CONSIDÉRATIONS DIVERSES
Fasciculation des muscles. — Je ne saurais trop insister sur la disposition en faisceaux commune à tous les muscles intrinsèques du larynx. Je crois qu'on n'en a jamais assez tenu compte.
Elle est la source certaine de cette faculté merveilleuse que possède la voix humaine de parcourir, en un instant, les degrés les plus minimes de l'échelle vocale, et de charmer l'oreille par l'assemblage rapide des sons les plus divers. Elle joue, en outre, un rôle considérable dans la production des registres de poitrine et de fausset.
Double emploi des muscles. — Les muscles intrinsèques ont tous pour commune mission de mouvoir les cartilages du larynx.
Ainsi, d'une part, le crico-aryténoïdien postérieur écarte les aryténoïdes que rapprochent les aryténoïdiens postérieurs, le crico-aryténoïdien latéral et le thyro-aryténoïdien; de plus ces trois muscles font pivoter les aryténoïdes sur eux-mêmes.
Le crico-thyroïdien fait basculer le cricoïde.
D'autre part, le thyro-aryténoïdien est destiné à tendre en largeur les ligaments vocaux, à l'aidé de ses fibres sous* gloltiques et venir iculaires, et le crico-thyroïdien se joint aux aryténoïdiens postérieurs pour déterminer la traction antéro-postérieure.
Concordance des faits observés avec les principaux phénomènes du chant. — Rappelons d'abord les caractères distinctifs de chacun des registres.
Dans le registre de poitrine, la glotte est linéaire ; l'accotement gradué des aryténoïdes a lieu par le tiers inférieur de leurs faces internes ; les ligaments vibrent dans leurs trois régions, et la tension est plus forte que dans le registre de fausset, pour un même son.
Dans le registre de fausset, la glotte est plus ou moins de forme ellipsoïde, plus ouverte en arrière que dans le registre de poitrine, pour un même son ; la tension sousglottique n'existe pas; les tensions antéro-postérieure "et ventriculaire sont plus faibles, pour- un même son, que dans le registre de poitrine ; enfin l'accotement progressif des aryténoïdes a lieu par les deux tiers supérieurs de leurs faces internes.
Maintenant examinons quelques-uns des phénomènes principaux du chant, l'étendue de la voix de poitrine pal exemple.
Cette étendue est très variable, et je vais expliquer pourquoi.
L'occlusion progressive de la glotte en arrière concourt avec la tension longitudinale à l'élévation du son. Or
cette occlusion est due d'abord à l'affrontement des aryténoïdes, ensuite aux fibres horizontales supérieures du thvro-arvténoïdien insérées sur les ligaments vocaux. Il s'ensuit que, pendant toutes les phases progressives de l'affrontement aryténoïdien, l'élévation du son sera facile. Mais il s'ensuit aussi qu'au delà, surtout si les fibres insérées aux ligaments sont faibles ou absentes, l'élévation du son ne sera plus effectuée que par la tension longitudinale.
Cela revient à dire que l'étendue de la voix de poitrine doit dépendre : 1° de la longueur des apophyses aryténoïdes, de l'étendue et de la force de contraction permises aux muscles crico-thyroïcliens, c'est-à-dire du volume du larynx ; 2° de la présence ou de l'absence des fibres thyroaryténoïdiennes insérées aux ligaments vocaux, du nombre et de la force de ces libres, c'est-à-dire d'une disposition anatomique variable avec les sujets et aussi rare que précieuse.
En effet, tous les chanteurs dont la voix de poitrine est très étendue possèdent des apophyses aryténoïdes développées en longueur et des larynx volumineux; de plus, ils emploient pour élever le son une tension en longueur relativement moins considérable, ce qui fait supposer que l'occlusion de la glotte en arrière s'opère, chez eux, dans une plus grande étendue.
Au contraire, chez les femmes et les enfants, dont les apophyses sont courtes et le larynx peu développé, la voix de poitrine est peu étendue et nécessite une tension longitudinale relativement plus forte.
On sait que les voix d'homme et de femme affectent des
types de sonorité différents, qui les ont fait désigner sous les noms de voix de basse-taille, de baryton, de ténor, de soprano, de contralto.
Pour une oreille exercée, il n'y a pas de confusion possible entre ces types divers. Autant vaudrait confondre le son d'une contre-basse avec celui d'un violoncelle, et le son d'une clarinette avec celui d'un hautbois.
Ces différentes sonorités résultent des variétés de grosseur, de densité, de structure intime qu'affectent les ligaments vocaux chez les différents sujets.
Par parenthèse, c'est pour cette raison qu'il faut classer les voix, non pas d'après leur étendue, mais d'après le caractère de sonorité qui leur est propre.
L'un des phénomènes les plus curieux de la voix humaine est sans contredit la coexistence de deux registres distincts, à la fois superposés et enchevêtrés de telle sorte que l'un dépassant l'autre vers l'aigu, en est dépassé vers le grave.
Or, les lois physiologiques que j'ai essayé d'établir sont en harmonie complète avec le phénomène ci-dessus.
D'abord j'ai dit que l'occlusion de la glotte en arrière élevait le son de poitrine concurremment avec la tension ligamenteuse.
Supposons que j'émette le son de poitrine /a3 : la glotte intercartilagineuse est fermée dans toute sa longueur, et les ligaments vocaux sont tendus dans leurs trois régions.
Je passe subitement au fa3 de fausset.
La région sous-glottique se relâche, c'est-à-dire que l'étendue de la surface vibrante diminue d'un bon tiers dans sa région la plus épaisse. Je n'aurai donc plus besoin.
pour produire le son fa3, d'une tension aussi grande, puisque j'ai désormais affaire à une membrane plus étroite ei plus mince.
Aussi avons-nous vu que la tension longitudinale diminuait en cette circonstance.
Simultanément l'ouverture de la glotte s'est accrue eu arrière.
Or, si le champ de la tension longitudinale a augmenté; si, d'autre part, grâce à l'accroissement postérieur de l'ouverture glottique, je puis encore affronter les aryténoïdes, il me sera permis de dépasser en voix de fausset le son /a3 de tout ce qui me reste de tension et d'occlusion à employer.
Si je transporte l'expérience aux limites supérieures de la voix de poitrine, elle sera encore bien plus convaincante, et de plus, à cet endroit, elle servira à expliquer certaine maladresse des chanteurs inexpérimentés, qui n'ont pas appris à maintenir le registre de poitrine dans son intégrité, et chez lesquels la disparition subite de la tension sous-glottique détermine l'accident connu sous le nom de couac.
Maintenant comment le registre de fausset disparaît-il en bas avantla fin du registre de poitrine? Je vais l'expliquer.
À mesure que l'on arrive aux sons les plus graves du fausset, la tension ligamenteuse s'affaiblit, la glotte s'ouvre en arrière de plus en plus.
Le son cesse au moment où l'écartement des ligaments est trop considérable, et la tension trop faible pour qu'il y ait vibration.
Or, le son de poitrine correspondant à ce point du
registre de fausset, rétablit une tension et un affrontement suffisants pour engendrer de nouveau les vibrations.
En expliquant comment le registre de poitrine est dépassé en haut par le registre de fausset et le dépasse en bas, j'ai suffisamment éclairci le phénomène de coexistence des deux registressur la partie moyenne de l'échelle vocale ; il serait donc superflu de m'appesantir spécialement sur ce phénomène.
Je termine ici les recherches que j'ai faites relativement à la génération des sons de la voix humaine.
Ces recherches constituent la première partie d'un ouvrage ayant pour titre : De l'enseignement du chant, lequel sera publié incessamment en entier.