beaucoup moins fort pendant le registre de fausset que pendant le registre de poitrine.
Le bord libre des ligaments est le point où les vibrations apparaissent le plus manifestement en toutes circonstances.
À mesure qu'on s'éloigne de ce bord libre, les vibrations deviennent d'autant moins sensibles.
L'amplitude des vibrations augmente et diminue avec l'intensité du courant d'air; elle augmente et diminue aussi avec la gravité ou l'acuité des sons, de sorte qu'où peut dire qu'elle est proportionnelle à l'étendue de la surface vibrante. Les parties étrangères à cette surface, muscles, cartilages, trachée-artère et parois thoraciques,
vibrent comme elle. Cette vibration générale est très évidente an toucher.
Il résulte de tout ceci :
1° Que les ligaments vocaux vibrent à la manière des membranes tendues en tous sens;
1° Que l'amplitude des vibrations est proportionnelle à l'étendue de la surface vibrante ;
3° Que cette amplitude n'est pas égale partout;
/f Que la région sous-glottique des ligaments vocaux ne vibre d'une manière spéciale que dans le registre de poitrine ;
5° Que le larynx vibre dans tous ses éléments, et entraine dans ses vibrations la trachée-artère et les parois thoraciques.
D. — L'occlusion progressive de la glotte en arrière est destinée à venir en aide à la tension des ligaments vocaux, dans le parcours de l'échelle vocale, et à faciliter l'élévation du son en diminuant eu arrière l'étendue de la surface vibrante.
On a vu qu'il était possible de faire entendre un certain nombre de sons graves, pendant que la glotte demeure ouverte dans toute sa longueur; maison a vu aussi que ces sons étaient sourds, étouffés, et limités à la partie de l'échelle vocale la plus inférieure. (Pl. VI, fig. 2 et 3.)
Si, au contraire, on affronte graduellement les aryténoïdes, les sons acquièrent beaucoup d'éclat,et l'on peut parcourir toute l'étendue de l'échelle vocale. Il faut donc conclure que l'acuité des sons est le résultat simultané delà tension des ligaments vocaux cl de l'occlusion de la glotte en arrière.
Mais il a été établi que l'élévation du son a encore lieu après que les apophyses aryténoïdes se sont mises eu contact dans toute leur longueur. D'autre part on a vu qu'au delà de cette limite apopbysaire la glotte se rétrécissait encore en arrière.
Quel serait donc l'agent qui succède aux aryténoïdes dans l'affrontement intime et progressif des lèvres glottiques, si ce n'était le bord supérieur du faisceau plan thyro-aryténoïdien, correspondant au bord libre des ligaments, et envoyant sur ce bord libre, en avant de l'extrémité des apophyses, les fibres d'inégale longueur que j'ai signalées dans la partie anatomique de ce mémoire. (Pl. IV, fig. 2.)
Je sais que l'on a nié l'existence de ces fibres; mais, outre que je les ai vues chez presque tous les sujets, il faut se rappeler que les voix étendues sont rares, et que peu de larynx ont le privilège d'atteindre au sommet de l'échelle vocale.
On m'objectera que tous les larynx ont la faculté de produire des cris aigus. Cela est vrai.
Mais d'abord, même pour les cris, toutes les voix ont leurs limites.
Ensuite j'ai établi que les sons élevés étaient dus en grande partie à la tension longitudinale produite par le muscle crico- thyroïdien.
Or, les cris ne sont pas des sons qu'on puisse soutenir et réitérer à volonté sans un effort puissant, désordonné toujours accompagné d'une contraction violente des mus cles extrinsèques du larynx.
Au contraire, les sons produits par les voix étendu!
s'établissent, se prolongeât, se modèrent, sans la violence qui .accompagne les cris.
Si quelque chanteur ne parvient aux sous élevés qu'à l'aide d'un grand effort, c'est qu'il est maladroit, ou que les fibres en question sont peu nombreuses ou même absentes.
Donc, pour ce qui regarde l'occlusion progressive de la glotte en arrière, on peut conclure .:
I" Qu'elle a pour but de donner aux sons tout l'éclat dont ils sont susceptibles, et de concourir avec la tension ligamenteuse à leur élévation , en diminuant en arrière l'étendue de la surface vibrante;
%° Qu'elle est produite d'abord par le contact progressif des aryténoïdes; ensuite par la contraction de libres insérées au bord libre des ligaments vocaux, et appartenant au bord supérieur du faisceau plan thyro-aryténoïdien ;
o° Qu'elle est constante dans la production des sons éclatants; ce qui amène à diviser la glotte, d'après M. Longet, en glotte intercartilagineuse ou interarylénoïdienne, et eu flotte interliyamenteuse.
Eu traçant cette esquisse rapide de la génération du son dans son ensemble, j'ai dû omettre de nombreux détails.
Pour éclaircir et compléter ma démonstration, je vais suivre pas à pas, et à fond, la manifestation du phénomène vocal sur toute l'étendue de l'échelle diatonique dans les deux registres.
lleyistre de poitrine. — Commençons par les degrés inférieurs de l'échelle, là où les laits s'accomplissent avec le plus d'évidence, et prenons pour point de départ le son ré*.
Tout d'abord les aryténoïdes se rapprochent et se mettent en contact postérieurement par le tiers inférieur de leurs faces internes : ce contact tout à fait postérieur est intime.
Les extrémités des apophyses se touchent à peine, et sont entraînées dans la vibration des ligaments vocaux.
Ces ligaments sont tendus, vibrent largement dans leurs trois portions, et les -ventres vibrants sont très visibles.
Le larynx en entier, la trachée-artère et les parois thoraciques, subissent un ébranlement causé par l'amplitude des vibrations ligamenteuses.
Les bords de la glotte sont rectiligues. • Voyons quels peuvent être les agents musculaires de cette série de phénomènes.
Tout d'abord, nous avons un contact intime et tout à fait postérieur des aryténoïdes : il résulte de l'action concentrique des aryténoïdiens postérieurs. (Pl. III, fig. 2.)
D'autre part, les extrémités apophysaires sont ramenées l'une vers l'autre par les muscles crico-aryténoïdiens latéraux et thyro-aryténoïdiens, ce qui a rendu la glotte rectiligne. (Pl. IV, fig. 1 et 2.)
Mais l'affrontement des faces internes arytenoïdiennes a lieu surtout par leur tiers inférieur.
Comment donc agissent les muscles affronteurs?
L'action du muscle crico-âryténoïdien latéral est bien connue, mais il m'a semblé qu'on ne s'était pas assez rendu compte des phases successives de celle action.
Il est essentiel de rappeler que ce muscle est composé de fibres d'inégale longueur. Les externes, qui sont les plus longues, insérées au tubercule aryténoïdien externe,
impriment aux cartilages aryténoïdes un mouvement de rotation en dedans très étendu. Les moyennes, et surtout les internes, plus rapprochées du point d'appui et en même temps plus courtes, déterminent un mouvement de rotation d'autant moins (''tendu, qu'elles sont situées plus en dedans.
Or, l'affrontement qui nous occupe est peu étendu et tout à fait postérieur, il doit donc être attribué non -seulement aux aryténoïdiens postérieurs, mais encore aux libres internes du crico-aryténoïdien latéral, (Pl. IV, fig. 2.)
Mais si ces fibres se contractent, grâce à leur disposition , elles vont rapprocher les aryténoïdes, surtout par leurs bases.
Ce n'est pas tout. Si l'on considère que la région sousi»1ottique des<ligaments vocaux est tendue, on en conclura que les fibres du faisceau plan, les intérieures surtout, sont en contraction, et vont s'unir aux fibres internes du crico-aryténoïdien latéral pour affronter les aryténoïdes par leurs bases, ou pour mieux dire parla partie inférieure de leurs faces internes. (Pl. IV, fig. 2.)
Enfin si Ton admet que l'aryténoïdien postérieur contracte principalement ses fibres inférieures, on aura l'explication intégrale du fait. (Pl. III, fig. 2.)
Maintenant les ligaments vocaux ont subi diverses tensions, faibles, mais appréciables; les régions sous-glottique et ventriculaire ont été soulevées, le bord libre s'est tendu. H y a donc eu simultanément contraction des faisceaux plan et arciforme thyro-aryténoïdiens. Quant à la contraction du crico-thyroïdien , l'œil à l'intérieur, el le doigt à l'extérieur, ont averti qu'elle avait eu lieu,
70 NOUVELLES RECHIîKCHES SI H LA PHONATION.
et principalement; pai> ses fibres les plus rapprochées du point d'appui, c'est-à-dire par ses fibres inférieures.
Chacun des phénomènes survenus pendant la production du son ré 1 a donc trouvé sa raison d'être dans les contractions musculaires signalées. Est-ce à dire pourtant que les muscles désignés se sont contractés dans une partie de leurs fibres pendant que les autres demeuraient inertes? Non, sans doute.
Seulement, s'il est acquis à la science que les mouvements musculaires peuvent s'exécuter faisceau par faisceau, fibre par fibre, il m'est permis d'avancer que chaque muscle du larynx peut se contracter avec une énergie di érente dans ses différentes portions.
Il serait superflu de franchir un par un les degrés de l'échelle vocale du grave à l'aigu, pour voir se reproduire les mêmes mouvements plus accusés et plus complets.
Mais avant d'arriver aux sons aigus, arrêtons- nous à cette phase de l'accolement aryténoïdal, pendant laquelle le contact a lieu par l'extrémité ténue des apophyses antérieures, à cette fraction de l'échelle vocale dont les chanteurs, hommes et femmes, connaissent si bien les difficultés, et que j'ai limitée dans mes observations laryngoscopiques aux sons .n2, ré3, chez les basses-tailles; mi3, sol3, chez les ténors; fa3, la3, chez les femmes.
Jusqu'alors les aryténoïdes se sont affrontés par des surfaces étendues, résistantes, qui ont garanti la sûreté de l'émission vocale. Maintenant il faut, affronter les aryténoïdes par deux extrémités arrondies, d'une élasticité et (l'une mobilité extrêmes.
Aussi n'est-il pas rare de voir, dans ce passage difficile,
PUYSIOLOGIK.
les chanteurs inexpérimentés ou fatigués appeler les muscles extrinsèques du larynx à l'aide du crico-aryténoïdien latéral et du thyro-aryténoïdien, insuffisants par euxmêmes à maintenir l'intensité et la pureté du son.
Je suis très porté à croire que la difficulté d'affrontement des extrémités apophysaires doit être diminuée par le petit aplatissement triangulaire que j'ai signalé en étudiant la structure des ligaments vocaux, précisément au niveau de ces mêmes extrémités.
Dépassons ce point et recherchons le mécanisme des sons aigus.
La glotte est linéaire, les aryténoïdes sont énergiquement fermés dans toute leur étendue, les ligaments vocaux sont fortement tendus, et bien qu'on n'aperçoive plus les ventres vibrants, on est autorisé à croire que les ligaments vocaux vibrent partout. (Pl. VII, fig. 2.)
La région ventriculaire commence à se rétrécir dans sa largeur.
On peut donc conclure que les aryténoïdiens postérieurs sont énergiquement raccourcis, le transverse surtout ; que les crico-aryténoïdiens latéraux sont arrivés à leur maximum de contraction, ou peu s'en faut; que les fibres obliques du thyro-aryténoïdien ont presque épuisé leur action ; que le faisceau plan de ce dernier muscle est employé presque entièrement, et que le crico-thyroïdien a déployé la plus grande partie de ses ressources.
Si l'on avance encore vers les limites supérieures de la voix, la tension longitudinale augmente et la glotte se rétrécit encore en arrière.
Quant à la tension longitudinale, il n'y a pas d'am-
biguïté, elle est l'œuvre des contractions suprêmes du crico-thyroïdien. Mais le rétrécissemenl de laglotte, qui donc le détermine?
Les aryténoïdiens ont épuisé leur intervention, et le crico-aryténoïdien latéral, aidé du thyro-aryténoïdien, ne saurait, même avec des contractions exagérées, produire un résultat décisif.
C'est donc le bord supérieur du faisceau plan qui, ayant affermi peu à peu les extrémités apophysaires , vient compléter l'œuvre commune, et, à l'aide des fibres qu'il envoie sur le bord libre des ligaments vocaux, diminuer un peu plus en arrière l'ouverture glottique et l'étendue delà membrane vibrante. (Pl. IV, fig. 2.)
Disons ici en passant que tous ces phénomènes peuvent être indifféremment produits à l'aide d'un courant d'air intense ou léger.
Il est inutile maintenant de rebrousser chemin, et de voir les mouvements signalés se reproduire, en sens inverse, pour revenir au point de départ.
Je passe au second registre.
Registre de fausset. — Avant d'étudier le mécanisme générateur de ce registre sur chaque degré de l'échelle diatonique, recherchons-le d'abord dans ses phénomènes caractéristiques.
Lorsque je fais entendre en voix de poitrine le son mi bémol3, la glotte est linéaire, les ligaments vocaux sont tendus et vibrent dans leurs trois régions, l'ouverture glottique est d'une longueur déterminée, les faces internes des aryténoïdes sont, en contact par leur tiers inférieur. (Pl. VII, fig. 3.)
Je passe tout à coup au registre de fausset.
Le glotte devient ellipsoïde; la. tension sous-glottique cesse, la tension longitudinale diminue, la tension veniriculaire devient plus apparente; l'ouverture de la glotte augmente en arrière , l'affrontement des aryténoïdes s'opère par les deux tiers supérieurs des faces internes ; enfin les parois externes du vestibule de la glotte se redressent et s'aplatissent davantage.
Cherchons les causes de cette transformation.
La glotte, avons-nous dit, devient ellipsoïde] il est nécessaire de s'entendre sur cette forme caractéristique.
D'abord j'ai dit qu'elle était peu sensible chez beaucoup de sujets, principalement chez ceux dont la voix est aiguë et les ligaments vocaux peu développés : et c'est tout shnple. Comme elle est causée en grande partie par le relâchement de la région sous-glotlique, moins les ligaments seront volumineux, moins l'ellipse sera sensible.
Chez les sujets dont la voix est puissante et les muscles énergiques, elle apparaîtra au contraire très manifestement. (Pl. VII, fig. 3.)
Néanmoins, il ne faut pas s'attendre à rencontrer jamais une ellipse géométrique.
Il n'y a rien de géométrique en anatomie.
L'ouverture en question est constituée par deux segments de cercle d'un rayon considérable, dont les points je contact sont au thyroïde, en avant, et aux aryténoïdes en arrière. Plus le son de fausset est éclatant et plus la voix du sujet est grêle, plus le rayon générateur des segments est considérable. Nous allons voir en outre, tout à l'heure, (pie dans les sons les plus aigus de la voix de
7/| NOUVELLES RECHERCHES Si R LA PHONATION.
fausset la glotte redevient linéaire, moins toutefois que pour le registre de poitrine.
Pourquoi la glotte devient-elle ellipsoïde?
Dans l'état de relâchement complet elle affecte souvent cette forme, et elle la doit à l'élasticité considérable de ses bords ; mais dans cet. état elle ne peut engendrer aucun son vocal. Ce n'est donc pas l'élasticité membraneuse qui est la cause de l'ellipse, tout au plus peut-elle concourir à l'engendrer.
Néanmoins, supposons un instant le contraire, et admettons que le bord libre des ligaments, elliptique par élasticité, et tendu en longueur seulement, détermine le son de fausset ; nous allons voir devant quelles impossi bilités nous nous trouvons.
D'abord la voix de fausset possède très souvent, surtout chez les femmes, un éclat et. une puissance extraordinaires. Il faudrait donc admettre que les ligaments vocaux fussent en mesure, avec une tension nulle en largeur, de produire des sons de fausset très puissants, alors qu'ils ont besoin d'une tension en tous sens pour faire entendre les sons de poitrine les plus faibles.
Ce n'est guère probable.
En second lieu, la portion arci forme du muscle thyroaryténoïdien est disposée de telle sorte qu'elle doit infailliblement tendre en largeur la région ventriculaire des ligaments vocaux; cela a été démontré.
En outre, il résulte de l'observation laryngoscopique, qu'au moment où s'opère le passage du registre de poitrine au registre de fausset, la région ventriculaire subit une traction latérale très appréciable el 1res rapidement
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opérée, ce que j'ai démontré à l'aide de deux expériences déjà citées, et dans lesquelles la tension ventriculaire apparaît d'une manière évidente; niais si la région ventriculaire est fendue, c'est qu'elle est sollicitée par les fibres arci formes du thyro-aryténoïdien. Or, ces fibres sont accolées au bord supérieur du faisceau plan, uni luimême au bord libre des ligaments vocaux. Si donc ce bord libre devient elliptique, c'est qu'il a été entraîné par le bord supérieur du faisceau plan entraîné lui-môme par le redressement des fibres arciformes. (Pl. V, fig. 1 et 2.)
Telle est en effet la cause principale de la forme elliptique de la glotte.
À cette cause il faut ajouter le relâchement de la région sous-glotlique des ligaments vocaux el. <iu faisceau plan Ihyro-aryténoïdien, le relâchement des fibres internes du crico-aryténoïdien latéral, l'écartement des sommets apophysaires, portes en dehors par l'action plus grande des aryténoïdiens postérieurs^ et enfin, pour une faible part, l'élasticité membraneuse. (Pl. IV. fig. 2.) •
Je n'insiste pas sur le second phénomène caractéristique du registre de fausset, c'est-à-dire sur le relâchement de la région sous-glottique des ligaments, on sait que ce relâchement est dû à la détente du faisceau plan thyroaryténoïdien. J'arrive aux vibrations des ligaments.
Pour bien saisir le mécanisme musculaire qui détermine les vibrations particulières au registre de fausset, il faut d'abord se représenter d'un coup d'œil l'ensemble des actions tensives particulières au registre de poitrine.
Dans ce dernier registre, les ligaments vibrent dans leurs trois régions, ce qui veut dire qu'ils sont tendus en
longueur par le crico- thyroïdien, en largeur par le fais* co.au plan, d'une part, et les fibres arciformes de l'autre.
Avec l'apparition du registre de fausset, la vibration sous-glollique disparaît; donc le faisceau plan s'est détendu, surtout par sa partie inférieure. Le bord libre continue à vibrer; donc le crico-thyroïdien est toujours contracté, moins cependant que pour le registre de poitrine.
D'autre part, le bord supérieur du faisceau plan est également tendu, à un degré moindre que pour le registre de poitrine.
Maintenant la région ventriculaire vibre et paraît sollicitée en dehors par une traction latérale. Que se passe-t-il ?
Nous l'avons vu tout à l'heure en grande partie lorsque nous avons établi les causes de l'ellipsoïde glottiqne. Co m piéton s l' ex pl i cat i o n .
Pendant la production des sons de poitrine, la totalité des fibres obliques du thyro-arylénoïdien s'est jointe à la totalité des fibres horizontales du même muscle pour tendre les trois régions. (Pl. IV, fig. 2.) '
Si le faisceau plan vient à se relâcher dans la portion sous-glottique, les ligaments ne seront plus tendus que par leur bord libre et par leur région ventriculaire.
Nous venons de parler du bord libre, occupons-nous de la région ventriculaire.
Dans le registre de poitrine les fibres arciformes sont tendues. De plus, on se rappelle qu'elles sont intimement unies au faisceau plan, surtout vers le milieu des ligaments. (Pl. V, fig. 1 et 2.)
Lorsque l'apparition du registre de fausset déterminera
le relâchement du faisceau plan, les fibres arciformes, déjà tendues, deviendront plus actives, entraîneront en dehors le bord supérieur de ce faisceau, le rendront concave en dedans, et, en même temps, tendront la région ventriculaire des ligaments à la manière du tissu d'un éventail ouvert.
Tel est, dans son ensemble, le mécanisme qui détermine la tension, et par suite les vibrations particulières au registre de fausset.
Passons à l'ouverture de la glotte en arrière.
11 existe un moyen d'analyse extrêmement simple, et qui consiste à examiner quels sont les agents d'occlusion dans le registre de poitrine, et quels sont ceux d'entre eux qui cessent d'intervenir dans le registre de fausset.
Je dis quels sont ceux d'entre eux, attendu que si tous se relâchaient, il n'y aurait plus d'affrontement aryténoïdal, et par suite plus de son produit.
Les deux agents principaux qui ferment la glotte au degré voulu pour le son mi bémol'3 que nous avons choisi, sont : le faisceauplan thyro^aryténoïdien et l'aryténoïdien postérieur, tous deux par leurs fibres inférieures principalement ; d'autre part, les fibres internes du cricoaryténoïdien latéral; enfin, à un degré moins prononcé, 1rs fibres obliques du thyro-aryténoïdien et les fibres moyennes et externes du crico-aryténoïdien latéral.
Si je passe au registre de fausset, je vois disparaître les vibrations sous-glottiques; donc le faisceau plan s'est détendu. (Pl. IV, fig. 2.)
Les aryténoïdes se sont légèrement éloignés l'un de l'autre par le tiers inférieur de leurs faces internes.
Donc les fibres internes du crico-aryténoïdien latéral et les fibres inférieures du faisceau plan ont cessé leur action : les insertions fusionnées de ces deux faisceaux musculaires expliquant d'ailleurs leur simultanéité de relâchement, comme elles expliquent leur simultanéité de contraction. En même temps, les fibres inférieures de I'aryténoïdien postérieur ont subi une légère détente.
Mais les aryténoïdes restent en contact par les deux tiers supérieurs de leurs laces internes, et dans une certaine étendue eu longueur; quels agents se sont donc réservés pour ce contact?
D'aboi d les fibres moyennes et externes du cricoarytéuo.dien latéral, puis les fibres obliques du thyroaryténoïdieu, puis les fibres supérieures de i'aryténoïdien transverse, renforcé par les aryténoïdiens obliques et le thyro-aryténoïdieu grêle. (Pl. IV, fîg. 1.)
Un mot en passant sur l'action de ce dernier petit muscle, et pour plus de clarté, étudions-la du cote droit.
Le thyro-aryténoïdien grêle droit est inséré à la moitié thyroïdienne et àfaryténoïde correspondants. D'un autre côté, I'aryténoïdien oblique gauche, partant de faryténoïde gauche, va se fixer au sommet de l'aryténoïde droit, vis-a-vis de l'insertion du thyro-aryténoïdien grêle. Tous deux ainsi placés représentent deux forces opposées, dont la résultante doit entraîner le sommet de l'aryténoïde droit en dedans et un peu en avant, vers le sommet de l'aryténoïde gauche. C'est ce qui a lieu en effet.
Le redressement plus marqué des parois du vestibule de la glotte s'explique facilement. En arrière, il est du à l'augmentation de contraction des aryténoïdiens posté-
rieurs et. obliques, aidés des fibres aryténo-épigtottiques. Sur les côtés, il résulte de la tension plus marquée des fibres obliques externes du crico-aryténoïdien latéral, sur lesquelles repose désormais le soin de faire pivoter les arylénoïdes.
Les fibres obliques externes du thyro-aryténoïdien sollicitent en arrière et au milieu faction synergique du thyro-aryténoïdien grêle, tandis qu'en avant elles remontent vers l'épiglotte, entraînant a leur suite les tissus muqueux voisins, et même quelquefois ceux situés en avant, sur la face interne du thyroïde. (Pl. IV, fig. 4.)
Cette étude détaillée des phénomènes généraux du registre de fausset va singulièrement faciliter l'analyse des phénomènes particuliers à chaque degré de ce registre. / Interrogeons de bas en haut l'échelle diatonique.
J'ai dit qu'il m'était impossible de prolonger mon registre de fausset au-dessous du si bémol1 ; je prendrai donc ce son pour point de départ.
La tension sous-glottiquen'exisie pas et les arytënoïdes ont entr'ouvert leurs bases : c'est dire que le faisceau plan thyro-aryténoïdien et les fibres internes du cricolatéral externe sont au repos, ou très faiblement tendus.
La tension longitudinale et la tension ventriculaire sont' peu énergiques : c'est dire, d'une part, que le muscle cricothyroïdien et les fibres obliques du thyro-aryténoïdien se contractent par leurs portions les plus rapprochées du point d'appui; d'autre part, que les fibres arciformes du thyro-aryténoïdien sont médiocrement tendues.
La glotte est elliptique : c'est dire qu'elle à cédé à l'élasticité membraneuse, aux sollicitations des fibres Urci-
formes et à l'écartement des sommets apophysaires, qui résulte à la fois du relâchement du faisceau plan, du relâchement des fibres internes du crico-aryténoïdien latéral, et de la contraction aryténoïdienne postérieure.
Les sommets aryténoïdaux se sont rapprochés : c'esl dire qu'ils ont été ramenés au centre par la partie supérieure de l'aryténoïdien transverse, par les aryténoïdieus obliques et le thyro-aryténoïdien grêle. (Pl. IV, ûg. 1 )
Enfin les parois du vestibule de la glotte se soûl redressées et aplaties sous l'action simultanée des fibres obliques externes ou paraboloïdes du thyro-aryténoïdieu, des fibres supérieures de l'aryténoïdien transverse, des fibres épiglottiques, et enfin des muscles thyro-aryténoïdien grêle, aryténoïdieus obliques et leurs prolongements. (Pl. IV,
A mesure que je gravis l'échelle diatonique, les contractions musculaires augmentent fibre par fibre, faisceau par faisceau, reproduisant les phénomènes précédents, à un degré plus marqué, et fermant progressivement la glotte en arrière.
Au moment où les apophyses aryténoïdes entrent en contact parleurs extrémités ténues, une légère difficulté, • apparente surtout chez les voix de femmes, se préseule dans l'émission du son. Comme dans le registre de poitrine, elle est causée par l'incertitude d'affrontement qu'entraînent la rondeur et la mobilité des deux pointes cartilagineuses.
Je dépasse cette limite. Les sons qui jusqu'alors avaient été plus ou moins sourds acquièrent un éclat qui augmente avec l'élévation du son.
La tension longitudinale a notablement augmenté sous l'effort progressif du crico-thyroïdien, et a rendu la glotte presque linéaire. La tension ventriculaire a suivi la môme progression à l'aide des fibres arciformes. Les apophyses aryténoïdes sont en contact dans toute leur longueur, et, pour ce résultat, les fibres obliques thyro-aryténoïdiennes, et les fibres moyennes et externes du crico-latéral ont employé la presque totalité de leurs forces. Si j'élève le son, les ligaments se tendent davantage : c'est qu'ils ont cédé à l'effort des fibres supérieures du crico-thyroïdien. Mais la glotte se rétrécit encore en arrière. Or les aryténoïdes ont épuisé leurs ressources ou plutôt leur longueur. Qui donc opère ce surcroît d'occlusion de la glotte, sinon les fibres les plus supérieures du faisceau plan, insérées à la partie postérieure des ligaments vocaux? Et c'est ce qui a lieu. (Pl. IV, fîg. 2.)
Nous sommes arrivé aux limites supérieures du registre de fausset, et il est inutile de redescendre l'échelle diatonique, pour redire en sens inverse les explications qui précèdent.
En résumant tout ce qui est relatif à l'action musculaire dans les registres de poitrine et de fausset, on trouve :
Par rapport aux deux registres :
1° Que la tension longitudinale des ligaments vocaux est due aux muscles crico-thyroïdien, aryténoïdiens postérieurs, transverse et oblique;
"2° Que la tension ventriculaire est due aux fibres arciformes du thyro-aryténoïdicu ;
o° Que l'occlusion tout à fait postérieure de la glotte
est due aux muscles aryténoïdiens transverse et oblique et au thyro-aryténoïdien grêle ;
k° Que le contact des extrémités ténues des apophyses aryténoïdes est dû principalement au bord supérieur du faisceau plan thyro-aryténoïdien ;
5° Que l'occlusion de la glotte au delà des extrémités apophysaires est due aux fibres supérieures du faisceau plan, qui s'insèrent au bord libre des ligaments vocaux.
Par rapport au registre de poitrine :
V Que la tension sous-glottique des ligaments vocaux est due au faisceau plan thyro-aryténoïdien;
2° Que l'affrontement des aryténoïdes, parle tiers inférieur de leurs faces internes, est dû aux fibres inférieures du faisceau plan et aux fibres internes du crieo-aryténoïdien latéral ;
3° Que l'affrontement progressif des apophyses aryténoïdes est dû à la contraction successive des fibres horizontales, obliques internes et externes du thyro-aryténoïdien, en même temps qu'à celle des fibres internes, moyennes et externes du crico-aryténoïdien latéral.
Particulièrement au registre de fausset :
i° Que la forme ellipsoïde de la glotte est engendrée par le relâchement du faisceau plan thyro-aryténoïdien. par la traction des fibres arcifortnes thyro-aryténoïdiennes, par l'écartement des sommets des apophyses aryténoïdes, résultant de l'action du muscle aryténoïdien postérieur ;
2° Que l'affrontement des aryténoïdes, par les deux tiers supérieurs de leurs faces internes, est dû aux fibres supérieures de l'aryténoïdien postérieur transverse, aux
aryténoïdiens obliques, et au thyro-aryténoïdien grêle: 3° Que l'affrontement progressif des apophyses aryténoïdes est dû à la contraction successive des filtres obliques internes et externes du thyro-aryténoïdieu, en même temps qu'à celle des fibres moyennes et externes du cricoaryténoïdien latéral;
li° Que le redressement des parois du vestibule de La glotte est dû, eu arrière, aux aryténoïdiens obliques et aux fibres supérieures de l'aryténoïdien transverse; sur les côtés, aux fibres paraboloïdes ou obliques externes du thyro-aryténoïdien, aux fibres aryténo-épiglottiques, quand elles existent, et au thyro-aryténoïdien grêle.